L’esprit et le système nerveux
Scientifiquement, l’esprit est une force naturelle au même titre que la force musculaire, mais il n’est pas plus palpable que la force musculaire, et n’est appréciable comme elle ou tout autre énergie, électricité, pesanteur, etc., que par les changements matériels, cause et condition de ses manifestations. On ne peut nier à l’heure qu’il est qu’à chaque manifestation intellectuelle corresponde une modification corrélative des rouages nerveux ; que tout phénomène mental s’accompagne de quelque changement moléculaire, chimique, nutritif, des centres nerveux dont il n’est que le résultat dynamique. Les composés chimiques qui constituent les éléments nerveux
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sont très complexes et très instables; les « matières extractives » des centres nerveux montrent que l’activité mentale a pour conséquence des métamorphoses régressives, car on y trouve des acides lactique et urique, la créatine et l’hypoxanthine, outre les acides formique et acétique, qui représentent la série des corps gras, tous dérivés de l’oxydation de la matière nerveuse, et en particulier du protagon. Ces produits sont semblables à ceux que l'on trouve dans les muscles qui ont travaillé : la production d’une idée aussi bien que la production d’un mouvement est donc accompagnée d'oxydations, et la force, dans un cas comme dans l’autre, se dégage de la matière qui brûle, comme la flamme d’une bougie allumée. Neutre durant le repos, la substance nerveuse devient acide après un travail mental soutenu, et l'usure de ses matériaux, riches en phosphore et en protagon, donne lieu à une décharge de phosphates dans l’urine (Byasson, Hammond, Mossler) et à une décharge de cholestérine dans le sang qui revient du cerveau (A. Flint). L’esprit et la force vive, merveilleuse et insaisissable, qui se dégage pendant le fonctionnement du système nerveux dans la cellule des centres nerveux sont à l’état latent les conditions de la pensée, la force mentale à l'état potentiel ou en puissance, qu’un stimulus externe ou interne vient ébranler et faire jaillir sous la forme d'une force vive (1).
Lorsqu’une excitation ne parcourt que le lil sensitif pour être aussitôt réfléchie sur le til moteur par un centre excito-moteur, elle n'est point perçue, et le mouvement qui répond à l’excitation est inconscient et automatique; mais, lorsque avant d’ètre transmise au nerf moteur, l'impression est portée aux centres plus élevés des hémisphères du cerveau ou centres d’idéation, c’est-à-dire lorsqu’elle parcourt l’arc ; psychique , alors le phénomène produit s’appelle une perception et volition. Mais comme cette perception par l'idée peut être agréable ou désagréable, par suite de la sensibilité spéciale que possède le cerveau de sentir et d’apprécier les sensations, il en résulte que l’idée peut prendre le caractère émotionnel. — Quand les idées sont formées, une excitation, arrivant dans les plexus de l’écorce du cerveau, réveille une activité que la conscience perçoit comme réflexion et qui s’achève par un mouvement volontaire ou un mouvement d’arrêt.
Les mécanismes de fibres et de cellules sont infinis dans le cerveau et il est permis de penser que nous ne nous servons jamais que d’une petite partie de nos instruments intellectuels. Que l’esprit soit en rapport avec l’instrument qui le produit, il suffit pour s’en convaincre d’examiner le cerveau des idiots en regard de celui d’un homme d’esprit. Mais dans cet
(1) Des recherches de Stcii remuai ( Influence du travail cérébral sur l’échange azotique et phosphorique (Thèse de Pétersbourg, 1 8130), il résulte que pendant une période (expériences) de travail (4 jours) intellectuel, l'échange azotique et l’échange phosphohorique ont augmenté (l'azote: de 83,7 p. 100 et 84,3 pour 100 à 98,5 et 89,5 0/0; le phosphore : de 100,4 p. 100 et 100, 6 à 142, 8 0/0 et 115 0/0).
Pendant une période de travail manuel l’échange azotique était de 70,43 0,0, et 1 échange phosphorique de 93,49 0/0.
Chez une jeune microcéphale de 16 ans, l'échange azotique était de 78,76 0/0 et l’échange phosphorique de 90,07 0/0; chez une idiote de 17 ans, l’échange azotique était de 77,66 0/0, et 1 échange phosphorique de 90.16 0/0.
Le sang de la veine jugulaire est plus pauvre en P2 OS que celui de l’artère carotide.
Pendant le travail cérébral le cerveau gonfle (Mosso) et s’échauffe (Lombard, Broca, Schiff, Mar a guano), et E. Tanzi a constaté le même phénomène sous l'influence des émotions.
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ordre d’idées, il ne faut jamais oublier la qualité de l’instrument. Une augmentation dans la rapidité des ondulations de l’éther, comme le dit Maudsley, transforme en lumière ce qui auparavant était l’obscurité ; de même ou peut se figurer qu’une augmentation du nombre des vibrations moléculaires le long des trajets nerveux pourrait transformer la bêtise en génie. l)e fait, on sait combien peut aiguiser l’esprit une pointe d’ivresse, et nombre de fois l’on a vu un accès de fièvre redonné à un aliéné dont 1 esprit paraissait éteint, une mentalité brillante, mais hélas ! temporaire.
La physiologie, de son coté, prouve que les éléments de l’esprit sont le résultat du rendement particulier à chaque genre d’éléments nerveux, ce qui prouve que l’esprit ou âme n’est pas une entité mystérieuse. Ainsi les qualités de nos sensations ne sont nullement l’équivalent des qualités des objets, — en d’autres termes nos sens ne nous donnent en aucune façon une représentation exacte du monde extérieur. En effet, des fous absolument sourds entendent quelquefois des voix et se disputent avec elles. A quoi tient cela ? A ce que nos sens peuvent être excités subjectivement. Appliquez le même courant galvanique sur le nerf optique et sur le nerf acoustique, et vous aurez ici une sensation sonore, là une sensation lumineuse. Qu'un rayon de soleil soit perçu par nous comme lumière ou comme chaleur , cela ne dépend en aucune façon des propriétés inhérentes au rayon, mais simplement du fait que nous le sentons tantôt par l’œil, tantôt par la peau, et la couleur que nous voyons et que nous attribuons à la lumière, dépenp uniquement de la longueur des vibrations de l’éther : les plus longues produisent en nous l’impression du rouge, les plus courtes celles du violet (1). Si notre œil manquait de cet ordre de fibres nerveuses dont l’irritation est perçue par nous sous la forme de couleur rouge, nous n’aurions aucune idée de cette couleur. De fait, chacun sait que cette supposition est réalisée dans cette défectuosité de l’appareil de la vision qu’on appelle le daltonisme.
L’activité psychique siège dans le système nerveux ; c’est le cerveau qui est l’organe de l’àme, comme le démontrent l’ablation expérimentale des hémisphères cérébraux ou les destructions accidentelles des circonvolutions cérébrales (2). Ces phénomènes intellectuels sont étroitement liés aux conditions physiologiques des éléments du cerveau. Que le sang cesse d’arriver à l’encéphale, et toute conscience s’éteint. Ceux qui sont tombés en syncope sont là pour le raconter : une ou deux secondes de vertige, puis plus rien, le néant. Il est donc oiseux de discuter pour savoir si les décapités conservent encore quelques instants
(1) Le vert, par démonstration directe, le rouge et le violet par déduction, semblent bien avoir droit, physiologiquement parlant, à la qualification de couleurs fondamentales qui leur a été attribuée par Yung. 11 y a en effet, dans les centres nerveux, pour la perception de ces couleurs, des cellules distinctes ou tout au moins douées de trois sensibilités indépendantes : l'une qui est excitée par les vibrations du rouge; l’autre par les vibrations du vert et la troisième par les vibrations du violet. L’œil possède donc l’aptitude à analyser la lumière blanche et à la décomposer en ses couleurs fondamentales par suite d’une modalité particulière imprimée aux cellules perceptrices des centres (Chauveau, Acad, des Sc., 28 nov. 1892).
(2) Fr. Goltz (Arcli. fr. die gesammte Physiologie , LI, p. 570, 1892) a montré qu’un chien énécervelé, s’il avait conservé la faculté de sentir, de se mouvoir, d’entendre, de manger et le sens musculaire, avait complètement perdu toutes les facultés psychiques, mémoire, conscience, réflexion. Il ne voyait pas, quoiqu’il fût incommodé par la lumière, il ne reconnaissait personne, ni un geste ni une caresse, il était incapable de chercher sa nourriture et avait perdu l’odorat.
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la connaissance. L’àme disparaît avec une soudaineté extraordinaire aussitôt que le sang n’arrose plus les champs cérébraux.
Prive-t-on le système nerveux d’oxygène, l’esprit ne tarde pas non plus à sombrer. Dans l’asphyxie, c’est d’abord l’angoisse profonde, puis en moins de deux minutes, une douleur intense, une suiïocation atroce accompagnée de mouvements convulsifs, pendant lesquels l'intelligence reste intacte. Mais bientôt les objets extérieurs ne sont plus perçus ; la vue se trouble, les images intellectuelles sont de plus en plus confuses, la conscience disparaît, de sorte qu’en moins de trois minutes, la mémoire a sombré, l'intelligence s’est éteinte, le moi a disparu.
Pendant une minute encore les mouvements convulsifs et réflexes se manifestent en décroissant, puis plus rien, la vie animale a cessé de se manifester. Le cœur bat encore pourtant, mais il n’envoie plus au cerveau que du sang noir, du sang chargé d’acide carbonique, du sang privé d’oxygène. Quelle idée plus saisissante pourrait-on fournir 'de l’union indissoluble de l’àme et du corps !
Le froid paralyse l’activité psychique ; la chaleur l’exagère. Mais c’est dans des limites très étroites ; car pour peu qu’on dépasse un certain degré de froid ou de chaleur, le système nerveux meurt. Un phénomène aussi intimement lié à la constitution des éléments nerveux saurait-il être autre chose qu’un phénomène physico-chimique ? Quelques gouttes d'absinthe et aussitôt toute la vie intellectuelle a changé. L’imagination est devenue vive, brillante, enthousiaste ; les forces semblent décuplées, un moi nouveau s’est substitué au moi ancien. Dans la mentalité, fonction du cerveau, comme dans la contractilité, fonction du muscle, l’origine de la force qui se dégage, ici sous forme d’intelligence, là sous forme de travail mécanique, est dans les combustions chimiques interstitielles. Et si la vie psychique est soumise à ce point aux actions physico-chimiques, ne s’ensuit-il pas que les phénomènes psychiques, sont eux aussi, d’ordre physico-chimique, « au même titre que la lueur d’une lampe ou la force électro-motrice d’un couple voltaïque. »
La pathologie enfin, prouve non moins que l’anatomie et la physiologie que l’esprit n’existe pas dans la nature en dehors du cerveau. Qu’est-ce que la paralysie générale au point de vue anatomique? Une encéphalite interstitielle chronique qui conduit à la destruction des éléments nerveux et à l’atrophie du cerveau. Cette lésion n’a-t-elle pas suffi pour changer le caractère et conduire le malade au gâtisme le plus achevé ?
Ne peut-on pas dérégler l’intelligence? Sous l’action de l’alcool, du chloroforme, du hachich, de l’opium, etc., « les facultés volontaires et conscientes se paralysent, et les facultés imaginatives et conceptives s’exaltent. Delà une certaine dualité dans le?noi. Il y a le moi qui conçoit, il y a le moi qui dirige. » Quand l’équilibre vient à manquer entre les deux, le désordre est inévitable, et les illusions en sont la conséquence nécessaire. L’homme est livré sans frein à une activité cérébrale désordonnée, qui ne lui permet ni modération, ni réflexion, et qui en fait un maniaque et un fou (Cii. Richet, L’Homme et l’Intelligence, p. 147). Partout où l’observateur a vu la pensée, il l’a trouvée associée au système nerveux. Essayer d’envisager l’esprit comme une force existant indépendamment de la matière, dit Maudsley, n’est pas moins insensé que de vouloir considérer la gravitation ou l’affinité chimique comme des forces séparées de
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la matière, dont les changements sont les seules données qui nous les
révèlent. Quant à exiger du physiologiste le dernier mot sur la nature de l’esprit, c’est une prétention pour le moins exagérée, alors que ceux qui font une telle demande seraient tort embarrassés si on la leur posait à eux-mêmes pour l’électricité, la pesanteur, etc. — Nous connaissons l’enchaînement
uniforme et inévitable des antécédents et des conséquents en physiologie cérébrale comme vous les connaissez en électricité, physiciens; en mécanique, mathématiciens ; en histoire et en sociologie, historiens et philosophes, mais rien de plus. Cessez donc de nous demander une preuve que vous êtes incapables de fournir vous-mêmes dans votre propre sphère (1).
« Vivre, c’est sentir »... Le développement du système nerveux marche de pair avec le degré de perfectionnement des organes des sens dans la série... C'est que les uns sont faits pour l'autre. A quoi serviraient des sens perfectionnés sans un organe
récepteur (cerveau) incapable de percevoir les nuances, si délicates et si multiples,
transmises par des organes sensoriels très affinés?
Tout acte mental, pour être accompli, demande un certain temps, donc il a lieu dans un milieu résistant, étendu; c’est donc un mouvement. A chaque fois qu'une cause occasionnelle entre en jeu, le moi est modifié par la sensation, que nous le voulions d’ailleurs ou non, et cette modification du moi est contemporaine d’une modification de notre substance cérébrale, ceci est absolument démontré par l’étude des antécédents physiologiques des sensations.
Si à l’exemple de Fleischl, comme l'a dit si excellemment notre savant collègue Bédaht ( Leçon d’ouverture de la conférence de physiologie , Lille, 1893), nous mettons à nu le cerveau et que nous mettions la surface de cet organe en communication avec un galvanomètre très sensible au moyen d’électrodes impolarisables , nous verrons que si l’on ferme le circuit, il se produit quelques oscillations insignifiantes. Mais vient-on à placer les électrodes sur les centres visuels du lobe occipital, et éclaire-t-on en même temps vivement un œil, il se produit une forte déviation du galvanomètre. Si on excite alors un autre sens (olfactif, auditif, etc.,) on n’obtient aucune déviation; pour l’obtenir, il faut placer les électrodes sur les points de l’écorce cérébrale qui correspondent à l’organe sensoriel excité.
Parallèlement, pendant l’anesthésie chloroformique, les centres sensoriels du cerveau, étant paralysés, ne perçoivent plus ; aussi les excitations de l’écorce cérébrale restent-elles alors sans effet. Au réveil, la déviation reparaît.
L’étude expérimentale confirme donc de tous points cette affirmation, que toute manifestation de l'activité mentale dépendant d’une sensation est contemporaine d’une modification physique des centres nerveux, — et comme contrôle, toute excitation sensorielle non suivie de sensation (non perçue) n’est açcompagnée d'aucune modification physique des centres nerveux.
La physique moderne nous a montré que les mouvements de transports observés dans la nature peuvent se transformer en mouvement moléculaire et réciproquement, conclusion des plus importantes, puisque cette loi de l'unité des forces physiques, établit que les phénomènes les plus divers, comme l’électricité, la chaleur, la lumière, le son sont dus à des causes de même espèce, réductibles, transformables les unes dans les autres, et par conséquent, identiques dans leur essence. Ce sont tous des mouvements de rapidité, d’intensité ou de direction variées, et les différences si marquées que nous
(1) La science explique tous les faits intellectuels, comme le dit L. Liard (La science positive et la métaphysique, p. 75), non sans doute à la manière de la métaphysique qui réclame la raison dernière et absolue des choses, mais à la manière de la physique, qui ne réclame que leur cause seconde et profonde. En se conduisant ainsi elle diffère du tout au tout de la métaphysique qui, en s’appuyant, non sur les choses de notre monde sensible, mais sur de prétendues idées nécessaires, plonge dans l'inconnaissable et l’indémontrable.
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établissons entre eux, tiennent surtout à la diversité de nos appareils sensoriels qui les perçoivent et les transforment. Ainsi un môme excitant, l’électricité, appliqué sur le nerf optique, donne des sensations visuelles ; appliqué sur le nerf acoustique, des sensations auditives; appliqué sur la langue, des sensations de goût, etc. D’autre part, la lumière, l’électricité, la pression, agissant sur l’œil, donnent toujours lieu à un môme phénomène, qui est la sensation lumineuse. 11 n’y a point de couleur rouge ou de couleur verte en soi ; il n’y a que des vibrations lumineuses de vitesse et d’ondes variables. Notre œil, notre oreille, nos organes du tact sorti accordés pour certaines vibrations, pas pour d’autres. Au-dessus de 700 billions de vibrations par seconde (correspondant aux rayons violets), notre œil ne perçoit plus la lumière, mais la fluorescence, la plaque sensible de l’appareil photographique décèlent les rayons ultra-violets que nous sommes incapables de voir. 11 en est de même pour les excitations électriques si elles deviennent trop rapides. Une étincelle de 1 centimètre donne une sensation très nette de douleur ; mais si avec le merveilleux dispositif de Tesla, modifié par d’ARSONVAL, on arrive à produire 20 à 30 millions d’interruptions et par suite d’excitations à la seconde, on n’éprouve plus aucune sensation de piqûre. Pourquoi? C’est que nous n’avons pas de terminaisons nerveuses correspondant à ce nombre de vibrations. Notre tact n’est pas accordé pour les sentir. Il y a donc des lacunes dans la sensibilité de nos organes des sens, et cette imperfection fait que nous ne percevons point, nombre d’influences qui agissent cependant sur nous (le magnétisme par exemple), c’est-à-dire que nous n'en avons pas conscience.
Avec L. Liard (La Science positive et la métaphysique , Paris, 1879, p. 49), nous pouvons dire qu’il « faut reconnaître que les seules choses dont nous ayons une expérience direct sont nos états de conscience. A parler en toute rigueur, nous ne percevons pas un monde extérieur à nous, mais nous avons conscience de sensations de résistance, de couleur, de saveur, de son, etc. » — Non-seulement « les forces de la nature sont corrélatives, mais elles sont équivalentes ». La vraie théorie des phénomènes naturels est donc la théorie mécanique. Sans doute nous ne savons pas quel rapport exact il y a entre le phénomène mécanique cérébral et le fait de conscience, mais du fait que l’un ne se produit point sans l’autre, nous savons qu’ils sont indissolublement liés. Hors de nous, tout se réduit à l’étendue et au mouvement. Tous les phénomènes de l’univers sont des phénomènes mécaniques. « Nos sensations ne sont pas les images, mais les signes des choses extérieures. » Toute sensation est le produit de deux facteurs, l'un intérieur, l’autre extérieur, qui est le mouvement. Hors de nous, un son musical est
une somme déterminée de vibrations mécaniques et en dedans de nous c’est encore
des vibrations. Physiquement, les sons ne sont que des mouvements et des nombres ; « les mélodies et les harmonies qui charment nos oreilles sont des mélodies et des harmonies numériques et mécaniques, réglées par des lois mathématiques. On peut en dire autant des autres qualités sensibles. La chaleur, par exemple, n'est pas un agent matériel spécifiquement distinct du son et de la lumière ; c’est un mouvement moléculaire. De même la lumière ; de même aussi, sans doute, l’électricité et le magnétisme. Il n'y a qu’une quantité qui demeure constante dans l’univers : c’est la somme de l'énergie actuelle... L’eau passe de l’état liquide à l’état gazeux sous l'influence de la chaleur. Les molécules n’en sont pas décomposées, mais les distances qui les séparent sont accrues. La vitesse de leurs mouvements est augmentée; de là résulte la force expansive de la vapeur (Tyndall). La chaleur et le travail mécanique diffèrent en qualité ; l'unité de l’une, la calorie, n'est pas l’unité de l’autre, le kilogrammètre. Cependant, entre les deux unités il existe une liaison invariable, que le calcul a évaluée : une calorie équivaut à 425 kilogram mètres et réciproquement. Chacune de ces deux quantités peut être substituée à l’autre... Par suite, la disparition de la chaleur ou du mouvement n’est qu'apparente : à une quantité déterminée de mouvement, qui semble disparaître, est substituée une quantité équivalente de chaleur ; et une quantité déterminée de chaleur, qui parait anéantie, est remplacée par une quantité équivalente de mouvement.
Debierre. — 2(î .
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Cos données sont le fondement de la fameuse théorie de la conservation de L'énergie.
1° Le siège de l’intelligence, c’est le cerveau. Preuve : enlevez le cerveau et du même coup toute connaissance et toute spontanéité disparaît.
On l’a cantonné dans le lobe frontal. Preuves : a). Est d’autant plus développé que l’animal appartient à un échelon plus élevé (1);
h). L’homme est d’autant plus intellectuel que son lohe frontal est plus développé.
c). Le singe à qui on a enlevé le lobe frontal a perdu de son activité et de sa pondération intellectuelle. Chez les idiots le lohe frontal est très réduit. Les lésions pathologiques de ce lobe s’accompagnent d’une certaine déchéance mentale.
La perception a lieu dans les éléments des centres psycho-sensoriels, mais Yaperception (entrée delà représentation dans le champ direct de la conscience) n’a lieu que par l’entrée en scène des lobes frontaux (Wundt).
2° Elle n'est cantonnée nulle part, mais dépend de l’intégrité du cerveau tout entier (Brown-Séquard, Goltz, etc.) ; elle a pour fondement l’ensemble des représentations sensorielles (Munk, Meynert, etc). Rien d’étonnant donc à ce que la perte d’un centre sensoriel, si elle n’abolit pas entièrement l’intelligence, la diminue tout au moins par suite de la perte des représentations ou images mentales qui fournissent ce centre et qui contribuent à l’intelligence. Dans l’écorce frontale siégeant les centres du sens cutané et du sens musculaire pour le cou et le tronc, il est donc naturel que les lésions pathologiques du lohe frontal provoquent une certaine déchéance de l’intelligence.