‹ La momie sanglanteChapitre 2 sur 3 · RON · texte numérisé non relu

RON

(Æle pleure en regardant ses mains) Les larmes de Nubar coulaient sans fin sur mes doigts, douces comme un baume! Mais elles ont fini par trouer mes mains, comme des gouttes de plomb fondu. tant elles furent nombreuses |

C’est toi, la criminelle! Du moins, dis-moi, où

as-tu égaré son corps? Lui qui adorait ta lumiere di-

vine? As-tu donc oublié qu’il marcha à travers les

embüches et les ennemis innombrables... vers le baiser

de mes lèvres. malgré les soldats de mon pére, qui le guettaient au passage, avec leurs cimeterres dégaînés, dans l'ombre des jardins ?..,

Que lui importait la mort... du moment qu'il savait que mon âme était inclinée vers lui, sans le connaître. comme une fraîche gargoulette pour le désaltérer ?.….

(Ælle se passe les mains sur les yeux) Je me rap-

pelle de tous les détails. Oui, c'était le jour de notre première rencontre... |

J'étais assise sur ma terrasse. Le palais royal jettait une ombre enorme et massive sur le Nil... couvrant ses eaux dans toute leur largeur, jusqu'à l’autre rive! Oh, Lune! tu te levas à l'horizon. derrière moi! et j'étais dans l'obscurité... Soudain, un cri déchira l’air, puis j entendis un bruit de pas precipités dans les allées invisibles de mon jardin...

Et cependant ta clarté laiteuse, 0 Lune, dévorait l'ombre du palais sur les eaux du fleuve... si bien que le palais semblait retirer son ombre vers sa base, comme un ample manteau noir.

Tout à coup, Nubar bondit devant moi, sautant par dessus la balustrade…

« C'est depuis toujours, cria-t-il, que mon cœur est

ivre de toi! et, néammoins, j'avais juré de fuir... Mais,

qu'importe? C'était écrit !.. Pardonne-moi!.. Ce soir la

Lune sacrée m'a fait signe de la suivre! A la nage, j'ai

suivi sa clarté qui envahissait le fleuve. vers la masse

ténébreuse de ton palais! La course de la Lune, s’ac-

célérait, en montant vers le Zénith. L'ombre de ton

palais fuyait devant moi et il me semblait de pour-

suivre à la nage les sandales furtifs de la Lune effleu-

rant les eaux... Puis le courant du fleuve devint ter-

rible!... Je me sentais faiblir !.. Oh, joie! voilà que tout ne coup ta voix, comme une claire fontaine jaillit de

ton palais sinistre |!

.« Oh! je n’oublierai jamais ta voix d'amour qui m'appelait.… qui m'appelait éperdument! Ta voix se

balançait comme la tige même des astres parfumés !.…

- Je raidis alors mes muscles contre la violence du

courant. et J'atteignis la rive m'enfonçant dans la

vase... Un soldat dont l’ armure et la lance scintil-

laient s'avança… Ilaïl… Je me suis-jeté dans ses jambes d’un bond de panthère, si violemment qu’ il tomba à la renverse... Oh! je l’ai vite poignardé! Tu vois! mes mains sont rouges !.…..

« Et me voilà tombant enfin à tes pieds pour mourir, le coeur blessé 4 mort, par ta voix d'amour... et sans espoir. et sans espoir, pour mourir à tes pieds! Prends ce poignard et tue-moi donc, Ilaïi! pour me punir d'avoir désiré tes lèvres! » (Æ7/e pleure longtemps.)

…. Oh, Lune! rends-moi son cadavre! Pourquoi m'as tu donc reveillée si ce n’est pour rendre sa chair froide, à mes lèvres désesperées?... Je sais que tu vas: errant, infatigable, de tombeau en tombeau! Je sais que de tes lentes caresses... avec tes longues mains soyeuses couleur de perle... tes mains suaves... tes mains torrides, tu épuises et liquifies la dureté du marbre,

et tu fais éclater le couvercle des tombeaux à force

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