‹ La monadologie, avec introduction, anȧlyse développéeChapitre 3 sur 28 · Composce en · texte numérisé non relu

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U AVBRTISSBMBNT.

en raison (1714). Il nous a donc paru nécessaire de citer, à la suite de la Monadologie, des extraits de ces différents écrits.

Nous reproduisons, dans Pliitroduction, la notice sur la vie de Leibniz et Texposition de son système déjà publiées dans notre édition des Extraits de Théodicée. Nous y avons joint une analyse de la Monadologie, et une appréciation des doctrines de Leibniz, dont la Monadologie n'est que le résumé et Tenchaînement systématique.

Notice sur la Tie et les principaux ouvragés

de Leibniz.

Godefiroy - Guillaume Leibniz naquit à Leipsîg ^ le 3 juillet 1646. Élevé d'abord par sa mère qui fortifia en lui dès ren&nce le sentiment de la vertu et le goût du travail, il ne tarda pas à se passionner pour tous les oligets de ses études. Les auteurs latins excitèrent d'abord son admira^ tîon; il relut tant de fois Virgile que, dans sa vieillesse» il en pouvait réciter des livres entiers. Il excellait à composer des vers latins, et ât, dit-on, en un seul jour un poèma de trois cents v^rs. A Tâge^de quinze ans, il commença Tètuda de la philosopMe sous Jacques Thomasius, professeur

1. Quoique ne en Allemagne, Leibniz a écrit en français là plupart de ses ouvrages philosophiques, entre autres la Théo*^ dicé^ et les Nouoeawo Essais su/r l'Entendement humam* Malgré quelques incorrections, des tournures latines, des phrases trop longues ou embarrassées, le style français de Leibniz se fait remarquer par de grandes qualités; il est non seulement clair et précis, mais souvent vif et originad : « Aucun â écrivain, dit Tun des derniers éditeurs de Leibniz, n*a, « dans des sujets de cette gravité, plus de naturel, de verve « et de force : avec un merveilleux à-propos, il sait ^ire servir a à des fins sérieuses de frappantes expressions populaires..., a et comme son langage, pris du plus profond des choses, part a d'un esprit pénétré, Télévation de la pensée lui suggère souà vent d'éloquentes et sublimes inspirations qui placent quel- <c ques pages de ses écrits à c6té des plus beaux chefiihd'œuvre « de notre littérature philosophique. » (Amédès Jacques, JntroiwS!iion mw Œuvres philosophiques de Leibnis»)

IV INTHODUCTION.

éminent, très versé dans Fantiquité, et qui cependant était loin de dédaigner la scolastique, dont il snt inspirer le goût à son illustre élève. Ce fut aussi sur le dbnseil de Thomasius qu'il s'adonna aux mathématiques. Après avoir passé une année à l'Université d'Iéna, où il eut pour maître le mathématicien Weigel et l'érudit Bosius, il revint à Leipsig et se mit à étudier le droit, en même temps qu'il relisait Platon, Aristote", et se flattait d'arriver à concilier ces deux philosophes. Il fut reçu docteur en droit à l'université d'Altorf, où on lui oflCrit même une chaire de professeur; mais il refusa pour continuer ses études et se rendit à Nuremberg, où il se mit à apprendre la chimie.

Il rencontra à Nuremberg le baron de Boinebourg, chancelier de l'électeur de Mayence; ce seigneur fut frappé de l'érudition et du mérite de Leibniz : il lui conseilla de s'attacher spécialement à la jurisprudence et à l'histoire, et quelques années après, il le fit nommer conseiller de la Chambre de revision, à Mayence : déjà Leibniï s'était fiiit connaître par plusieurs ouvrages, spécialement par son projet de réforme de la. jurisprudence {Corporis juris reconcinnandi ratio) et par un traité poh-. tique où il soutenait les prétentions du prince de Neuboùrg à la couronne de Pologne (1669). Il ne tarda pas à revenir à la philosophie, et pubha une Théorie du mouvement, où il réfute les idées de Descartes sur cette matière. Peu après, à la prière du baron de Boinebourg, qui venait d'embrasser la religion catholique, il composa un traité théologique sur la sainte Trinité, où, sans prétendre expliquer ce dogme, il montrait qu'en bonne logique on n'y pouvait opposer aucun argument concluant.

Ce fut pendant son [séjour à Mayence que Leibniz, sur l'invitation du baron de Boinebourg, composa le traité adressé à Louis XIV (Consilium œgyptiacum) pour lui représenter l'opportunité d'une conquête de l'Egypte. En 1672, il se rendit à Paris. Là, il rencontra Huygens, fut présenté à Colbert, et ses travaux mathématiques lui valurent l'approbation de l'Académie des sciences. De là il passa en Angleterre,, où il fût reçu membre de la Société Royale de Londres. Il y serait resté plus longtemps sans

INTBODUCTION. V

la mort de rélecteur de Mayence, qui suWit de près celle du baron de Boinebourg. Privé de ses protecteurs et de sa pension de conseiller, il était sur le point de renoncer à continuer ses voyages, et avait repris déjà la route de TAllemagne, lorsque le duc de Brunswick-Lunebourg lui offrit à sa cour une place de conseiller, avec rentière liberté de continuer à visiter les pays étrangers; il profita de cette permission pour se rendre en Hollande.

De retour en Allemagne, il se fixa à Hanovre; bientôt il eut une nouvelle occasion de flaire usage de son savoir en matière de politique. Toutes les puissances de l'Europe venaient d'envoyer leurs ministres au congrès de Nimègue; les électeurs, d'après les usages reçus, avaient le droit d'y être représentés par des ambassadeurs; le duc de Brunswick et les princes libres de l'Empire qui n'étaient pas électeurs réclamèrent le même droit; ce ftit pour appuyer leur prétention que Leibniz publia, soua le nom de Cœsor rinus FurstneriuSy un traité intitulé De Jure suprematus et legatûmis principum Germaniœ (1677). A la mort du duc de Brunswick (1679), il trouva la même -bienveillance chez son successeur, qui l'engagea à écrire l'histoire de sa maison. Pour recueillir les documents nécessaires à cette tâche, Leibniz entreprit de nouveaux voyages (1687); il parcourut l'Allemagne, visitant les bibliothèques, les monastères, les tombeaux même, et passa en Italie pour y chercher dès monuments de l'origine comatnune des maisons de Brunswick et d'Esté. Cependant l'activité de son esprit le portait à la fois aux études les plus variées ; en 1693, paraissait le premier volume du Chde diplomatique du droit des gens ; en même temps l'auteur continuait à publier dans le journal de Leipsig et dans les Acta erudin torum de nombreuses dissertations de géométrie et de métaphysique; les plus importantes au point de vue philosophique sont De^rtm^^Wtosqp^ÛJp Emendatione etdeNotione substantiœ (journal de Leipsig, 1694) et le Système nouveau de la nature et de la communication des substances (Acta eruditorum, 1695), En 1696, il adressait à Locke ses Béflexions sur VEssai de VEntendement hummn. Non moins versé dans les matières théologiques, il avait entrepris de

Imvailler à la rèmiion'desproiestaatsay^e les catholiqiias. G'«st à cette occasion qae ftirent composées ses lettres à Bossuet (1691-1693): on sait qu^ils ne parvinrent pas à s'entendre.

Sa réputation était depuis long^temps enropéenne; en 1699, rAcadémie des sciences lui conféra le titre d'associé étranger. L'année suivante il publia le second volume du Code diplomatique, tout en discutant avec Bayle sur le système de YJiarmonie préétablie et en préparant sa Théodicée. Il conçut aussi le projet d'une langue universelle, à l'usage des savants, et dont les caractères exprîmenûent non des sons mais des idées : il ne réussit jamais du reste à exécuter ce dessein, pour lequel il n'abandonna aucune de ses autres études. Les Nouveaux Essais sur l'Entendement (réfutation excellente de la philosophie sensualiste de Locke) sont de 1704; de 1704 à 1707 il s'occupa de publier un Recueil des historiens de Brunswick; il se proposait de âdre suivre ce recueil de l'histoire même de la maison régnante de Brunswick, mais il ne put terminer cette œuvre.

Génie universel, il comprit que les histoires anciennes devaient recevoir une lumière nouvelle des recherches philologiques sur l'origine des langues. Dans un mémoire sur l'origine des nations, il établit qu'il y a deux principaux groupes de langues, les langues japétiques et les langues araméennes, distinction admise aujourd'hui et regardée comme incontestable ^ Sa dissertation sur l'origine des Français fut envoyée à l'un de ses amis, pour être présentée au marquis de Torcy et à Louis XIV, en l'honneur duquel l'auteur composa une dédicace en quatre vers . latins. Le système qu'il soutenait fut combattu par le Père ■ Toumemine, dans les Mémoires de Trévouœ.

Les dernières années de sa vie ftireût occupées par la publication de la Théodicée (entreprise, comme il le raconte dans sa Pré&ce, sur la demande de la reine de Prusse, et

1. Les langues japétiques sont celles qu'on appelle aujour^ dHini indo-germaniqtùes; les langues araméennes aoni les langues sémitiques.

inmtôïititytP^. vil

publiée en 1710); pàt sa pol^ique avec Clarke, sur le -iéffîpg, respaoe et autres questians métaph^iqueH^ et enAn par tme polémiqué d^tin antre genre avec Newton, auquel il ne voulait pas céder la gloire d'avoir inventé le ^Icul différentiel; la vérité est que l'un et l'autre avaient raison, et qu'ils avaient fkit, chacun de leur côté, la môme découverte.

II serait trop long d'énumérer tous les travaux de Leibniz sui^ la géométrie. Il résolut un grand nombre de problèmes réputés insolubles, et que les plus grands mathématiciens de l'époque s'envoyaient les uns aut au^es en manière de défis : ses connaissances n'étaient pas moindres en mécanique; il s'occupa du peribctioiiaement des montres, chercha le tnoyen de rendre les voitures plus légères, et donna le plus grand soin à la construction d'une machine d'épuisement pôUr les mines. Il s'eiitretenait volontiers avec les artisanâ, et lui qui avait donné des coni^eils aux rois, qtié le czar Pierre avait consulté (en 171 1) sur les moyens de civiliser son peuple, pensait avoir à apprendre dans la |converSati(m même des hommes tes •moins instruits.

La santé excellente dont il avait joui toute sa vie S'afGniblit vers 1714; mais son ardeur pour l'étude ne se ralentit pas : ses lettres à Clarke ne fhrent interrompues que par sa mort.

Il mourut le 14 novembre 1716. On a quelquefois supposéj mais sans preuves, qu'il était mort catholique; son Système théologique, publié un siècle environ après sa mort, semblerait au premier abord donner une grande vraisemblance à cette hypothèse; mais il paraît que cet exposé était moins Teipressiôn des convictions personnelles de l'auteur qu*un projet pour servir de base à un ao- ^cord entre lés catholiques et les protestants. Du moins il a -toujours cru fermement à toutes les vérités religieuses qui avaient été cons^^vées par les protestants; et même, sur bien des points» il était beaucoup plus près que la plupart des luthériens de s'entendre avec les catholiques. On sait, < comme le dit M. Guhrauer dans sa Ti^ de Leilmif, que « ce fut un problème théologique 'qui mit Leibniz sur la

VHI INTRODUOTION.

€ Yoiede la réforme de la notion de sàb&tance. Il s^agissait € du problème de la présence réelle... Ce problème paraisse sait insolable dans Thypothèse cartésienne : car, si le .< corps consiste essentiellement dans Tétendtie, il est con- .4: tradictoire qu'un même corps puisse se trouver dans « plusieurs lieux à la fois. Leibniz, écrivant à Amauld en « 1671, lui apprenait qu'il croyait avoir trouvé la solu- « tion de ce grand problème depuis qu'il avait découvert « qtie l'essence du corps ne consiste pas dans l'étendue; que € même la substance corporelle, prise en soi, n'est pas éten- € due et n'est pas assujettie aux conditions de l'étendue, ce « qui eût été évident si on eût découvert plus tôt en quai « consiste proprement la substance^, »

Cette ferme croyance à l'accord de la raison et de la foi se retrouve partout dans les œuvres de Leibniz. Sa principale préoccupation semble être de réftiter les systèmes qui dénaturent la notion de Dieu, spécialement le panthéisme de Spinoza et le scepticisme de Bayle; et on peut dire que sa philosophie, malgré quelques erreurs où l'esprit' de système l'a entraîné, est comme un monument qu'il a voulu élever à la gloire de Dieu. Essayons d'exposer sommairement cette doctrine, qui restera toujours une des plus hardies et des plus grandes conceptions du spiritualisme.

Exposition générale du système de Leibniz.

On peut ramener toute la philosophie de Leibniz à quatre points principaux : 1* /a doctrine des monades; 2* la loi dé continuité; S» Yharmûnie préétablie; 4* Voptùnisme, qui est spécialement l'objet de la Tkéodicée, Pour comrprendre l'origine et le lien de ces diverses théories, il. faut ^e reporter au point de vue général, de Leibniz, c'estrà-

1. M. Janet, Introdiùction à l'édition des œuvres philosophiques de Leibniz, /ga^ea xiii et xiv.

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