INTRODUCTION. IX
dire, comme on vient de le voir, au point de vue de la réfutation de Spinoza.
Doctrine des monades (ou théorie de la substance). — En soutenant Tunité de la substance, Spinoza tirait du cartésianisme des conséquences que Descartes n*avait pas prévues, mais auxquelles le système de ce philosophe devait mener inévitablement. Les cartésiens faisaient consister l'essence des corps dans la seule étendue^ Tessénce de rame dans la pensée seule. Le monde n'est donc autre chose que l'étendue et la pensée; or comme l'étendue et la pensée ne sont que des attributs ou des modes, et non des substances , il en résulte que le monde n'est pas quelque chose par lui-même, mais V attribut , le mode de quelque chose : Spinoza, poussant jusqu'au bout ces conséquences, affirma l'existence d'une substance unique, dont l'étendue et la pensée seraient les attributs; les corps ne sont que les modes de l'étendue divine, les esprits, les modes de la pensée divine. En face de ce système où tout est lié, Leibniz comprit que l'erreur ne pouvait être que dans le principe. L'expérience, d'ailleurs, démontre que l'essence du corps n'est pas l'étendue ; en eflét, si un corps A vient à choquer un corps B, la vitesse du premier éprouve un ralentissement; il y a donc dans le corps B une cause de résistance, une répugnance au mouvements Cette cause de résistance ne saurait s'expliquer par la seule étendue : en effet, l'idée géométrique de l'étendue n'implique pas la résistance; il y a donc dans les corps quelque chose de plus que Y étendue; il y a une force. Voilà le principe fondamental de la philosophie de Leibniz : ce seul principe renverse dégà le système de Spinoza ; car, ce qui est force, ce qui résiste agit, et ce qui agit n'est pas un simple mode, un simple attribut, c'est une substance.
Cependant ce n'est pas tout d'établir que la matière est substance : il faut prouver qu'elle n'est pas une seule sub'
1. Voir spécialement la dissertation intitulée : Si l'essence des corps consiste dans l'étendue, 2' vol., page 519, édition Janet, et De la nature en elle-même, ibid., page 553 et -suivantes.
X INTBODUOTiON.
standef mais une réunion de svibstttnces distinctes ; pour le démontrer, Leibniz observe qu'une substance est nècessairemoit simple ; car, si elle est composée, elle est composée de parties simples, et chacune de ces parties, étant distincte des antres, est elle-même une substance ; de sorte que le composé n'est qu\in agrégat de substances ^. Si donc chaque substance est simple, Tunivers^qui est composé, en renferme plusieurs (et môme une infinité). Ainsi la doctrine spinoziste de Vuniié de substance est insoutenable.
Ces substances simples, Leibniz les appelle imnades. Elles ont toutes des qualités, car une substance ne saurait être sans attributs ' ; mais puisqu'elles sont distinctes, eUes ont des qualités distinctes ; il n'y a pas deux monades semblables; si elles étaient semblables, elles seraient indiscemaMes, et ne seraient plus qu'une seule [et même substance; on ne peut pas ol:geçter qu'elles seraient encore discernées par leur place dans l'espace; car si elles étaient semblables, il n'y aurait pas de raison suffisante pour que l'une fût à droite et l'autre à gauche^, et rien n'existe sans raison suffisante.
Les monades qui n'entrent dans aucun composé sont les âmes; les monades dont l'agglomération forme un composé sont les éléments des corps, les véritables atomes &(è la nature : ces atomes sont inétendus; ce ne sont pas des points mathématiques, de simples abstractions, mais des forces, dont chacune est simple, et dont cex>endant la réunion forme l'étendue. Chaque composé renferme un nombre infini de monades, et par conséquent la matière est divisible à Yinfim *.
Loi de continuité, — S'il y a une infinité de parties dans la matière, la matière est contimie comme l'étendue; il n'y a pas de vide. D'ailleurs, il n'y aurait pas de raisofn
. 1. Monadologie, .