‹ La monarchie de 1830Chapitre 12 sur 13 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Impuissante coalition des partis contre la monarchie de i83o.

Tous les partis viennent de se coaliser çoii^ tre la nouvello monarchie de î83o.

Acemotd'aUiancc detouslespartis on pourrait être tenté d'abord de s'effrayer ; mais bientôt on se rassure en y regardant de plus près. Ce ne sont pas , en effet , tous les partis qui se sont alliés : c'est la moindre portion de chacun. La monarchie nouvelle n'ayant voulu

abonder pleinement dans le sens , les passions , les intérêts d'aucun d'çcTx , a rallié dans tous la masse modérée , et perdu la portion extrême. Cela devait être , et cela est bon ; mais cela mérite d'être remarqué. 11 est facile de faire le dénombrement de ce qui s'est rallié, de ce qui s'est détaché pour devenir hostile.

Les anciens serviteurs de l'empire , qui s'étaient rattachés aux Bourbons , bien que les Bourbons eussent reparu accompagnés de l'émigration , des prêtres et du drapeau blanc, se sont rattachés avec bien plus de,xais.Qn-iLJiû. gouvernementtojit national , qui porte les trois couleurs, qui s'est appliqué à relever leur gloire, et qui a rappelé tous ceux d'entre eux qu'on avait laissés en arrière ou en discrédit. Il n'est resté en dehors , j)our former ce qu'on appelle le parti bonapartiste (s'il y en a un), que quelques vieilles femmes, quelques jeunes gens aimant les chimères, et aussi quelques vieux personnages mécontens d'un régime sévère , fondé sur l'économie , la publicité , une discussion perpétuelle des actes des fonctionnaires publics. Mais c'est là une minorité iniperceptible , qui n'a pour tout moyen qu'un

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nom , un nom immense , qu'elle prête aux anarchistes bien plus qu'elle n'est capable de le faire valoir elle-même.

Le gouvernement de juillet a ramené à lui tous les anciens royalistes qui aiment l'ordre, les lois, une liberté modérée, qui avaient cherché tout cela «ou s les Bombons, qui ne l'ont po s trouvé, qui ont vu avec indignation le parjure et la violation des lois , et qui se sont rattachés à Louis-Philippe comme au dernier espoir d'ordre et de liberté qui leur fût laissé, comme à un gouvernement pouvant encore réaliser ce qu'ils avaient rêvé : l'alliance de la liberté avec la monarchie. 11 est resté en dehors, pour prendre le nom de carlistes, un certain nombre d'individus qui avaient surtout chercUé dans la légitimiLé les faveurs, qu'elle répau- 4ait sur eux , et qui , même en comptant sur la bienveillance du roi actuel, ne lui voient plus le moyen de créer de vastes états-majors et de dépenser ôa millions de liste civile; il est resté quelques vanités blessées qui aiment à s'imaginer que l'ordre niuiveau les repousse, lorsqu'il est simplement indifférent pour elles; qui , à force de se croire déplacées dans |a

cour nouvelle, le sont devenues, car on est déplacé partout où on croit l'être; il est resté d'autres vanités cjui ont voulu jouer la fidélité à toute épreuve; il est resté enfin, mais dans les provinces seulement, une race de vieux royalistes imbus de vieilles affections ; un clergé qui cultive ces affections et les change en haine contre notre révolution.

Quant au parti lihéral enfin, le gouvernement actuel, qui est ce parti mênie.^ arriijc au pouvoir, l'a rallié tout entier.d vit.pai-iai^ et sur lui. Il n'est resté en dehors que des hommes pour qui l'habitude de l'opposition est une habitude de la vie à laquelle on ne renonce pas à leur âge ; des jeunes gens impatiens , inexpérimentés , qui reviendront avec le temps à des opinions plus mesurées, mais qui, en attendant, font de leurs facultés l'usage qu'on en fait toujours au début de la vie, celui de dépasser le but en toutes choses, d'exagérer les ojiinions et les sentimens ; enfin, au dehors, au delà de ces jeunes gens, la classe des anarchistes qui est de tous les temps, dans laquelle, pour un homme supérieur, quand il s'en trouve un , se rencontrent tous les

hommes auxquels rien n'a réussi; classe redoutable, que le calme dissout, mais que l'agitation grossit et réveille, et qui, de tous les thèmes qu'on peut lui offrir à exploiter, n'en trouve pas de meilleur, de plus fécond en bouleversemens que celui de liberté et d'égalité.

Le gouvernement a donc rallié la masse sensée et nombreuse de chaque parti, pour laisser en dehors la portion extrême, c'est-àdire la moins considérable; il a rallié les ma»jorités et laissé en dehors les minorités. Mais le sort des minorités est de se réunir pour se faire un peu plus fortes. C'est là ce quia amené la coalition dont nous sommes témoins, coa* lilion la plus singulière qu'on ail encore rencontrée; car de même qu'on n'avait pas encore vu un gouvernement concilier autant les majorités raisonnables de tous les partis, on n'avait pas vu non plus un gouvernement laissant plus de minorités mécontentes , plus de minorités diverses et contraires. Aussi leur a-t-il fallu se pardonner beaucoup de disr semblances, beaucoup d'anciennes invectives , beaucoup de désagréables souvenirs.

Mais le besoin de la défense commune a tout fait oublier. Carlistes, bonapartistes, républicains , se sont unis , et ont mis en commun leurs griefs et leurs arguraens.

Les hommes simples, sincères, qui croient qu'on est tenu d'être conséquent , même quand on est un parti, n'auraient jamais pensé que de tels contraires pussent aller ensemble; mais les révolutions sont plus fécondes en combinaisons que ne peut l'être l'imagination des gens simples et honnêtes. Les carlistes qui accusent le gouvernement d'usurpation et de violence n'ont garde d'imputer le tort d'usurpation aux bonapartistes, ni l'esprit de violence aux républicains. Les bonapartistes, qui accusent le gouvernement de sacrifier la France à l'étranger, de ne pas présenter l'ordre puissant de l'empire, n'ont garde de trouver ni le goût de l'étranger aux hommes de la restauration, ni le goût du désordre aux républicains. Les républicains enfin, qui accusent le gouvernement de carlisme et de despotisme , n'accusent pas de carlisme les partisans de Henri V, ni de despotisme les partisans de l'empire. 11 n'est dit mot de tout

( i53 ) cela entre ces messieurs. Tons ensemble ne s'appellent ni partisans de l'usurpation , ni révolutionnaires, ni carlistes, maislcs hommes généreux de tontes les opinions , qui se rapprochent, s'entendent entre eux pour combattre la tyrannie. Ils peuvent avoir fait, pensé, écrit autrefois, tout ce que le temps, les révolutions et la fortune ont voulu; mais grâce entière leur est accordée aux yeux de toutes les religions politiques, si aujourd'hui ils se réunissent dans un credo commun , et consentent à répéter ensemble qu'au dehors le gouvernement trahit la France, qu'au dedans il abandonne la cause de la révolution.

Ces alliances sont le signe infaillible de l'impuissance des partis , car il faut avoir un grand besoin d'étayer sa faiblesse pour s'unir et s'accorder de telles indulgences ; il faut être bien désespéré pour ne pas craindre de tels contrastes , pour n'en pas être honteux. Chacun de ceux qui s'unissent en effet, serait-il individuellement vrai, est un mensonge à côté de son voisin. Il n'y en pas un qui ne soit le démenti de l'autre, la démonstration de sa fausseté. Si le carliste

( '54 ) a raison , le républicain est quelque chose de monstrueux , et réciproquement. On ne comprend pas qu'ils se puissent regarder les uns les autres.

Du reste , ces alliances ne sont qu'une réciproque duperie. Ceux qui croient y gagner y perdent la considération publique , en laissant voir à tout le monde les choses suivantes:

D'abord, tous et en commun, carlistes, bonapartistes, républicains , qu'ils sont prêts à s'allier à qui que ce soit , à vaincre leurs susceptibilités, leurs répugnances, leurs goûts, que gens de haut lieu sont prêts à tendre la main à des patriotes , des patriotes à des émigrés, des bonapartistes à tout le monde, pour détruire ce qui existe ;

Ensuite, et parculièrenient les carlistes et bonapartistes , qu'ils sont prêts à passer par toutes les voies pour arriver à leur but , c'està-dire à travers l'anarchie , la démagogie , le &im^, comme cela s'est vu , pour arriver à Henri V ou à Napoléon II , à l'un ou à l'autre, suivant qu'il plaira à Dieu ;

Enfln , et spécialement les patriotes , que c'est par gu^ , par leur inlermédiuire , qu'il

( i55 ) est possible, espérnblc , de revenir à Henri V; car on ne leur ferait pas de telles caresses , si on n'attendait pas tant de leurs œuvres, car le cliemin trace, connu de tout le monde est celui-ci : anarchie, despotisme, restauration.

Pour moi, si jetais de ces royalistes qui tiennent irrévocablement à Henri V, c'est-àdire à une famille , je tâcherais de relever ce sentiment par un principe, celui qui consi-? dcre la légitimité comme le seul moyen de stabilité; mais alors , si j'aimais si fort la stabilité, je resterais le plus loin possible des repu* blicains , je ne pousserais pas à l'anarchie , je ne chercherais pas à précipiter la société dans les abîmes sans savoir comment l'en retirer ensuite; je me dirais que , môme pour arriver à l'ordre , il n'est pas permis de braver d'épouvantables désordres; et surtout si j'avais, en dénonçant les fautes de cette légitimité, con^^ tribué à sa chute , je me tairais, et je regar-^ derais en silence ma patrie suivre les destinées inconnues dans lesquelles j'aurais contribué à l'engager.

5i j'étais de ces patriotes qui trouvent le

( '56) gouvernement nctucl faible, quasi-légitime, ou humble envers l'étranger, je lui ferais ces reproches moi-même ; mais comme ce gouvernement ne serait , après tout , que mon jiropre parti arrivé au timon de l'état, je n'accepterais pas , comme un service agréable et utile , les injures qui lui seraient adressées par nos communs et irréconciliables ennemis; je n'applaudirais pas aux invectives des carlistes contre le gouvernement de juillet , même devenu reprochable , même ayant fait des fautes. Si j'étais de ces hommes qui font plus qu'admirer Napoléon, car je l'admire profondément, mais qui nourrissent pour lui des sentimens d'une autre espèce , je verrais avec peine son nom, son grand nom, qui ne peut plus servir de ralliement à un parti n'existant nulle part , servir à toutes les factions, depuis les promoteurs de Henri V jusqu'aux promoteurs de l'anarchie ; je me rappellerais ses sublimes leçons, et je me dirais que lui , qui de S;tintc-Hélène conseillait aux Français de se rattacher aux Bourbons de la branche aînée, quoiqu'ils portassent le drapeau blanc et progcriviisent sa gloire, leur conseillerait à bien

( 15; ) plus forte raison, aujourd'hui, de se rallier à ce prince qui a relevé le drapeau tricolore, et rendu à la colonne cette statue qui doit la surmonter dans les siècle?.

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