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CHAPITRE IX

Progrès et consolidation de la nouvelle monarchie. — Ses moyens de gouvernement.

C'ÉTAIT une grande question de savoir si la monarchie de i83o, au milieu d'une tourmente épouvantable , assaillie par toutes les factions à la fois , en présence de l'Europe en armes , n'ayant pas encore de soldats dévoués à sa cause , n'ayant aucun parti passionné pour elle , et seulement la masse du pays attachée à son existence par raison , si cette monarchie pourrait subsister.

C'était une question, et une question effrayante pour tous les amis de l'ordre et de la

liberté. Les carlistes s'agitant dans le midi , les républicains , les bonapartistes faisant des émeutes à Paris ; le trouble s'introduisant dans j l'armée, grâce à plusieurs exemples fâcheux qui avaient averti les sous-ofFiciers qu'ils pouvaient devenir officiers en dénonçant leurs chefs ; les troupes ébranlées par le souvenir de juillet , craignant de se commettre avec le peuple; toutes les autorités inférieures hésitant dans leur obéissance à Tautorité supérieure, parce qu'on craignait peu des ministères à peine affermis; les opinions les plus diverses régnant chez les agens du gouvernement, parce qu'ils avaient été choisis pêlemêle dans les premiers jours de juillet, lorsque toutes les opinions, divisées depuis, étaient encore confondues ; la détresse de l'industrie augmentant chaque jour le resserrement des capitaux , le nombre des banqueroutes , la suspension du travail, la misère des classes ouvrières ; la résistance à l'impôt devenant générale, parce que le peuple s'était persuadé que le plus pron)pt résultat d'un changement poi litique, et non le plus lent, c'était la diminution des charges publiques ; l'Europe devenant

( »27 ) tous les jours plus inquiète et plus défiante à la vue d'un tel état de choses; le gouvernement en présence de ces difficultés , privé de tous ses nioyens, n'ayant à son usage que des doctrines de gouvernement contestées, osant à peine destituer les agens qui lui résistaient, ne pouvant plus distribuer ni places, ni faveurs pour s'attacher des créatures , attaqué de plus par une presse déchaînée, qui cherchait bien plus à lui augmenter qu'à lui aplanir les obstacles ; tout cela étant , il était bien naturel de se demander si hi nouvelle monarchie pourrait subsister.

Aussi les espérances de ses ennemis étaient au comble^ Les bonapartistes, les républicains, les anarchistes de toute espèce disaient : Nous nous sommes arrêtés trop tôf en juillet; mais nous viendrons bien plus aisément à bout de la monarchie à peine ébauchée de Louis-Philippe, que de la monarchie longuement consolidée de Charles X. — Les carlistes répétaient avec joie que la révolution allait suivre son cours habituel , que l'illusion d'une monarchie allait disparaître pour faire place à la réalité , c'est-u-dire, à l'anarchie, et que

( >2S ) nous allions revenii' à Henri Y par la route accoutumée. Les gens honnêtes se désespéraient,ils entrevoyaient de nouveaux bouleversemens, et se demandaient si un gouvernement fort et libre n'était pas une chimère. L'Europe inquiète songeait à se prémunir contre l'incendie.

Eh bien! nous voilà sauvés ou du moins bien près de l'être. Comment cela s'est-il opéré?... Uniquement par un effort de la raison publique. 11 faut expliquer ce singulier phénomène, pour l'honneur du temps, du pays, de la nouvelle monarchie , pour la justification de la révolution de juillet.

L'armée était incertaine il est vrai , sa discipline était ébranlée, elle n'était pas attachée par des victoires au nouveau gouvernement ; il n'y avait pas un parti passionné pour ce gouyernemenl^ il y avait seulement en sa faveur une conviction établie , c'est qu'il fallait la monarchie, c'est que Louis-Philippe était le seul roi convenablement fait pour cette monarchie , et qu'au delà était le chaos, l'anarchie, la guerre.

Celte cousidéraliou subjuguant la raison

( »^9 ) publique a été entraînante ; elle a suppléé la puissance de l'esprit de parti, et a fait beaucoup mieux qu'elle. Elle a mis le blâme dans toutes les bouches contre les agitateurs, et les armes aux mains de tous les citoyens. Avec une assiduité, une vigilance admirables, les gardes nationaux ont veillé jour et nuit. C'était la raison publique <^ii ,cli^çj jux se changeait en zèle pour le gouvernement de Louis-Philippe, en amour pour sa personne si précieuse. L'exemple des gardes nationaux a soutenu, entraîné la troupe, qui s'est attachée par sympathie au même but, et n'a plus craint de marcher quand la garde nationale lui en a donné l'exemple. C'est la raison publique qui agissait chez, ces gardes nationaux et ces soldats , quand ils avaient la patience de rester fermes, inébranlables et froids en présence d'une foule égarée, de ne lui opposer que l'arme au bras, de la vaincre par de l'inertie , non par des coups de fusil. C'est celte raison publiqeu qui a fait demander de tout côté de la force , de la vigueur , et accueillir, malgré la presse , malgré les décla-

( ÏSO )

matione de loute espèce, un ministère ferme, énergique , passionné pour l'ordre^

C'est là ce qui a permis de passer ces quelques mois si alarmans entre les deux sessions, et de les passer sans bouleversemens. Mais la situation était cruelle encore. Les élections étaient à faire. Le ministère n'a pas voulu exercer d'influence; il n'a pas voulu devancer l'opinion , et résoudre celte difficile question , de savoir jusqu'où le gouvernement peut exiger le concours de ses agens ; il n'a pas craint de s'exposer à perdre quelques voix. Cette nouvelle chambre est venue pleine de sentimens vifs et honnêtes, animée d'un sincère amour du pays, mais imbue aussi de préventions puisées dans la lecture des journaux , croyant que le gouvernement n'avait soutenu ni la dignité nationale au dehors ni la révolution au dedans ; se plaignant tantôt des égards qu'on avait pour les carlistes , tantôt des ménagcmens qu'on gardait avec les chouans, tantôt de l'insuffisance des préparatifs qu'on faisait sur la frontière j nourrissant ainsi des peines sincères ,

et portant dans ses scnlimens cette agitation qui nous dominait tous. De cette réunion d'hommes ainsi disposés, prévenus , agités , dépendait cependant le sort de la France et du monde !

Le ministère , qu'av:ut-il pour s'y faire une majorité? Ni cette influence que les bourgspouris assurent au gouvernement en Angleterre, ni celle que les faveurs de la restauration l^ermettaîent d'exercer; il n'avait rien que la raison, cette raison, seule arme du gouvernement dans notre temps.

Eh bien ! cette même raison publique qui avait agi sur nos admirables gardes nationaux, a de même agi sur tant d'esprits si diversement disposés. Une foule de députés se sont rattachés avec empressement à un pouvoir chancelant, et nécessaire à tous. Ils se sont rattachés à lui sans intérêt, sans motifs personnels, par le seul mobile qui a conduit les citoyens à passer les jours et les nuits autour du palais du roi et des chambres. On a remarqué que la plus grande masse des taîens avait couru du côte du pouvoir. La raison a pailépar cent bouches

à la fois ; elle a influé sur le pays tout entier ; et tandis que dans la discussion de l'adresse, on disait, on croyait presque que le j*ouvernement avait trahi la dig:nité nationale , un mois a suffi pour prouver la légèreté , l'injustice de tant de reproches, et pour démontrer aux yeux de tout le monde que s'il existait un seul tort, c'était celui de la situation même. Les ennemis de l'ordre ont profité d'un jour , de la chute de Yarsovie ; ils ont voulu enflammer les passions, étaler aux yeux de la France ce lamentable désastre, et exciter chez elle ce sentiment si susceptible de la générosité nationale. En cet instant le sorfde la révolution a été remis au hasard ; on a failli la faire passer de la paix à la guerre, et par suite de la douceur à la violence. La vérité encore a prévalu; on a démontré, compiis l'injustice, la folie de tant d'accusations , l'impossibilité de ce qu'on demandait , la sagesse de ce qu'on avait fait; et le lendemain de Varsovie prise , la Chambre a déclaré qu'elle se reposait pleinemeni dans la sollicitude du i;ouvcrncmcnt pour la dignité et les intérêts de la France.

( »53 ) Elle a examiné et juj^é encore les attaques dirigées contre la conduite du gouvernement au dedans; elle l'a njiprouvé et soutenu , elle lui a communiqué sa force , et l'a sommé de gouverner avec énergie.

Ainsi en elle, comme dans le pays, a triomphé la raison {)ubli(yjii. En ce jour la France a j£téja^i.iVÊa. Déjà, en effet, l'obéissance se rétablit pour uiv pouvoir soAiteftu-de la majorité ; le dévouement reparaît dans les . agens du gouvernement; la discipline intro- \ duite dans l'armée par l'illustre marécluil qui \ la commande , s'augmente par l'influence générale qui rétablit l'ordre partout. Au dehors, 1 l'Europe rassurée, rendue à l'esjiérance, en- • traînée aussi par la raison universelle, s'est / hâtée de concourir à un si heureux rétablisse- ! ment. Elle a voulu elle-même terujiner au plus tôt la seule question qui put faire naître la guerre, et elle a réglé délinitivement le sort de la Belgique et de la Hollande. S'appuyant môme sur cette raison publique , qui ne pouvait pas admettre que le monde fut bouleversé pour la cause de deux petits peuples , elle est

rillce jusqu'à déclarer qu'elle obligerait ellemême les parties contendantes à s'entendre. L'une des deux parties a cédé la première; applaudissons- nous de cette circonstance; car celle qui a cédé et montré le plus de sagesse, c'est notre amie à nous, c'est celle qui est une révolution comme nous.

Tout est action et réaction , comme on dit : noire raison a agi sur la raison de l'Europe , et celle de l'Europe à son tour réagit de nouveau sur la nôtre. Depuis les résolutions des cabinets la confiance, l'ordre, la sécurité renaissent de toutes parts, et le bienêtre public se rétablit. Tout n'est point achevé sans doute ; il reste beaucoup à faire ; il faut fixer les doctrines du gouvernement , il faut poser partout les limites de l'obéissance et du pouvoir, il faut que l'on sache si les fonction» naires publics doivent seulement être indépendans dans leur vote , ou si , au contraire, ils peuvent attaquer le gouvernement d'une manière persévérante et éclatante; si toute l'administrtion doit être divisée en partie ministérielle et en partie opposante , comme les-

( '35) chambres ; il reste à fixer le sort de l'administration par une solennelle discussion du budget, à éclairer beaucoup d'erreurs, à faire la part des abus à détruire, des institutions utiles à conserver; il nous reste surtout à nous habituer à l'action de la presse , il nous reste à apprendre les uns la mesure dans laquelle on doit en user, les autres la mesure dans laquelle on doit avoir fui en elle. Mais tout ce travail se fait, se poursuit à vue d'œil. Le temps court , court à tire d'aile ; il va aussi vite dans le bien que nous l'avons vu aller dans le mal. Il y a trente ans il se passa un événement merveilleux : la France, d'un état de dissolution complète, passa eu deux ans à un état de calme , de prospérité , de paix ei de contentement avec une rapidité inouïe. Ce passage suHt a surpris l'imagination des contemporains , et laissé une impression profonde. C'était en 1800. Un homme extraordl-r naire qui , du sommet des Alpes, s'était envolé jusqu'au sommet du Thabor, des bords du Pô jusqu'aux bords du Jourdais ; qui, pour faire tant de trajets divers , avait passé à

( '56 ) travers les flottes de >el^on avec cinq cents voiles; cet homme, sur le bruit que la France expirait, revint en passant encore à traverslcs vaisseaux deiXelson, débarqua soudainement, apparut à un gouvernement surpris , honteux de sa faiblesse, le renversa avec les dragons d'Arcole, en établit un simple et ferme, franchit le Saint-Bernard , fit encore une merveille, revint à Paiis, devint en un jour financier , administrateur, législateur, et rayonnant de jeunesse, d'avenir, de gloire, se montra aussi grand dans l'art de vaincre que dans l'art de gouverner et d'administrer les empires. Mais cet être prodigieux avait pour lui son génie, ses soldats, et par dessus tout la passion qu'il inspirait au monde.

Aujourd'hui, moins vite, moins brusquement, sans le vainqueur des p3Tami'ics , sans les soldats d'Arcole , sans la passion du monde pour un homme , sans cet empressenient à immoler la liberté au pouvoir, le pays se sauve, se rétablit à vue d'œil, rentre dans la voie de l'ordre. Au lieu d'armées, de généraux victorieux , de la foule empressée à subir

le joug , le \)^\s a (les gardes nationaux ; un

miiii.-trc , simple citoj'cn , honoré dans les

luttes parlementaires, doué d'un grand sens

politique et d'un grand caraetcre; des députés

courageux, zélés , tous serrés autour d'un roi

honnête homme , dévoué à son pays. La

France se sauve avec ces moyens par la seule

influence de la raison, qui a pénétré toutes

les intelligences, les a éclairées, coalisées et

dirigées vers un seul et même but. Jamais , .^ %.

il faut le dire , jamais rien de plus honoral.de y

ne s'est passé pour l'humanité.

Il nous semble que de tels résultats, déjà si 1

visibles quoique encore inachevés , doivent ' C

décourager les anarchistes , les rendre moins

confia us à répéter que le gouvernement n'en

a pas pour quinze jours ; ils doivent désabu- jj

ser un peu les carlistes, leur montrer que V

la révolution n'est pas si prompte à reprendre

la route qu'ils souhaitent lui voir suivre. Ces

résultats enfin doivent rassurer aussi les hom- . , <^

mes honnêtes , amis de l'ordre , les cou- '

quérir, leur donner de l'estime pour notre

temps, de la confiance dans le régime actuel ,

( '38) du goût à l'app jycr , à le servir de leur influence et de leur assentiment.

Voilà un gouvernement qui . au lendemain d'une révolution, quand le pouvoir,'est considérablement affaibli, quand tous les moyens liabituels d'action sont brisés, quand l'esprit de discussion est partout, que la presse est déchaînée , qu'il faut sans cesse être en explication avec tout le monde pour appliquer la moindre loi; voilà un gouvernement qui subsiste , se maintient , se consolide , sans enthousiasme, sans armées victorieuses, sans soumission nulle part , sans autre influence que la raison et une perpétuelle discussion. Après une telle expérience, le gouvernement^ représentatif est démontré possible ; on ne peut, on ne doit plus le nier.

On affecte de faire du régime actuel , et particulièrement de la monarchie de i83o, des portraits fort laids ; on la compare tantôt à l'empire , tantôt même à la restauration , toujours pour la trouver inférieure à tout. On lui dit :

Vous êtes un gouvernemcni populaire qui p'a pas le peuple pour appui, qui n'ose ni

( ï^9 ) s'adresser à lui , ni se faire sanctionner par lui. Vous êtes un gouvernement nouveau, et vous vous passex de grandeur, et vous ne voulez pas vous faire consacrer par la victoire. Vous n'êtes pas la légitimité , vous n'avez pas ses titres au dévouement des sujets, vous ne pouvez leur demander ni fidélité , ni grosse liste civile : et cependant vous voudriez qu'on vous fût fidèle, et vous voudriez une forte liste civile. Vous êtes un gouvernement bourgeois, le luxe vous est interdit : et cependant vous aimez aussi le luxe et la pompe. Vous ne donnez pas le repos , la sécurité , et néanmoins vous ne présentez aucun des dédominagemeus que l'on trouve au moins dans les gouvernemens agités et orageux. Vous êtes, en un mot, un gouvernement insignifiant, sans caractère , qui réunit les inconvéniens de tous, les avantages d'aucun, qui ne séduit pas les imaginations et ne rassure pas les intérêts , qui n'a pas de passé , qui a un présent agité, un avenir inconnu.

Voilà le portrait qu'en fait de notre gouvernement. Il n'y a pas gouvernement , pays ,

peuple, individu , dont on ne puisse faire un portrait en beau, un portrait en laid, ^ous sommes trop justes pour en tracer de pareils de la restauration et de l'empire , qu'on oppose méchamment au temps actuel. Cependant nous pourrions peindre l'une, basse, tremblante, a\ide, poltronne et sanguinaire; égori::eant Ney, Labédoycre , Brune , suppliant l'étranger de ne pas lui retirer sa main , pendant qu'elle versait tout ce sang, faisant la guerre pour lui et par son ordre; fanatique d'abord, et cependant calmant son fanatisme avec le temps, le changeant en avidité, exploitant le pays qu'elle n'espérait plus asservir, donnant un milliard à l'étranger, s'en adjugeant un second; sanguinaire pendant un temps, frauduleuse pendant un autre , aveugle, entêtée, inepte versla lin ,allan t à Alger en tremblant, pour en revenir avec l'audace de nous opprimer; faisant les ordonnances, mourant de peur après les avoir faites, et tandis qu'on s'égorgeait pour elle, fuyant à Saint-Cloud, à llambouillel et à IIoly-Rood. L\ous pourrions même, en remontant plus haut, peindre,

dans la grondeur apparente de l'enipiie, sa misère intérieure, son avilissement des esprits et des enraclèrcs ; x\n maître ivre de lui-même et de son ^énlc , au point de ne voir qu(î lui, que sa [>ersonne, que son esprit, se trompant niisérablemcnt par ectte loi en lui-même , ne voyant pas que tout faiblissait, périssait, tombait au dessous de lui; ses nombreux serviteurs l'encourageant dans cet aveuglement par leurs prosternations ; tout l'esprit de la France réduit au génie du chef, tout son couroge au courage militaire; enfin l'invasion, la ruine du pays, résultat forcé de tentatives folles et insensées. INous pourrions j.eindreces deux époquesde celte manière ; serions-nous vrais?. .. beaucoup [)lus assurément que lorsqu'on peint le régiu'.e actuel comme certains écrivains le font; mais nous serions exagérés, faux, profanateurs du pays dont il ne faut pas oublier cjuc, sous tous ces portraits, on trace aussi le portrait vivant; nous ferions de ces caricatures méchantes et forcées . que l'écrivain juste, qui respecte lui-même et sa patrie, ne doit jamais se permettre.

Le portrait qu'on présente du gouvernement actuel signifie encore moins que ceux que nous venons d'indiquer à peine; il est faux, faux de tout point; et si nous peignions ce gouvernement par le côté contraire , on verrait qu'il a aussi sa grandeur, sa beauté, sa noblesse, et qu'il est capable de s'attacher les iimes honnêtes et fortes.

Un gouvernement sorti d'une révolution , qui ne répand pas une goutte de sang ; qui se jette entre le peuple et les chefs du parti sur les ruines duquel il s'est élevé , pour sauver leur tête ; qui, au milieu des désordres d'une révolution , sait exister sans un moyen violent, sans une seule loi d'exception ; qui laisse tout le monde parler, écrire, circuler; qu'aucune attaque, aucune injustice n'ébranle dans son courageux et honorable système de légalité ; qui sait mépriser les outrages de ses ennemis renversés, et résister aux injustices , aux exigeances, aux menaces de ses amis ; qui n'oppose quela poitrinede sessoldats aux séditions à main armée, que la robe de ses magistrats aux conspirations et aux intrigues

des partis ; qui, au milieu de préventions de toute espèce, n'emploie d'autre moyen que la discussion , et conquiert une majorité par l'unique puissance de la raison ; un gouvernement qui, au milieu de tous les genres d'entraînement, sait résister aux impulsions d'une jeunesse ardente et d'un pays qui devient jeune tout entier quand il s'agit de gloire militaire; un gouvernement qui, au milieu de l'ébranlement général de l'Europe, au milieu de la situation la plus compliquée dans laquelle on se soit jamais trouvé, sait, par une politique obstinée et profonde , garantir la cause de la révolution d'une guerre désastreuse , sauve toutes les insurrections qui peuvent être sauvées, assure à toutes les autres des ménagemens et des égards , fait plus avancer sa cause qu'elle n'aurait avancé en dix campagnes, et concilie rois et peuples prêts à s'égorger ; un tel gouvernement a aussi sa grandeur; grandeur véritable , pure et solide. Il honore le temps dans lequel il est venu, le pays auquel il appartient et qu'il représente, car un pays n'a ja-

mais que le gouvernement dont il est digne.

On peut, sans crainte d'être démenti, opposer toutes ces peintures aux fausses peintures qu'on nous trace tous les jours. J^a gloire acquise au gouvernement actuel en vaut une autre; elle est surtout nouvelle. Quelques victoires q'i'on nous eut apportées , nous aurions toujours ronconlié ([uelque chose au dessus dans Arcolc ou Auslerlitz. Quelque grandeur lévolutionuaire à laquelle on eut atteint, nous aurions montré quelque chose au dessus dans les épouvantahies drames de 1795. Maison ne nous montrera nulle part une gloire plus nouvelle que celle d'une révolution sans effusion de sang, sans lois d'excoplion; que celle d'une politique qui ramène toutes les puissances d'une guerre imminenlcct presque certaine à une paix honorahlc pour tous.

Au tahleau vrai que nous venons de tracer d(; la situation du pays , il faut ajouter une circonstance : c'est la coalition de tous les pajj-

tis contre jjt.DVQPOXyiiiçrD^yj^'Il^'- ÇctTe coalitif^n est le résultat même des succès de cette

( 145 ) monarchie. Elle est l'effet de leur dépit et de leur désespoir. 11 faut en retracer et la cause et l'impuissance; nous le ferons dans un dernier chapitre.

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