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CHAPITRE VII

L'unification des poids et mesures a fait de tels progrès dans le monde, au cours du dernier siècle, et Tinfluence de la France a été pour cela si prépondérante qu'il ne semblait pas téméraire de considérer rUnion latine comme le prélude d'une vaste fédération où tous les peuples pourraient entrer, l'un après l'autre, et qui leur ferait accepter à tous le même régime monétaire. Si le franc d'or, plus apte à cette mission que le franc d'argent, avait su faire le tour du globe et s'imposer partout comme mesure des valeurs, quelle simplification ce serait! Il suffit d'avoir un peu voyagé pour s'en rendre compte.

L'avantage eût été considérable encore si, sans changer leurs habitudes, les peuples étrangers avaient fait de leurs unités monétaires des multiples exacts du franc. La livre sterling aurait pu être ramenée de 25 fr. 221 à 25 francs juste; le dollar de 5 fr. 18 à 5 francs; et ainsi des autres. Rien de tel ne s'annonce. Monnaie universelle, langue universelle : l'avenir dira si ce sont là d'irréalisables chimères; mais, en fait, il faut reconnaître que, depuis quelque quarante ans, l'humanité, loin de tendre à l'assimilation monétaire, s'éloigne de plus plus de cet idéal. Une dizaine de nations ont, de nos jours, inauguré des systèmes nouveaux et il n'y en a

pas cinq qui aient consenti à prendre modèle sur autrui. Le mark allemand, la couronne autrichienne, le nouveau rouble russe, le nouveau yen japonais, le nouveau /7e50 mexicain, la roupie indienne réorganisée n'ont voulu ni copier ce qui existait ailleurs, ni se copier l'un l'autre. Fara da se! Est-ce là une simple manifestation de l'amour-propre national? Certains gouvernements ont pu aussi se demander si ce ne serait pas favoriser l'émigration de leurs espèces métalliques que de les faire toutes pareilles à celles d'un État voisin ^ Rien n'est donc plus incohérent, aujourd'hui encore, que l'organisation monétaire des sociétés civilisées et le lecteur se perdrait vite dans cette tour de Babel où chacun parle un langage différent. Nous nous bornerons à de brefs aperçus, renvoyant le lecteur, si de plus amples détails lui semblaient nécessaires, aux recueils spéciaux et notamment aux rapports annuellement publiés, depuis 1896, par la Direction des monnaies.

Les échelles monétaires. — Les monnaies à sériation décimale, comme la nôtre, facilitent tant les calculs que leur supériorité aurait dû être reconnue depuis longtemps. A l'échelle duodécimale ses partisans font un mérite de ce qu'elle comporte un plus grand nombre de sous-multiples : 10 n'est divisible que par 1, 2 et 5, tandis que 12 est divisible par 1, 2, 3, 4 et 6. Kt ce n'est pas là, sans doute, une commodité négligeable puisque, dans bien des commerces, la douzaine et la grosse (12 douzaines) sont encore en honneur. Pour les monnaies, la décimalité est devenue presque partout la règle, et c'est justice.

1. C'est dans cet esprit que le gouvernement tunisien a demandé que les pièces tunisiennes de iO et de 20 francs, qui sont fabriquées à Paris et ne diffèrent qu'extérieurement des pièces d'or françaises, se voient refuser l'accès de nos caisses publiques.

L'ancienne livre tournois, comme l'antique libra romaine, se divisait en 20 sols ou sous, le sou se subdivisant en 12 deniers. Au grand dam des comptables anglais, la traditionnelle Albion a conservé cette formule empirique et singulière : 1 livre sterling =^ 20 shillings; 1 shilling =: 12 deniers ou pence ^ ; et 1 penny = 4 farthings ou demi-sous.

Pour mettre le comble à l'irrégularité du système, l'Angleterre frappe les pièces suivantes :

Or : 5 livres, 2, 1 ot \ livre.

Argent : 5 shillings, 4, 2 |, 2, 1, | ou 6*, \ ou 4*, I ou 2**, ra ou 1 penny 2.

Bronze, 1 penny, f , •^.

Tout cela forme un ensemble bien arbitraire.

L'Inde anglaise reste également insensible — mais cela étonne moins — aux bienfaits de la décimalité. La roupie se divise en 16 annas et Vanna en 12 pîce: 15 roupies faisaient autrefois un moliur d'or et font maintenant une livre sterling.

Dans l'Empire ottoman, la livre turque (or) vaut 100 piastres théoriquement (105, 135, 180 même, diton, dans certaines provinces); mais la piastre se divise en ^0 paras.

Telles sont aujourd'hui les principales anomalies à citer, en fait d'échelles monétaires.

Les unités monétaires. — On en a signalé tout à l'heure l'extrême diversité.

C'est le système français qui a trouvé le plus d'imitateurs. En dehors même de l'Union latine (voir chap. vi), la peseta espagnole, le markha fin-

1. La lettre d sert encore à désigner, abréviativement, le penny (au pluriel pencé).

3. C'est pour les aumônes royales du jeudi saint {maundy money) que sont censées frappées les toutes petites pièces d'argent : elles DC circulent pas.

landais, le leu roumain, le dinar serbe, la drachme Cretoise ne sont que d'autres noms du franc. Mais la peseta, par exemple, n'ayant pas cours en France, il ne faut pas oublier les pertes que lui font subir, intrinsèquement, son titre réduit (835 p. 1.000) et la baisse du métal blanc. Si l'on suppose l'argent à moitié de sa valeur légale, la peseta ne représente plus par ellemême que fr. 46 ou fr. 47. La peseta-papier n'est jamais tombée aussi bas. Sa cote minimum à la Bourse de Paris a été fr. 69 en 1901 (0 fr. 92 à la fin d'octobre 1906).

11 y a aussi concordance, au moins apparente, entre nos monnaies et celles d'un certain nombre de républiques américaines : États de l'Amérique centrale (sauf Panama), Colombie, Venezuela, Bolivie, République argentine... Leurs pesos ou piastres d'argent copient notre écu de 5 francs et ont quelquefois abusé de cette ressemblance. Mais dans la plupart de ces pays sévit de longue date le papier-monnaie, plus ou moins déprécié, et l'étalon d'argent n'y a qu'une existence nominale.

Rares, d'ailleurs, sont aujourd'hui les pays où cet étalon disgracié règne encore. C'est la Chine, ou du moins les ports chinois, car à l'intérieur la vraie monnaie est encore la sapèque de fer ou de cuivre. C'est l'Indo-Chine française où, en attendant une réforme toujours annoncée, la France envoie des piastres qui, plus lourdes que nos écus, valent moitié moins. C'est la Perse et quelques principautés voisines. C'est, en Afrique, l'Ethiopie : la Monnaie de Paris fabrique pour le Négus, depuis 1894, de grands talaris à son effigie, portant au revers le lion de Juda et sur la tranche cette fière devise : « L'Ethiopie ne tend la main qu'à Dieu »•

Pour les pays qui, directement ou non, pratiquent l'étalon d'or, mais dont le régime n'a pas d'autre

LES SYSTÈMES MONETAIRES DES PATS ETRANGERS. 67

lien avec le nôtre, voici, classées par quotités, les unités monétaires actuelles :

PAYS. NOM DK L'URITÉ VALKUR DE

HOMÉTAIRB. L'UKITÉ.

fr. C.

Egypte Livre «5. 61

Angleterre, Canada, Afrique du Sud, Australie . Livre sterling 25. S21

Pérou Livre S5. m

Turquie Livre «. 767

Portugal Milreis 5. 60

États-Unis d'Amérique... Dollar 5. 18

Panama Balboa 5. 18

Brésil Milreis i. 832

Russie Rouble t. 66

Japon et Corée Yen i. 583

Mexique Peso d'or i. K83

Pays-Bas Florin 1. 083

ChiU Peso 1.8915

Inde anglaise Roupie 1 . 681

États Scandinaves Couronne 1 . 389

Allemagne Mark 1. 335

Autriche-Hongrie Couronne 1 . 06

On voit qu'il y a du choix. Si la question était entière, je dirais, à titre d'opinion personnelle, que, comme unité fondamentale, la livre sterling me paraît bien grosse et le franc bien petit. Le système décimal déduit forcément du franc le centime, qui encombre notre langage monétaire sans jamais se montrer aux yeux. Que la plus petite et la plus usuelle de nos monnaies courantes ait nom « 5 cen-^ tîmes », c'est de quoi excuser ceux qui, malgré la loi, continuent à l'appeler le sou. Avec l'écu, comme unité principale, avec le sou et à la rigueur le demisou comme coupures inférieures, nous serions plus à Taise. Je suis de ceux qui envient aux Américains le dollar et le cent.

Disons maintenant quelques mots des principales réformes monétaires que le monde a vues s'accomplir, en dehors de l'Union latine, depuis une quarantaine d'années.

Les réformes monétaires (1870-1905). —

Comme elles ont toutes été orientées dans le même sens, le meilleur ordre à suivre sera ici Tordre chronologique.

Allemagne, — Au temps du ZoUverein (traité de 1857), la Confédération germanique et T Autriche formaient trois grandes circonscriptions monétaires ayant pour centres Berlin, Munich et Vienne. Leurs unités respectives étaient le thaler d'argent (3 fr. 70), un florin de 2 fr. 115, et un florin de 2 fr. 469.

Le régime actuel de l'Empire allemand a été organisé par les deux lois des 5 décembre 1870 et 9 juillet 1873. Elles substituaient à l'étalon d'argent l'étalon d'or, et au thaler le marky qui en est le tiers comme valeur (1 fr. 235) et qui se divise en 100 pfennigs. Sur les thalers démonétisés, il ayait déjà été vendu plus de 3.500 kilogrammes d'argent fin (1873-1879), lorsque l'opération fut brusquement arrêtée. La loi du 13 juin 1900 a prescrit la conversion des thalers encore existants en monnaie divisionnaire.

États Scandinaves. — Les années 1873 et 1875 ont vu le Danemark, la Suède et la Norvège adopter l'étalon d'or et se constituer en union monétaire, avec un système commun de monnaies d'or, d'argent et de bronze. L'unité, pour les trois États, est la couronne (krone),

Pays'Bas, — La Hollande avait passé, en 1816, de rétalon d'argent au double étalon, avec un rapport de 15 \ entre l'or et l'argent ^ En 1847, elle était revenue à l'étalon d'argent. La libre frappe dut être retirée au métal blanc à la fin de 1874; et la loi du 6 juin 1875, complétée depuis par celle du 27 avril 1884, a établi un régime comparable au nôtre, l'unité de compte étant toujours le florin de 2 fr. 08.

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