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Le même rapport apparaît dans la loi égyptienne de

Autriche 'Hongrie, — Sortie du ZoUverein en 1867, la monarchie austro-hongroise, sans répudier rétalon d'argent, personnifié pour elle par le florin d'argent (à peu près 2 fr. 50), s'était mise à frapper des pièces d'or conformes à nos pièces de 20 et 10 francs. Mais, à l'intérieup, le pays ne connaissait depuis longtemps que le papier-monnaie, billets de banque et billets d'État. Sa réhabilitation monétaire a été le but et l'œuvre de la loi du 2 août 1892, à laquelle le gouvernement s'était préparé par la constitution d'une forte réserve d'or. La loi de 1892 a résolument inauguré l'étalon d'or et — la dépréciation du florin-papier aidant — elle a remplacé le florin par la couronne (1 fr. 05) à raison de 2 couronnes pour 1 florin. Le type des pièces d'or n'a pas changé.

Inde anglaise, — Au lendemain de la réforme austro-hongroise, le résultat négatif de la grande conférence internationale de Bruxelles (fin 1892) ruinait les dernières espérances du parti de l'argent. L'Inde anglaise fut la première à mettre à profit la leçon qu'impliquait cet échec^ La loi du 26 juin 1893, élaborée par une commission anglaise (président, lord Herschell), a doté l'Inde d'un régime très particulier, bien que non sans quelque analogie avec le nôtre, et dont les résultats ont été satisfaisants. Une loi plus récente (15 septembre 1899) l'a utilement complétée.

La loi de 1893 supprimait, pour les particuliers, le libre monnayage de la roupie d'argent. La frappe du mohur d'or était également suspendue : les Monnaies indiennes pouvaient encore accepter l'or qu'on leur présenterait; mais on devait le payer en roupies

1. Échec heureux, à tous égards, et auquel devaient tendre les vœux du gouvernement français, représenté à la Conférence par MM. Tirard, de Liron d'Airoles et de Foville.

d'argent, sur le pied de 1 roupie pour 1 sh. 4 d. ou 16 pence. Ce taux, auquel le législateur semblait convier la roupie, fait d'elle la quinzième partie de la livre sterling et assimile exactement Vanna (16® de roupie) au penny anglais. Quand l'argent était au pair, la roupie valait 2 fr. 38, presque exactement 2 shillings. En fait, on l'avait vue tomber aux environs de 1 shilling et, en 1894-95, elle cota encore 13 pence; après quoi l'interruption des frappes en fit remonter le cours assez rapidement. Comme mesure complémentaire, la loi de 1899 donne cours légal dans rinde au sovreign anglais, pour 15 roupies, sans retirer à la roupie sa force libératoire illimitée. Le gouvernement a d'ailleurs usé largement, depuis quelques années, de la faculté qu'il s'est réservée de frapper des roupies neuves quand il le juge nécessaire ou opportun. Les bénéfices réalisés de la sorte servent à grossir d'autant la réserve d'or constituée pour servir d'appui au change de la roupie.

États-Unis d'Amérique. — L'Amérique du Nord produit, à elle seule, beaucoup plus d'argent que tout le reste du monde, et les Etats-Unis ne se sont résignés qu'à la dernière extrémité à laisser ce métal suivre sa destinée. Pour le ramener à sa valeur initiale, tous les moyens avaient paru bons, même les pires. Et plus l'effort a été grand, plus la défaite finale est concluante.

Rappelons brièvement cette histoire, qui est déjà de l'histoire ancienne.

Le dollar dont, en 1786, la jeune République avait fait son unité monétaire, n'était qu'une imitation de \di piastre espagnole. La loi du 2 avril 1792 institua le double étalon; mais les conditions édictées pour la fabrication du dollar d'argent et du dollar d'or faisaient ressortir à 15 seulement le rapport 5. C'était traiter l'or moins favorablement que l'Europe et l'or émi-

gra. En 1834, le rapport ayant été porté, non à 15 1/2, comme chez nous, mais à 16, l'argent émigra à son tour. On avait dépassé le but : c*est assez l'usage làbas.

Arrivons à la période critique.

Une loi du 12 février 1873 supprime le dollar d'argent, ce fameux dollar des ancêtres [dollar ofthe daddies) dont les sihermen ont tant célébré les vertus à la fin du xix° siècle, et qui cependant n'était guère qu'un mythe, car il avait été frappé seulement 8 millions de ces pièces-là et elles avaient été exportées à mesure.

Mais voilà le prix de l'argent qui décline et les producteurs, inquiets, vont entrer en campagne. Le cours forcé des billets d'Etat avait été maintenu depuis la guerre de Sécession. La reprise des paiements en espèces ayant été fixée au 1"' janvier 1879 (loi du 14 janvier 1875), le Congrès, sans se laisser arrêter par le veto présidentiel, ressuscita d'office le dollar d'argent (loi du 28 février 1878 ou loi Bland). La frappe n'en fut pas permise aux particuliers ; mais le Trésor recevait l'ordre d'acheter mensuellement pour 2 millions de dollars au moins, pour 4 millions au plus, de métal blanc et de le monnayer sans retard. Le gouvernement dut s'exécuter; seulement le public ne voulait pas s'encombrer de ces lourdes pièces à valeur de plus en plus fictive ; et l'administration était obligée de bâtir et de bâtir encore pour les emmagasiner. N'importe : l'argent baissant toujours, le Congrès, au lieu de reconnaître son impuissance, prétendit renchérir sur ce qu'il avait fait, et laloi du 14 juillet 1890 porta à 1.680.000 kilogrammes par an (au pair, près de 400 millions de francs) les achats obligatoires du Trésor. La hausse qui s'ensuivit fut passagère et les inflationists réclamaient déjà la frappe libre et illimitée de l'argent.

Cet aveuglement rendait une crise inévitable. Elle éclata en 1893. Près de 100 millions de dollars d'or avaient été exportés en un an. Il y avait urgence à aviser. La clause d'achat de la loi de 1890 fut abrogée le 1*' novembre 1893. Mais la lutte n'en devint que plus vive et la politique plus incohérente, jusqu'aux élections de 1898. Les électeurs cette fois donnèrent, au Sénat comme à la Chambre des représentants^ la majorité aux républicains, dont le programme promettait la monnaie saine [sound money), tandis que celui des démocrates sacrifiait follement la qualité à la quantité.

Le dénouement fut la loi du 14 mars 1900. Elle proclamait étalon le dollar d'or, imposant seulement à la Trésorerie fédérale l'obligation de maintenir au pair, relativement à Tor, toutes les autres monnaies émises ou frappées par les États-Unis. C'était la solution logique et Tapaisement s'est fait.

Russie. — La réforme russe a été, avec quelques complications de plus, comme une réédition de la réforme austro-hongroise de 1892. En Russie aussi, le papier-monnaie se perpétuait de génération en génération. Le rouble-argent, unité monétaire de l'Empire, n'avait qu'une existence théorique et le cours du rouble-papier, par rapport au rouble d'or, accusait depuis 1893 une perte d'un tiers environ. Quand le gouvernement impérial eut réussi à former une suffisante réserve d'or, il confirma (oukase du 8 août 1896) la parité : 1 rouble-or = ij roublepapier. De nouvelles pièces d'or furent créées, valant 15, 7|- et 5 roubles-crédit, soit 10, 5 et 3.33 roubles-or. Enfin l'oukase du 29 août 1897 formula les principes applicables à l'émission des nouveaux billets, déclarés remboursables en or, à égalité. La réforme était accomplie et elle a fait ses preuves. Il faut encore mentionner l'oukase du 29 mars 1898 qui li-

mite et la frappe des monnaies d'argent et leur pouvoir libératoire. Le rouble, désormais, vaut 2 fr. 666 (au lieu de 4 fr.) et est représenté soit par 86 centigrammes d'or à 900 millièmes, soit par 20 grammes d'argent au même titre.

Japon. — Presque simultanément, les deux Empires qu'une guerre terrible a depuis mis aux prises avaient réglé à nouveau leurs systèmes monétaires sur la base de l'étalon d'or. Le yen japonais (or), aux termes de la loi du 8 mars 1897, entrée en vigueur le 1®' octobre de la même année, équivaut à un demi-dollar américain.

Pérou. — La frappe libre de l'argent avait été maintenue jusqu'en avril 1897. Depuis 1900, le pays est au régime de l'étalon d'or. La livre péruvienne n'est autre que la livre sterling des Anglais : même poids et même titre ; seulement l'échelle des sousmultiples est décimale.

Siam. — Un décret royal du 26 novembre 1902 est censé avoir introduit dans le royaume de Siam l'étalon d'or. La réforme dont il s'agit, effectuée à l'instigation des Anglais, paraît s'être inspirée de celle dont l'Inde avait été le théâtre dix ans plus tôt.

Iles Philippines. — Les États-Unis, devenus maîtres de cet archipel, au lieu et place de l'Espagne, y ont substitué à la piastre mexicaine un peso d'or théorique, qui, de même que le yen japonais, correspond à un demi-dollar d'or américain. Le peso d'argent, frappé par l'État seul, mais investi d'une force libératoire absolue, suppose entre l'or et l'argent le rapport de 32 (aux États-Unis, 16).

Panama. — Le décret du 27 juin 1904 introduit dans ce nouvel État le dollar d'or, sous le nom de halboa^ et stabilise la valeur de la piastre d'argent (2 piastres = 1 balboa).

Mexique, — La production argentifère a bien plus d'importance encore pour le Mexique que pour les États-Unis, et les Mexicains n'ont pas renoncé sans peine à leur étalon traditionnel ; mais il a fallu, dans ces derniers temps, se rendre à Févidence. La loi du 9 décembre 1904 et les décrets des 25 mars et 20 mai 1905 ont constitué un régime analogue à celui de l'Inde anglaise. La piastre mexicaine, ce peso d'argent qui a tant essaimé dans le monde, continuera à circuler dans le pays avec pleine force libératoire, comme la roupie dans l'Inde. Mais, comme la roupie aussi, la piastre ne peut plus être frappée pour le compte des particuliers, et la loi en fait, d'office, la moitié du dollar d'or (exactement 498 millièmes). Elle vaut donc, au pair, désormais, 2 fr. 58.

C'était, en 1904, surélever sa valeur et il y avait à se défendre contre le retour éventuel des innombrables piastres exportées depuis des siècles en Afrique et en Asie. Le gouvernement est autorisé soit à en taxer, soit à en prohiber la réimportation. Mais, en fait, le relèvement des cours du métal blanc donne aujourd'hui aux piastres neuves une valeur intrinsèque un peu supérieure à leur valeur légale. Cela étant, le commerce a intérêt à les échanger contre de l'or, et c'est ce qui a lieu. L'étalon d'or tend ainsi à devenir là-bas une réalité. L*or a, comme la piastre, et à plus forte raison, force libératoire illimitée. Lorsque la valeur métallique de la piastre d'argent excède, ce qui est aujourd'hui le cas, la valeur des 75 centigrammes d'or dont elle est devenue l'équivalent légal, la frappe libre de For peut être accordée par décret. Dans le cas contraire, l'or présenté par les particuliers leur est payé en monnaie d'argent, sur le pied de 1 piastre par 75 centigrammes d'or.

Monnaies coloniales et monnaies de comnierce. — Les États qui ont des colonies y introduisent parfois leur propre système monétaire : c'est ce qu'ont fait la France dans les Antilles et en Afrique ^ l'Angleterre en Australie, dans l'Afrique du Sud et au Canada... Ils peuvent aussi laisser ou donner à leurs possessions d'outre-mer des monnaies spéciales : c'est ce qu'ont fait la France en Indo-Chine, l'Angleterre dans l'Inde, les Pays-Bas à Java, les Etats-Unis dans les Iles Philippines...

Les monnaies de commerce sont autre chose que les monnaies coloniales : ce sont des monnaies d'or ou d'argent qui ont su se créer des débouchés extérieurs, qui ont pour ainsi dire conquis droit de cité dans telle ou telle région lointaine.

Ce qui les caractérise, c'est que, ayant quitté leur pays d'origine, elles n'ont point à se réclamer de lui. Il faut qu'elles se suffisent à elles-mêmes. Pour les populations qui leur font accueil, sans que rien les y oblige, elles représentent, avec des garanties de bonne fabrication, des lingots d'un certain poids, d'un certain titre et, par suite, d'une certaine valeur; mais c'est tout. Les monnaies qui jouent ce rôle dans le monde forment plusieurs groupes distincts.

Première catégorie. — Certaines monnaies, essentiellement nationales, se sont néanmoins répandues au dehors et jouissent à l'étranger d'une faveur suffisante pour pouvoir figurer au nombre des monnaies de commerce. Tels le sovreign anglais, la pièce de 20 francs, et d'autres. Avant la baisse de l'argent, nos écus avaient également toute une clientèle étrangère.

i. La Monnaie de Paris a bien effectué des frappes spéciales pour la Réunion (1896), la Martinique (1897) et la Guadeloupe (1903); mais il s'agissait là de simples bons de caisse, de « billets métalliques >, gagés par un dépôt d'espèces, et non de vraies monnaies.

Il en va de même pour certaines monnaies coloniales. Notre piastre indo-chinoise, que les indigènes appellent « la femme » à cause de l'image qu'elle porte (République assise), inspire là-bas une confiance générale et son domaine s'étend au delà des territoires soumis à notre domination ou à notre protectorat.

Un cas très particulier est celui de cette piastre mexicaine dont nous avons déjà eu l'occasion de parler. Au Mexique, l'exportation de l'argent n'a été longtemps permise que sous forme de piastres. Plus de 3 milliards de ces pièces ont été mises en circulation depuis la conquête espagnole et sans doute la plupart ont été refondues ; mais l'Orient en détient encore beaucoup et elles ont même un marché régulier dans les pays européens qui sont en relations d'aflFaires avec l'Asie. On a vu tout à Theure que le Mexique, passant à l'étalon d'or (1904), avait cru pouvoir annoncer à toutes ces fugitives que, malgré leur effigie, la frontière leur serait fermée au cas où la spéculation voudrait les ramener à leur point de départ.

Deuxième catégorie. — Arrivons aux monnaies exclusivement commerciales, c'est-à-dire à celles qui, faites pour l'exportation, n'ont pas cours dans le pays où elles ont pris naissance. On peut citer, comme telles, le trade dollar américain et surtout le ^a/arz levantin ou thaler de Marie-Thérèse.

Aux États-Unis, la même loi qui, en 1873, avait élevé au rang d'unique étalon le dollar d'or créait, pour l'usage externe, un gros dollar de commerce en argent à 900 millièmes (5 fr. 44 au pair).

L'exposé des motifs était optimiste : « Dès que la pièce nouvelle, disait-il, aura été admise comme instrument d'échange pour les affaires avec la Chine, elle détrônera la piastre mexicaine. Toute notre pro-

LES SYSTEMES MONETAIRES DBS PAYS ETRANGERS. 77

duction d'argent trouvera là un débouché et Ton aura ainsi résolu les difficultés qui peuvent résulter de la baisse du métal blanc et de sa surabondance. » Vain espoir! Pendant quelques années, les amateurs furent nombreux parce que la loi de 1873 avait accordé à la nouvelle pièce force libératoire, sur le territoire même de TUnion, jusqu'à concurrence de 5 dollars. L'argent ayant baissé, on avait tout profit à se faire ainsi fabriquer du numéraire à prix réduit. Mais, ce dangereux privilège ayant été retiré (loi du 22 juillet 1876), Téchecde la tentative devint évident. Le succès d'une monnaie de commerce ne se décrète pas. Le retrait définitif des trade-dollars a fait l'objet de la loi du 19 février 1887. Il avait été frappé 36 millions de ces grosses pièces (moins de 200 millions de francs) : on n'en retrouva que 8 millions.

Pourquoi, là où le trade-dollar américain a échoué, le talari levantin a-t-il fait fortune? Il s'est acclimaté jusque dans les Iles de la Sonde; mais c'est surtout l'Afrique qui l'attire et, par la mer Rouge ou l'Egypte, il se répand dans l'Abyssinie, le Soudan, etc.. Le nombre des talaris sortis, depuis 1858, des ateliers monétaires de Vienne et de Kremnitz dépasse 80 millions. La pièce mesure 40 millimètres de diamètre , pèse un peu plus de 28 grammes; le titre est de 833 |- millièmes, et la valeur, au pair, serait de 5 fr. 20. Le talari vaut maintenant beaucoup moins. L'effigie en est immuable : d'un côté le profil , de l'autre le blason de l'impératrice Marie- Thérèse; et toujours le même millésime : 1780. C'est avec d'anciens coins impériaux, indéfiniment réédités, qu'on frappe, sur commande, ces belles médailles ; et il faut même y reproduire artificiellement, à la hauteur du front de la princesse, une sorte d'éraflure qu'y avait tracée jadis un poinçon

fissuré. La confiance des riverains de la mer Rouge et de la mer des Indes est à ce prix. Et c'est ud exemple — ce n'est pas le seul — de Tinfluence que peut exercer Topinion ou même le caprice en matière monétaire.

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