millions de fr
1581-lUOa
lGOl-1620
1. L'or et l'argent sont ici comptés à leur valeur monétaire, soit 3.444 fr. 44 pour le kilogramme d'or Gn et 222 fr. 22 pour le kilogramme d'argent fin.
Pour les 358 années comprises dans ce tableau, la production totale ressort à 4.752.070 kilogrammes d'or, valant 16.368 millions, et à 149.826.750 kilogrammes d'argent, valant 33.249 millions; valeur totale : 49.617 millions, soit, à peu de chose près, 50 milliards.
Nous ne pourrions, sans sortir du cadre étroit qui nous est imposé, suivre pas à pas et commenter une à une les vives progressions que révèle le tableau ci-dessus. Rappelons seulement, sans y insister, quelques faits mémorables.
En 1535, Charles-Quint suspend l'exploitation des mines, dans son royaume, le but de ce look out gouvernemental étant d'obliger les ouvriers espagnols à s'expatrier et aller faire profiter de leur expérience les mines du Mexique et du Pérou.
En 1545, un pauvre indien, conducteur de lamas, découvre par hasard, dans les plus arides solitudes du Haut-Pérou, une mine d'argent d'une richesse sans précédent. C'est le Potose. On s'y porte en foule et dans ce désert une ville s'élève, comme par enchantement. Il est sorti de là 8 milliards d'argent.
En 1557, un mineur de Pachuca invente le procédé de l'amalgamation à froid et c'est toute une révolution. On ne savait jusqu'alors traiter les roches argentifères que par le feu. Or la plupart des mines du Pérou sont situées dans la région des neiges et le transport du bois sur ces hauteurs, à dos d'homme ou de mulet, était extrêmement onéreux. Médina reconnut qu'en mélangeant le minerai avec du sel, du mercure, des pyrites de cuivre, et en faisant fouler aux pieds cette pâte par des hommes ou des animaux, on obtenait un amalgame d'argent facile à réduire. C'était la suppression du combustible et les hautes mines devinrent, du coup, trois fois plus productives.
Comme ramalgamation à froid faisait du mercure la seule matière première réellement coûteuse pour rindustrie minière, ce fut encore une importante conquête, à la fin du xvi® siècle, que la découverte de l'abondant gisement mercuriel de Huanca-Velica (Pérou). Plus tard, on en signala d'autres sur le territoire mexicain et le prix du mercure y baissa de moitié.
L'épuisement de certains filons se trouvait, d'ailleurs, compensé par de nouvelles trouvailles et la production totale, argent et or, après avoir oscillé pendant un siècle et demi entre 100 et 130 millions par an, doubla encore au cours du xviii° siècle, grâce surtout à l'essor que prenaient les mines mexicaines.
Une forte dépression s'accuse, au contraire, à partir de 1810. Elle correspond aux débuts de la guerre dite de l'Indépendance. L'invasion et l'éphémère conquête de l'Espagne par Napoléon I" avait été le signal de la révolte pour les colonies espagnoles d'outre-mer. Il leur fallut quinze ans de lutte pour se libérer définitivement et, pendant cette longue crise, la production des métaux précieux se ralentit singulièrement au Pérou, au Mexique... Certaines mines avaient été noyées. Les autres manquaient de maind'œuvre.
Vers 1830, le travail reprend partout; les perfectionnements techniques se multiplient ; et le monde s'étonne d'avoir à enregistrer des récoltes annuelles de 100 millions d'or, de 150 millions d'argent. De bien autres surprises l'attendaient.
De 1850 à 1875. — C'est en 1848 que la Haute- Californie, ancienne province mexicaine, avait été cédée, après conquête, aux États-Unis. Contrée perdue, presque déserte, elle ne comptait pas 15.000 âmes en tout et San Francisco, où le tremblement
de terre de 1906 a trouvé tant de palais à détruire, n'était guère qu'un village. A 200 kilomètres de là, au bord du Sacramento, le suisse Sutter, remuant la terre pour installer une scierie hydraulique, voit le sable tout pailleté d'or. « Une pareille découverte ne pouvait rester secrète. On accourut en foule. La propriété fut envahie; le propriétaire dépossédé... La fièvre du gain, se répandant de proche en proche, s'empara des habitants de San Francisco et de Monterey qui partirent tous pour les mines. On ne pouvait plus garder ni ouvriers, ni domestiques. Les maîtres, abandonnés de leurs serviteurs, se décidaient bientôt à faire comme eux. Les employés quittaient leur poste. Les soldats désertaient. A peine un vaisseau abordait-il que matelots et mousses disparaissaient et ne revenaient plus ^ »
C'est qu'en effet l'or pullulait. Avec un couteau, une pelle et un van, on se faisait au début des journées de 800, 1.000, 1.200 francs. De toutes les parties du Nouveau Monde, on se rua sur la Californie. L'Europe, alors en révolution, se mit, à son tour, en branle, et l'immigration devint cosmopolite. C'était un mélange confus d'aventuriers de toute espèce, attestant par la diversité même de leurs costumes, de leurs langages et de leurs mœurs la puissance de cet or qui les attirait des quatre coins du monde. Et combien étaient restés sur la route, morts de maladie, morts de faim, morts de froid dans les neiges des Montagnes Rocheuses !
Il y a dans l'histoire d'étranges coïncidences. Trois ans à peine séparent la découverte des placers californiens de celle des mines australiennes. Un émigrant de la Nouvelles -Galles, Hargreaves, parti comme tant d'autres pour les rives du Sacramento,