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CHAPITRE XVII l'interprétation des valeurs historiques

Voici un problème dont la solution ne peut être utilement demandée qu'à cette statistique collective des prix dont le chapitre précédent a tracé les règles et indiqué les résultats.

Lorsque, dans n'importe quel document ancien, d'ordre public ou privé, une somme, une valeur, un prix, se trouve énoncé en monnaie du temps, le lecteur réfléchi s'arrête et se demande ce que représente réellement ce prix, cette valeur, cette somme, et comment pourrait en être formulé l'équivalent dans le langage d'aujourd'hui. Il serait trop naïf — pourtant le fait n'est pas sans exemple — de se borner à lire francs là où il y a soit Iwres tournois, soit Iwres tout court. Avec un revenu de 25.000 livres au xiiie, au XV®, au xvii® siècle, tout le monde sait qu'on était plus riche qu'avec un revenu de 25.000 francs sous la troisième République. Mais de combien ? Il serait regrettable de ne pouvoir s'en faire une idée. L'intérêt des questions de ce genre est quelquefois purement intellectuel. Il y a des cas où elles ont leur intérêt pratique et ce n'est qu'en y répondant, en y répondant bien, que l'on peut juger équitablement certains litiges, d'origine lointaine.

A vrai dire, le problème est double ou, du moins, il faut, pour le résoudre, le décomposer en deux parties. La première chose à faire est de convertir les anciennes monnaies en monnaies actuelles d'a-

près leur seule consistance métallique, abstraction faite de toute autre considération. Après cela, il reste à tenir compte des variations du pouvoir de Targent ou de Tor et à doubler, par exemple, le chiffre précédemment obtenu si Ton a acquis la preuve que les prix, à répoque dont il s'agit, étaient inférieurs de moitié à ce qu'ils sont de nos jours ; que, par conséquent, on avait deux fois autant de ressources avec la même quantité de métal monétaire.

De ces deux opérations consécutives, la seconde ne peut être qu'une approximation; et même pour la première, qui semblerait comporter un tout autre degré de certitude, on va voir qu'il faut encore prendre son parti d'un large flottement. Quelques historiens — tel M. d'Avenel dans ses curieuses études sur les Riches depuis sept cents ans (1905- 1906) — se plaisent à donner à leurs conversions l'apparence d'une rigueur mathématique : c'est un expédient littéraire qui facilite le discours; mais rien assurément n'est moins scientifique que cette précision-là.

Première question : équivalent métallique de l'ancienne unité monétaire. — La

livre tournois, monnaie de compte officielle de la France d'autrefois, n'était représentée dans la circulation que par des multiples ou des sous-multiples. On ne peut donc en suivre qu'indirectement la valeur. D'autre part, certains rois ne se lassaient pas de modifier soit les conditions mêmes de fabrication, soit le cours légal des monnaies. Les changements de ce genre enregistrés par Natalis de Wailly, depuis saint Louis jusqu'à la Révolution, sont au nombre de 369! Rien qu'en 1720, on en trouve 26. Voilà déjà de sérieuses complications ; et l'on va voir qu'il en est de plus graves.

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Si j'ai en main un écu d'or du règne de François I", un écu au soleily je puis en déterminer le poids avec une balance, le titre avec une pierre de touche ou mieux par voie d'essai chimique; et si je trouve ainsi que la pièce contient 3 grammes f d'or fin, je serai tenté d'en conclure, par comparaison avec notre pièce de 20 francs, que l'écu d'or valait 11 fr. 20 (à une fraction de centime près). Et, comme l'écu faisait 2 livres, la livre tournois ressortirait ainsi à 5 fr. 60. Ce ne serait là, à vrai dire, qu'une indication empirique, viciée peut-être par l'usure ou l'imperfection de la pièce expertisée. On pourrait alors, pour mieux faire, prendre le texte même de l'ordonnance royale du 21 juillet 1519; et selon qu'on raisonnerait sur le titre droit ou sur le titre de tolérance, on trouverait pour l'écu au soleil qu'instituait cette ordonnance une parité de 11 fr. 35 ou 11 fr. 29, soit pour la livre 5 fr. 67 ou 5 fr. 65.

Mais, au commencement du xvi® siècle, l'or valait non pas quinze fois et demie, mais dix fois l'argent, un peu plus ou un peu moins (voir chap. v), de sorte que si, au lieu de faire parler l'écu d'or, nous faisons parler le teston d'argent (dix sols tournois) ou le blanc douzain à la couronne (un sol tournois), nous arrivons à de bien moindres chiffres : 3 fr. 83 ou 4 fr. 01. M. Levasseur, dans son savant mémoire de 1902 sur Les monnaies du règne de François 1^% collectionne ainsi une douzaine d'évaluations différentes de la {valeur intrinsèque de la livre tournois en l'an 1530 (minimum, 3 fr. 82; maximum, 5 fr. 67). Que serait-ce s'il fallait faire intervenir les valeurs imposées, les valeurs légales?

Parmi tant d'interprétations possibles, il fallait bien faire un choix; mais ceux qu'ont faits les spécialistes, même les plus autorisés, sont discutables. M. d'Avenel oublie volontairement l'existence de la

monnaie d'or. Natalis de Wailly, après avoir opéré séparément sur le pied de l'or et sur le pied de Vargenty combine le tout par voie de moyennes ^ .

Le tableau suivant présente, côte à côte, les chiffres de M. d'Avenel et, pour les époques où la livre a le moins varié, ceux de N. de Wailly :

Équivalent métallique, en francs, de la livre tournois. .

NATALIS DE WAILLT.

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