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CHAPITRE XIX

L'ancienne doctrine mercantile était simple, mais fausse. Faisant un but de ce qui ne doit être qu'un moyen, les hommes d'État des temps passés se persuadaient que le peuple le plus riche est nécessairement celui qui possède le plus d'argent et d'or. A cet effet, on considérait que, dans les relations internationales, il est toujours avantageux de vendre, toujours dangereux d'acheter. Les efforts des gouvernements tendaient donc à restreindre l'importation tout en encourageant l'exportation; et, comme ce n'est pas là un programme aisé à remplir, les beaux esprits raisonnaient ou déraisonnaient sans fin sur la balance du commerce.

Les physiocrates ont senti les premiers ce que cette politique d'avare avait d'illusoire et de périlleux. Puis est venu J.-B. Say, avec sa théorie des débouchés, qui prêche la confiance, réhabilite le commerce et fait justice du mercantilisme. « Les produits s'échangent contre des produits », tel est le principe qu'il oppose à un préjugé séculaire. Dans ses démonstrations, il n'est guère question que des marchandises proprement dites. Aujourd'hui, pour pouvoir parler comme lui, il suffit d'assimiler aux marchandises les valeurs mobilières et, d'une manière générale, les capitaux qui depuis cent ans

se sont tout à la fois multipliés et mobilisés au delà de toute prévision. Les protectionnistes s'absorbent encore dans l'exclusive contemplation des statistiques douanières, sans se laisser décourager par les flagrantes inexactitudes qui s'y rencontrent. Pour eux, tout est là. Les économistes, ceux du moins à qui la finance et la statistique sont devenues choses familières, ont de plus larges vues et, dans leur vocabulaire, l'antique balance du commerce cède peu à peu la place à ce qu'ils commencent à appeler la balance économique des nations ^ Il s'agit encore là des deux courants contraires que toute frontière voit passer, entrées et sorties : seulement l'expérience prouve que la composition de ces deux courants s'est singulièrement compliquée. Les éléments primitifs s'y retrouvent, mais plus abondants qu'ils ne l'ont jamais été; et il est venu s'y adjoindre des éléments nouveaux, plus immatériels. Par suite, toute enquête superficielle, à l'ancienne mode, se trouve, d'avance, vouée à l'insuccès.

Sans entreprendre ici, et pour cause, les longues analyses que le sujet comporterait, constatons que, dans les conditions actuelles de la vie civilisée, il passe incessamment d'un pays à l'autre : 1° des hommes; 2" des marchandises; 3° du numéraire; 4° des titres, papiers de valeur, instruments de crédit, etc.. Et tout cela, c'est de la richesse qui marche.

I. Circulation internationale des personnes. — Nous n'en dirons qu'un mot, pour ne pas avoir à aborder incidemment une question aussi

1. Voir P. Leroy-Beaulieu, Traité d*Économie polilique, t. IV, livre IV, chap. iv. Voir aussi les communications faites par MM. ignaz Gruber, A. de Foville et autres à Tlnstitut international de statistique, congrès de Londres, août 1903.

délicate que celle du capital humain. Mais comment oublier que, chaque année, près d'un million d'émigrants traversent TAtlantique et que les États-Unis d'Amérique doivent à cet afflux incessant la majeure partie de leurs merveilleux progrès ?

II. Circulation internationale des marchandises. — Le temps est loin où le commerce n'avait pour véhicules que de rares caravanes et de chétives flottilles. Déjà, sous l'ancien régime, partout où régnait quelque sécurité, le mouvement des marchandises avait pris son essor. Au xix* siècle, grâce aux développements simultanés de la science, du machinisme, du capital, du crédit..., la masse des transports internationaux est devenue énorme, et sur mer et sur terre.

Pour la France, la valeur globale des marchandises importées et exportées ne dépassait guère, à la fin du règne de Louis XIV, 200 millions de livres par an (équivalent actuel 600 millions de francs environ). A la veille de la Révolution, c'était près de 1 milliard, et ce n'était guère plus sous Napoléon P'. On sait qu'aujourd'hui, malgré le retour offensif du protectionnisme, le commerce spécial tend vers 10 milliards et que le commerce général a dépassé 12 milliards (numéraire non compris).

Pour le monde entier, quelle qu'ait pu être la baisse des prix de gros, les valeurs importées et exportées ont plus que doublé depuis 1870 * :

1. Ne pas oublier, en lisant le tableau qui ya suivre, que la consistance réelle des transports de marchandises, de pays à pays, s'y trouve au moins doublée, tout objet qui sort d'un État pour entrer dans un autre figurant tour à tour aux exportations de celui-là et aux importations de celui-ci. n peut même arriver qu'il y ait, non seulement double emploi, mais triple ou quadruple...

Autre observation. Bien qu*il y ait identité matérielle entre les choses exportées et les choses importées, il ne faut pas s'étonner

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