francs d'or échappent bien plus facilement
de voir les importations surpasser toujours de plus de 10 p. 100 les exportations. C'est que le même produit vaut plus quand il arrive au lieu de destination qu'il ne valait quand il a quitté le lieu de provenance. Cette différence de valeur, nécessaire pour assurer à l'expéditeur le remboursement de ses frais de transport et le bénéfice auquel il aspire, est la condition même, la condition sine qua non des expéditions.
au contrôle de la Douane que 500.000 francs de houille, de grains ou de tissus. Le voyageur sort avec sa sacoche et ne déclare rien. Les lourdes boîtes qui vont de Paris à Londres et reviennent de Londres à Paris, pleines de sacs ou de lingots , sont sujettes à déclaration, mais la déclaration est souvent mensongère : Texpéditeur, après avoir fait assurer la valeur réelle, peut avoir intérêt à déclarer de l'argent quand c'est de Tor qui passe ; et la Douane ne se hasarde pas à vérifier le contenu de ces précieux colis, dûment scellés, qui ne lui doivent rien.
Rappelons Tinstructive démonstration dont M. Carlo Ferraris a pris l'initiative, en Italie, et qui s'y poursuit régulièrement depuis plus de vingt années. A la statistique douanière des entrées et sorties d'or et d'argent, le Gouvernement italien oppose lui-même, dans ses publications, une contre-statistique alimentée par les communications périodiques des grandes institutions de crédit et des grandes entreprises de transport du Royaume. Les chiffres ainsi établis ne peuvent, à ce qu'il semble, donner qu'un minimum ; et, néanmoins, dans bien des cas, ils se trouvent être très supérieurs à ceux de la Douane. En 1897, par exemple, la statistique commerciale, ainsi qu'on l'appelle, doublait pour l'or importé et quadruplait pour l'or exporté les sommes inscrites dans la statistique douanière. Il ne faut donc accepter que sous toutes réserves les constatations officielles en ce qui concerne le mouvement des métaux précieux.
IV. Circulation internationale des valeurs et instruments fiduciaires. — Dans les mouvements internationaux comme dans beaucoup d'autres phénomènes économiques, il y a — c'est le mot de Bastiat — « ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas ». On voit passer les hommes, sauf à
ignorer les motifs de leurs déplacements. On voit passer les marchandises et l'on se rend à peu près compte de ce qu'il en entre et de ce qu'il en sort, quantités et valeurs. Quant au numéraire, à l'or, à l'argent, on en voit passer une partie ; mais une partie seulement. Et, sous ces couches successives de valeurs circulantes, se cache une quatrième catégorie d'importations et d'exportations dont l'importance ne cesse de s'accroître et qui, étrangère à la « balance du commerce » telle que nos pères la concevaient, devient au contraire l'un des facteurs essentiels de la « balance économique ». Des dizaines, des centaines de millions, des milliards peuvent maintenant franchir les frontières et faire le tour du globe incognito. De même qu'aux fleuves qui coulent à ciel ouvert s'ajoutent, pour conduire à la mer les eaux continentales, maintes rivières souterraines, de même la richesse suit alternativement, pour se transporter d'une contrée dans l'autre, les canaux extérieurs dont la Douane garde les écluses et les voies secrètes sur lesquelles ne s'exerce aucim contrôle direct. La mobilisation du capital a fait d'énormes progrès dans le monde, et en fait encore tous les jours. Il suffit d*un télégramme, d'un cablogramme, pour que des sommes considérables changent instantanément de propriétaire. Des fortunes entières peuvent tenir dans l'enveloppe d'une lettre et, à certains moments, la Poste, sans même le savoir, charrie des liasses de papiers multicolores, coupons, inscriptions de rentes, obligations, actions, titres au porteur de toutes sortes, qui, sans bruit, sans publicité aucune, viennent acquitter de peuple à peuple des dettes parfois énormes...
Le plus mémorable de ces règlements de comptes internationaux a été l'acquittement de la terrible indemnité que nous avait imposée l'Allemagne vie-
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torîeuse. Le Trésor français, déjà épuisé par la guerre, eut à trouver 5.315 millions de francs * et put s'étonner lui*méme d'y être parvenu sans avoir provoqué ni grande perturbation financière, ni crise monétaire aiguë.
Les 5.315 millions furent constitués comme suit :
325 millions par la cession des chemins de fer de FAlsace-Lorraine ;
637 millions en numéraire français : or, 273; écus, 239; billets de la Banque de France, 125;
105 millions en numéraire allemand (monnaies et billets de banque) ;
et le surplus, soit 4.248 millions, en lettres de change : thalers, 2.485; florins de Francfort, 235; marcs banco ^, 265; marks de PEmpire, 79; florins de Hollande, 251 ; francs de Belgique, 296 ; et livres sterling, 637.
Il m'a été donné d'assister personnellement deux des premiers ministres des finances de la République pour l'apposition de leur signature sur cette multitude infinie de papiers qu'il leur fallait « endosser » pour en faire la rançon de la France. Deux nuits de suite, je fus, par ordre, l'unique gardien d'un coffre de fer qui contenait, ainsi représentées, plusieurs centaines de millions. Il y avait là les éléments d'une inoubliable leçon de choses, « Je me rappelle, écrivait Léon Say en 1883, avoir passé des heures à regarder des lettres de change et des billets de
1. Non compris la contribution de guerre de la ville de Paris et toutes les autres sommes directement levées par les armées allemandes.
3. Avant l'unification de l'Allemagne, il y circulait tant de monnaies différentes que la Banque de Hambourg, institution séculaire, avait pris l'habitude d'exprimer la valeur métallique de toutes celles dont on la faisait dépositaire en une monnaie de compte idéale, correspondant à 1 fr. 875 d'argent fin. C'est ce qu'on appelait ie marc banco. Cette unité théorique fut, jusqu'en 1873, d'un usage courant dans le monde financier d'outre-Rhia.
toutes formes et de toutes grandeurs dont les uns valaient des millions, les autres des centaines de francs seulement... Toute l'histoire du commerce de l'Europe me passait, pour ainsi dire, sous les yeux. Les gros effets représentaient de colossales opérations de crédit et de change... J'ai trouvé dans ces liasses de bien petits effets, jusqu'à des traites tirées par des marchandes de modes de Paris sur de petites boutiques de Londres. »
D'où donc avaient pu sortir, en trois ans, ces 4 milliards^ de lettres de change? Nos exportations de marchandises avaient-elles, à ce point, surpassé nos importations? Loin de là. Mais, nous l'avons dit, les valeurs mobilières sont devenues le régulateur éventuel de la balance économique des peuples. Une faible partie de tout ce papier avait été acquise avec de l'or (un milliard tout au plus). Le surplus représentait surtout les valeurs étrangères, rentes italiennes, fonds turcs, titres autrichiens, espagnols, américains... dont les portefeuilles français s'étaient peuplés pendant les années prospères et qui, après 1871, durent reprendre en foule le chemin de l'étranger, sauf à nous revenir plus tard.
Il y a de cela un tiers de siècle. Depuis lors, les valeurs mobilières ont encore singulièrement pullulé, en France et ailleurs. Pour la France, M. Neymarck, qui en ces matières fait autorité, admet la progression suivante :
Valeurs mobilières appartenant aux Français.