‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 105 sur 343 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

toujours exempt de ces illusions. D est si doux de constater un bénéfice, de voir sur ses livres un beau compte profits et pertes, une balance d'inventaire satisfaisante, et de répandre en même temps le crédit, le travail, l'aisance autour de soi!... Tous les sentiments les plus forts et les plus légitimes conspirent en quelque sorte pour pousser le banquier à rimmobiiîsatîon des capitaux et pour lui dissimuler à luimême les dangers auxquels l'expose son imprudence. Il faut presque de l'héroïsme, et de plus un peu de bonheur, pour ne pas se laisser, aller sur cette pente.

Aussi ne doit- on pas s'étonner de voir quelquefois sombrer tout à coup et à l'improviste des maisons qui, pendant longtemps, avaient présenté tous les signes d'une prospérité éclatante, et de voir, plus souvent encore disparaître dans une liquidation honorable, mais difficile, les bénéfices inscrits sur les livres depuis plusieurs années. Solon, dit-on, répétait souvent qu'on ne peut savoir si un homme a été heureux qu'après sa. mort; on peut dire de même que la bonne gestion d'un banquier n'est bien constatée qu'après sa liquidation. Cest une vérité que ne doivent jamais perdre de vue ceux surtout qui veulent acquérir des suites d'affaires.

§ 5. — Deux questions pratiques.

1. Un banquier doit-il mener de front avec ses opérations 4e banque un commerce ou une industrie? — On croit généralement que le commerce du banquier est exclusif de sa nature, et qu'il n'est pas possible d'y joindre utilement 1 exercice d'un commerce ou d'une industrie. En effet, dans les entreprises de banque, comme dans toutes les autres, il est fort avantageux de spécialiser le travail, de restreindre les opérations non-seulement aux affaires de banque proprement dites, mais à une seule branche de ces aifaires. Toutefois on n'est pas toujours libre d'agir ainsi, et d'ailleurs il n'est pas rare, même dans les grands centres, de voir joindre utilement quelques opérations de banque à l'exercice du commerce auquel elles se rapportent. Non-seulement les opérations de banque se combinent naturellement et sans

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difficulté avec la commission en marchandises et surtout avec la consignation, mais on peut les joindre avec avantage à un commerce de gros, par exemple, ou même à une industrie, lorsqu'elle n'occupe qu'une partie des capitaux de celui qui l'exerce.

Toutefois, il faut bien le remarquer, il n'est guère possible à une maison fondée dans ces conditions de prendre en dépôt les fonds d'autrui et d'emprunter à des comptes courants créditeurs une grande partie des capitaux dont elle dispose, parce qu'elle ne doit jamais, si elle est dirigée par un homme prudent et consciencieux, être obligée de forcer à un moment donné la réalisation de ses propres marchandises ou de celles sur lesquelles elle a fait les avances. C'est pourquoi les combinaisons de ce genre conviennent moins aux banquiers qu'à de riches capitalistes.

Dans les petites localités, le banquier est parfois amené à exercer le commerce de marchandises par d'autres motifs que dans les grands centres. Les opérations de banque proprement dites ne peuvent bien souvent suffire ni à remploi de son activité, ni à l'emploi des capitaux dont il dispose. Dans cette situation, il est tenté de se livrer à d'autres opérations, avec d'autant plus de raison que les dépôts faits chez lui sont presque toujours des dépôts de troisième classe, à très-long terme. On ne peut pas dire d'une manière absolue que, dans cette situation, le banquier ait tort de se livi-er à des opérations autres que celles de banque : il est même possible que ces autres opérations soient bonnes; mais on court toujours de grands risques à s'employer à la fois à deux sortes d'affaires. Il n'appartient qu'aux hommes supérieurs de surmonter les difficultés qui naissent de cette situation ; encore n'y parviennent-ils guère que pour un temps, et à condition de posséder des capitaux propres assez importants : dans ce cas même, il arrive qu'un jour ou l'autre il faut qu'ils sacrifient les affaires de banque à celles de commerce et d'industrie ou celles-ci aux affaires de banque. — On a vu bien souvent des maisons établies dans de petites localités périr pour s'être engagées légèrement et sans connaissances suffisantes dans des entreprises commerciales ou industrielles.

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