LIVRE m, CHAPITRE II
disent les Anglais, il «soigne » le compte, tolérant le découvert, réclamant des couvertures et essayant de rentrer peu à peu, à force d'instances, dans les fonds qu'il se trouve avoir avancés malgré lui. Mais ce procédé, qui peut être efficace avec un client négligent et de bonne foi, dont on a laissé aller le compte ou qui se trouve tout à coup débiteur par suite de retours imprévus, réussit rarement à la suite de la négociation de valeurs fictives. La découverte de telles négociations, dans un de ses comptes courants, est une des plus rudes épreuves auxquelles un banquier puisse être exposé. C'est dans ces occurrences qu'il doit se servir de tout ce qu'il a de prudence, de discrétion, de fermeté. Quant à la conduite qu'il doit tenir, il n'y a point de règles : tout ce qu'on peut dire, c est qu'aprèb avoir vérifié à fond la situation de son débiteur, il doit aviser et prendre parti au mieux de ses intérêts, sans hésitation et sur-le-champ.
On admet fréquemment dans les comptes courants du papier qui, bien que sincère et sérieux, bien qu'il ait la forme extérieure du papier de banque, n'en remplit pas pourtant les conditions essentielles. Ce sont des effets à moyenne échéance, soit 90 jours, souscrits en représentation d'une avance à découvert, et destinés, par une convention formelle, à être renouvelés deux, trois, quatre fois ou plus. En général, ce papier reste à la nourrice dans le portefeuille du banquier ou du capitaliste, et ne sert pas aux négociations courantes ; mais lorsqu'il est négocié, le banquier qui le reçoit doit toujours, s'il le connaît, le surveiller avec défiance.
C'est par l'admission à l'escompte de papier ainsi créé que les banques par actiohs éludent les prescriptions de leurs statuts. Le prêt de 2,500,0001., consenti en 1839 par la Banque de France à la Banque d'Angleterre, eut lieu sous la forme d'escompte de lettres de commerce tirées par la maison Baring sur diverses maisons de Paris. Il n'y avait certes, dans cette affaire, aucune intention de tromper qui que ce fût, puisque l'Europe entière était dans la confidence de l'opération : seulement on voulait respecter la lettre des statuts de la Banque de France, au moment même où on les transgressait ouvertement. Quelques unes des grandes maisons d'escompte qui
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existaient à Paris avant 1848, avaient éludé les prescriptions de leurs statuts par le même procédé; elles avaient dissimulé des prêts hypothécaires faits sur des mines, sur des carrières, sur des forges, sur des ateliers de construction, sous la forme d'escompte de papier de commerce, et ce sont justement ces opérations qui, en immobilisant les capitaux de ces maisons, ont causé leur ruine dans la grande crise de 1847-48.
Les opérations de ce genre, lorsqu'elles sont habituelles et durables, constituent une véritable commandite.
Les emprunts faits sous cette foripe sont généralement dangereux pour le prêteur. Ils sont eji même temps très-onéreux pour Temprunteur, à la charge duquel ils multiplient les commissions de banque, et qu'ils exposent à des surprises, si le prêteur, venant à manquer à son contrat, se refuse au renouvellement et exige avec rigueur le payement. Un banquier qui aura souci de son indépendance ou de sa sécurité n'acceptera ni ne donnera de crédit sous cette forme, hors les cas d'un besoin pressant et temporaire.
L'emploi de cette forme de crédit • cause fréquemment de grandes déceptions. Lorsqu'on en connaît bien la nature, l'usage et la facilité, on est peu disposé à accepter sans vérification et à la lettre les comptes rendus que publient périodiquement les banques par actions et les bilans dans lesquels le résumé des opérations est figuré en chiffres seulement. Les escomptes, dit-on, se sont élevés à 300 millions : — c'est fort bien ! — Il n'y a pas d'effets escomptés en souffrance : — encore mieux ! — Les dividendes montent à 10, 12, 15 p. %: — à merveille ! — Cet état de choses dure depuis plusieurs années : — Bravo! Mais combien exlste-t-il, au fond du portefeuille, d'effets à la nourrice, renouvelés de trimestre en trimestre, qui ont grossi le chiffre des escomptes, celui des commissions, élevé les dividendes, et qui tout à coup se trouveront sans valeur au moment du danger?... Voilà le point important, et c'est celui sur lequel les comptes rendus et bilans ne s'expliquent pas : aussi n'est-il pas rare de voir les actionnaires marcher gaiement à leur ruine par un sentier semé de fleurs et de dividendes.
Le banquier qui opère pour son propre compte n'est pas
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