‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 107 sur 343 · LTMIK III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LTMIK III, CHAPITRE II

entrepreneurs de bâtiments et par les entrepreneurs de travaux publics. Les premiers spéculent presque habituellement gur les terrains ou emplacements et sur les maisons : ils sont prompts à s'engager, et se trouvent bien souvent chargés d'immeubles et d'obligations à remplir : ils réunissent les inconvénients de l'emprunteur hypothécaire et ceux du com-, merce de spéculation. Les entrepreneurs de travaux publics, au contraire, ont toujours des créances assurées, au moins en apparence, et il semble que la liquidation de leurs affaires soit merveilleusement facile à certaines périodes. Mais lorsque Ton connaît les habitudes des communes, des départements, des fabriques et établissements publics, lorsqu'on sait ce que sont les. travaux sur devis supplémentaires, et jusqu'à quel point le montant des créances et les époques de payement dépendent de l'appréciation des ingénieurs et des architectes des départements et des grandes communes, on n'ignore pas qu'il faut procéder dans les commandites de cette espèce avec une extrême précaution. Dans chaque département et dans chaque grande commune, il n'y a ordinairement qu'un entrepreneur de travaux publics qui fasse fortune, et celui-là n'a pas besoin de commandite.

Plus on réfléchit aux conditions attachées à la commandite accordée par le banquier, plus on reconnaît qu'en thèse générale elle est dangereuse. Mais il en est une qui pourrait être fort utile et lucrative, à laquelle les banquiers de département ne se livrent presque pas, c'est la commandite en forme pour le compte des capitalistes. En facilitant l'établissement d'entreprises dirigées par des hommes actifs et habiles munis de capitaux suffisants, les banquiers se créeraient pour un avenir prochain des opérations de banque régulières et animeraient autour d'eux l'industrie, le commerce, l'agriculture au besoin, sans être gênés par les exigences de disponibilité des capitaux conmanditaires.

La plupart des banquiers aiment mieux, il est vrai, placer directement les capitaux déposés chez eux, sous leur responsabilité, que de les voir s'engager, même après commission payée, pour un temps indéterminé. D'autre part, les capitalistes ne sont habitués ni à la commandite, ni aux titres

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d'entreprises rapprochées d'eux : pour propager ce mode de placement dans chaque localité, il y aurait des efforts à faire et en quelque sorte une éducation à former. Mais je crois que les banquiers de département auraient un intérêt très-grand H entrer dans cette voie, à prêter leur ministère et leur expérience à la formation de commandites viables.

En effet, le profit qu'ils retirent d'un dépôt prêté par eux à long terme n'excède guère 1 1/2 p. a/'' ; il ^t souvent inférieur, et ne peut s'élever plus haut que par des combinaisons exorbitantes et dangereuses. En admettant que la commission pour le placement d'actions en commandite ne donnât que 1 p. Vo tout compte fait, ce qui est modéré, il semble au premier abord que le banquier gagnerait moins, parce que cette commission ne serait payée qu'une fois, et que la différence d'intérêt, plus élevée d'un tiers, est annuelle. Cela est vrai, mais des entreprises qui auraient devant elles un long avenir et des capitaux bien suffisants prospéreraient mieux que des entreprises gênées par la brièveté des crédits et la perspective incessante de réalisations forcées ; ces entreprises bien constituées donneraient plus d'affaires de banque, partant des bénéfices plus liquides. Il est rare en effet qu'une maison d'industrie ou de commerce n'ait pas en. recouvrement et autres opérations de banque une somme d'affaires double ou triple de son capital. En outre, la responsabilité du banquier serait bien moins engagée ; il serait délivré des tribulations incessantes qui naissent des crédits hypothécaires et des fantaisies des capitalistes. Les capitaux qui se placeraient ainsi seraient plus abondants que ceux qui vont, avec les habitudes actuelles, se placer chez le banquier ; il n'y a pas d'exagération à dire qu'ils s'élèveraient au double : enfin ils ne quitteraient pas les provinces pour venir se placer à Paris, où ils sont perdus à jamais pour le banquier de département, et quelquefois aussi pour le capitaliste lui-même *. Si ce mode de placement avait été adopté depuis 1850; si des banquiers intelligents et bons juges de la valeur des entreprises

* Depuis que ces lignes ont été écrites, la plupart des capitaux qui se déposaient chez les banquiers des départements, et qu'ils auraient pu faire placer par les capitalistes dans les entreprises locales, viennent se placer ou se perdre à la bourse de Paris.

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