LIVRE III, CHAPITRE IL
avaient encouragé les entrepreneurs probes et capables en facilitant la commandite, l'industrie, l'agriculture ot le commerce des départements ne seraient pas restes dans l'état de langueur et de somnolence que l'on remarque sur une grande partie du territoire : des capitaux et des hommes qui sont restés inactifs auraient produit ; les populations se seraient initiées à la vie industrielle ; elles auraient acquis cett€ instraction pratique, cette connaissance des affaires qui leur manquent si souvent, et, à coup sûr, elles auraient payé une somme de commissions de banque infiniment supérieure à celle qui a été perçue par les banquiers sous différentes formes.
n est vrai que la société en commandite est peu populaire en France, que Tabus est facile, et qu'on l'a vu se produire avec beaucoup d'éclat à Paris en 1836. Il est vrai encore que les capitalistes sont souvent peu éclairés ; qu'en dehors des placements qui leur sont habituels, ils ne s'engagent guère que lorsqu'ils sont emportés en quelque sorte par un tourbillon, comme à la bourse, etc. Tout cela est vrai, et l'on peut en conclure que les placements en commandite seraient difficiles à l'origine dans les départements; mais ils ne sont nul^ lement impossibles, et les banquiers, comme le pays en général, auraient intérêt à ce qu'ils fussent tentés.
§ 6. — .Conclusion.
Nous avons essayé d'énumérer les faits et les préceptes généraux qui ressortent de la pratique ordinaire des banques de commerce : essayons de les résumer en peu de mots.
Le banquier dispose rarement des dépôts : il dispose au contraire des placements ; il doit donc régler my le caractère et l'importance des dépots la nature de ses placements, en tenant compte de la force de son capital, du temps, du lieu, des habitudes, du milieu commercial dans lequel il est placé. II doit prévoir des oscillations dans les rentrées et sorties de capitaux et en étudier les causes, afin de pouvoir à l'avance se mettre en mesure de pourvoir aux embarras que ces oscillations peuvent lui susciter. Le moyen le meilleur pour y
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réussir est rorganisation d'une réserve productive d'intérêts, sûre, et réalisable en dehors de la clientèle proprement dite.
Quant aux placements, ils doivent être sûrs et d'une réalisation facile. Chacun est naturellement en garde contre ceux qui seraient hasardés; mais on répugne moins aux placements d'une réalisation lente ou difficile, et c'est contre ceuxci que le banquier doit toujours se tenir en garde. Quelle que soit sa prudence, il est souvent forcé d'y recourir, soit pour assurer la liquidation d'un découvert imprévu, soit pour subvenir aux exigences des temps de crise, et venir, lorsqu'il le peut, au secours de ceux de ses clients qui éprouvent un embarras fortuit et momentané.
Il faut donc être sévère dans les temps prospères et libéral dans les temps difficiles, parce que les crises, en éprouvant les maisons de commerce, font connaître leur vraie situation, qui se dissimule aisément lorsque les affaires sont faciles. C'est dans les moments d'excitation commerciale qu'on peut le mieux se débarrasser des comptes douteux et en faire la liquidation : il importe de ne pas laisser passer les occasions favorables aux liquidations de ce genre et de savoir regarder en face les chances de perte qui peuvent en résulter : si l'on craint ces chances dans les temps prospères, que serait-ce au moment d'une crise, lorsque toutes les réalisations sont à la fois plus difficiles et moins productives ?
En tout cas et quoi qu'il fasse, le banquier est toujours, jusqu'à un certain point, solidaire de ceux dans les mains desquels il a placé des capitaux. Il doit donc se tenir exactement renseigné sur leurs affaires, s'y intéresser et apprendre à tenir compte des qualités morales et intellectuelles qui donnent de la sécurité et de Taisance aux relations commerciales. La science des principes sert à indiquer le danger qu'il importe de connaître : chacun ensuite s'en tient plus ou moins éloigné, selon ses inclinations particulières. Chacun apporte, dans l'exercice de la banque aussi bien que dans les autres affaires, son caractère propre : l'un est prudent jusqu'à la timidité, l'autre hardi jusqu'à l'imprudence ; le premier ne veut que des affaires sûres, le second recherche, même au prix de quelques risques, des affaires abondantes ; celui-ci tient à
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