LIVRE r, CHAPITRE IV
Quant à la fixité de la valeur des monnaies que fait supposer ridée de mesure commune, il ne faut jamais perdre de vue que c'est une pure fiction, une erreur convenue et tolérée dans les contrats qui forment l'ensemble des affaires. Si cette erreur peut sans inconvénient échapper à la plupart des commerçants, il importe au banquier d'en tenir compte dans ses calculs et dans ses prévisions, soit pour les opérations dont la monnaie forme la matière, soit pour celles qui roulent sur les prêts et transferts de capitaux.
La monnaie n'est pas seulement un instrument d'échange : elle sert aussi à Taccumulation, à la conservation des capitaux que l'on veut mettre en réserve pour les consommer ou les employer dans un temps à venir. Dans les sociétés où la propriété est peu respectée, celui qui veut prévoir et accumuler thésaurise : il entasse volontiers des pièces d'or et d'argent, toujours faciles à cacher et à transporter, que le temps, l'humidité et les accidents ordinaires n'altèrent point et dont la valeur ne change guère. Dans les pays civilisés, on garde, même dans les temps les plus prospères, sous le nom d'encaisse, de fonds de roulement ou de fonds de réserve, des sommes considérables de monnaie, et, en temps de panique, on thésaurise volontiers.
Nous exposerons plus loin les phénomènes qui résultent de cette fonction de la monnaie, et nous étudierons successivement les diverses parties de la théorie générale des monnaies, à laquelle est consacrée la plus grande partie de cet ouvrage. Il faut auparavant définir les capitaux.