LIVRK III, CHAPITRE IV
utilisent, pour elles et pour le public, une portion de capital qui reste stérile dans les caisses des banques européennes. Mais pour faire la part de ce qui est du fait de l'administration et de ce qui tient à la différence du milieu dans lequel les banques opèrent, il convient de chercher ce que les directeurs de la Banque d'Angleterre ont négligé d'expliquer dans leurs interrogatoires : quels sont les faits en considération desquels le rapport de la circulation à rencaisse doit être établi ; ^ d'autres termes, quelles circonstances périodiques ou irrégulicres peuvent provoquer une précentation extraordinaire de billets au change à la ca,isse d unô banque de circulation.
Nous avons déjà remarqué et énuméré les motifs qui font réclamer le change du billet de banque. Sur ces quatre motifs; il n'y en a que deux qui puissent déterminer une demande extraordinaire et considérable : l"* un changement d'opinion défavorable à la banque, une panique ; 2° un besoin subit d'espèces pour l'exportation. On peut donc poser en principe cette proposition : que plus une banque est exposée aux paniques et aux demandes d'espèces pour l'exportation, plus son encaisse, comparé à la somme de ses billets, doit être élevé. De ces deux sortes de demandes, on pourrait même en négliger une^ la principale, lorsqu'il s'agit de banques anciennes et bien accréditées. Les paniques ordinaires n'atteignent pas leur crédit particulier ; et, lorsqu'on en vient à douter de tout <;rédit, l'expérience a trop bien établi que le plus fort encaisse était insuffisant, comme le prouve ce qui est arrivé à la Banque d'Angleterre en 1797, àla Banque de France en 1805, 1814, 1848 et 1870.
Les banques doivent calculer leur encaisse sur les demandes érentuelles d'espèces auxquelles elles peuvent être exposées par les besoins de l'exportation : c'est le principe admis et professé à la Banque d'Angleterre, qui jirétend régler ses émissions sur le cours des changes, augmentant son encaisse lorsque les changes sont contraires, et son portefeuille lorsque les changes deviennent favorables. Hutons-nous de dire tou- .tefois que cette maxime est restée à Tétat de théorie, et que, sauf quelques circonstances exceptionnelles, la Banque d'Angleterre a toujours accepté le bon papier qu'on lui a présenté,
Digiti
sans trop s'inquiéter du cours des changes, et sans faire vendre ses consolidés ou ses bons de Téchiquier pour remplacer dans ses caisses les billets émis par Tescompte. Cependant, comme elle opère sur la monnaie d'or, plus sujette à l'exportation que la monnaie d'argent, il est certain que la Banque d'Angleterre est peut-être, de toutes les banques du monde, celle qui est contrainte par ses besoins réels à garder le plus fort encaisse, par rapport au chiffre de ses billets en circulation.
* Quant aux banques placées hors des grands marchés, elles sont en général moins exposées aux demandes pour l'exportation, au moins en Amérique, en Ecosse et partout où Ton est habitué à l'usage de la monnaie de papier. En France, au contraire, les banques départementales étaient exposées à de fortes demandes périodiques chaque fois que le commerce qui employait leurs billets allait aux achats dans la campagne, laquelle, sous ce rapport, pouvait être assimilée à un pays étranger.
Il n'y a ni règle, ni mesure fixe pour le rapport qui doit exister entre l'encaisse et les émissions de billets d'une banque de circulation, parce que les habitudes et les besoins du commerce varient en chaque pays, et même dans chaque localité. Mais dès qu'une banque a quelques années d'existence, il lui est bien facile, en mesurant les mouvements ascendants et descendants de son encaisse métallique, et en étudiant les causes de ces mouvements, de voir si elle a garda en réserve des espèces dont elle pouvait se passer. Si, par exemple, son encaisse métallique, représenté par 100, avarié longtemps entre ce chiffre et 50, il est évident que la banque a conservé en caisse une somme de 40 environ dont elle avait la faculté de disposer, et qu'elle peut hardiment donner à cette somme un placement productif.
En effet, une fois qu'une banque a porté ses émissions au chiffre qu'il convient au public d'accepter et de conserver, soit qu'elle garde en caisse les espèces remplacées par ses billets, soit qu'elle en emploie la valeur aux escomptes et en provoque l'exportation ou la fonte, cette circonstance n'influe en rien sur les besoins de numéraire que le marché peut éprouver. ' Les habitudes du commerce restant les mêmes, il est probable