‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 124 sur 343 · LIVRE m, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IV

qu'il aura à peu près les mêmes besoins^ tant qu'il ne surviendra aucun fait nouveau et considérable de nature à les faire changer. Il importe donc fort peu, quant au service monétaire, que le numéraire inutile soit dans la caisse de la banque ou aux antipodes, et il est fort important, pour la banque et pour la production en général, que Ton ne garde pas dans une cave une somme d'espèces dont on n'a nul besoin, comme un avare garde son trésor.

§ 5. — Les banques peuvent-eUes^ par des émissions exagérées, causer des crises commerciales ?

Lorsqu'on étudie avec attention les principes de la circulalien monétaire que nous venons d'exposer, on demeure convaincu qu^une ou plusieurs banques de circulation^ opérant sur un marché et ne commettant pas de fautes dans leurs escomptes, ne peuvent jamais émettre trop de billetSy quels que soient leurs efforts dans ce but, parce que leurs émissions ont une limite natu-relie et nécessaire. Nous pouvons en conclure directement et d'une façon absolue que, si les banques commettent des fautes, c'est toujours dans leurs placements et jamais dans leurs emprunts par billets ou autres. Cependant l'idée que les banques peuvent trop émettre est tellement répandue, et Ton peut invoquer en sa faveur de telles autorités, qu'il est utile d'insister encore.

On a soutenu, par exemple, en Angleterre, que les émissions de la Banque étaient la principale cause des crises commerciales, parce que, à la veille de chaque crise, les émissions des billets avaient augmenté. C'est sur cette opinion quest fondé l'acte de 1844, toujours défendu par lord Overstone, ci-devant sir Jones Loyd, un des premiers banquiers de Londres.

Ces émissions périodiques de la banque sont très-faciles à expliquer. La veille de toute crise, le taux de l'intérêt s Relève, et les capitauxdisponibles trouvent un emploi plus facile et plus avantageux qu'auparavant. En présence de ce phénomène précurseur, qui est en quelque sorte le premier symptôme de la crise, les sommes versées à la banque à titre de dépôt sont retirées sous forme de billets, ce qui augmente pour un

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moment la circulation. Mais ces billets, qui rentrent promptement par les recouvrements, n'exercent pas d'influence sur les prix qui, dès l'instant où l'intérêt s'élève, commencent ordinairement à baisser. Au moment de la crise, du reste, le marché demande plus de monnaie qu'en temps ordinaire, pour remplir les engagements de crédit contractés en vue de ventes qui ne se réalisent pas, de telle sorte que les émissions faites en ce moment, loin de causer la crise, servent à l'amortir dans une certaine mesure.

Toute crise, on le sait du reste, est causée par des opérations fondées sur des espérances qui ne se réalisent point. La banque peut y contribuer en prêtant, sous la forme d'escompte ou autrement, à ceux qui font ces opérations, ou à ceux sous le crédit desquels elles se font, mais non en émettant trop de billets. L'erreur, si erreur il y a, est commise dans les placements et non dans les émissions.

On peut dire que si la banque n'offrait pas les capitaux dont elle dispose aux maisons solvables, ces maisons prendraient des capitaux qui, trouvant difficilement un emploi, s'engagent dans la spéculation. Ce reproche est fondé, mais que prouvet-il? Qu'il y a plus de capitaux offerts qu'on n'en a su bien placer : est-ce la faute de la banque ? Doit-on l'accuser d'avoir augmenté la somme des capitaux disponibles ? De bonne foi, on ne le peut pas, car ce serait lui faire un crime des services qu'elle rend.

§ 6 — Quelles affaires conviennent aux banques de circulation.

Les ressources que l'émission de billets à vue et au porteur fournissent aux banques de circulation sont infiniment moins mobiles que les dépôts particuliers des banques de première classe. Une fois que le public est habitué à l'usage des billetsmonnaie, il n'en demande jamais le change par fantaisie et par caprice. Une banque de circulation dont les affaires sont bien conduites peut compter sur la durée de son crédit de billets, tant que le commerce extérieur ou une panique politique ne feront pas accourir les porteurs à sa caisse. Elle peut donc faire, conti'airement à Topinion établie en France, de^

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