LIVRE m, CHAPITRE V
pendre leurs commandes et la réalisation de leurs créances : la Banque vint à leur secours, et consentit en leur faveur des avances sur hypothèques pour une somme de 34 millions. Les prêts sur dépôts de marchandises s'élevèrent à 60 millions. Les effets en souffrance avaient atteint, à Paris, 57 millions, et 20,700,000 fr. dans les départements, en tout près de 78 millions : ils s'élevèrent même, un moment, jusqu'à la somme de 84 millions * .
La Banque put supporter toutes ces charges sans élever beaucoup ses émissions de billets. Ceux de 200 fr. et de 100 fr., récemment introduits dans la circulation, y prirent une place de 80 à 90 millions, qu'ils auraient obtenue dans les temps les plus calmes et avec l'échange à bureau ouvert contre espèces. Ces émissions, grâce à la diminution des escomptes du commerce dans les derniers mois de l'année, suffirent à toutes les opérations extraordinaires de 1848, sans que les billets de la Banque éprouvassent aucune dépréciation.
Depuis cette époque, la Banque a liquidé son fonds d'effets en souffrance et ses opérations hypothécaires ou avec l'État, et cette liquidation s'est faite de manière à honorer en même t^mpsla Banque et ses débiteurs*. Une fois le premier moment de panique passé, le crédit des billets s'était rétabli : bientôt après, les espèces avaient reparu, et comme, sous l'influence des prix exceptionnels de 1848, la fabrication des monnaies avait été fort active, les encaisses de la Banque ne tardèrent pas à devenir excessifs, sans que la circulation fiduciaire eût été réduite. Le public préférait môme les billets, à ce point qu'à la fin de 1849, lorsque le décret du cours forcé était encore en vigueur, le commerce refusait les espèces qu'offrait la Banque, et réclamait les billets qu'elle ne pouvait plus émettre, parce qu'elle avait atteint la limite légale de ses émissions. Il fallut élever par une loi le chiffre de cette limite de 452 millions à 525 : il est vrai que, depuis le second semestre de 1848, la Banque avait repris défait ses payements
Compte rendu de 1849.
^ A la fin de 1854, il ne restait en souffrance, sur le passif de 1848-49, qu'une somme de 1,215,000 fr
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en espèces. La loi qui rétablit rechange obligatoire des billets contre écus sanctionna un état de choses qui existait auparavant.
Les opérations de la Banque, depuis 1848 jusqu'à 1851, ont présenté la plus parfaite régularité, et n'ont été remarquables que par l'abondance des encaisses et des dépôts particuliers. Le 2 octobre 1851, les encaisses avaient atteint 626 millions : ils avaient, pendant quelques jours, excédé de 110 millions la somme des billets. La moyenne de la circulation, qui, en comptant les banques départementales, s'était élevée en 1847 à 337,218,000 francs, atteignait en 1850 491,827,900 fr.
La Banque aime à parler dans ses comptes rendus des services qu'elle rend au gouvernement. Il en est un qui mérite une mention spéciale : c est l'avance de 25 millions faite le 27 novembre 1851, à la veille du coup d'État du 2 décembre. « La Banque dut sortir du texte des traités pour verser au Trésor ces 25 millions. En effet, le 30 janvier 1851, le comte d'Argout disait dans son rapport annuel : — « La loi du 6 août 1850 à réduit à 75 millions le « crédit primitif de 150 millions. Selon les échéances fixées ce par cette même loi, les 25 millions destinés à compléter le <c prêt de 75 millions devaient cesser d'être exigibles à <r partir du 3t décembre 1850. Le trésor n'ayant pas usé de « son droit, le crédit de 75 millions se trouve définitivement « réduit à 50 millions. » Depuis cette époque jusqu'en 1852, aucune loi, aucun décret, aucun traité n'a apporté de modifications à cet état de choses, et voilà que le 27 novembre, le conseil général de la Banque reconnaît que cette demande est conforme aux traités. Évidemment la Banque se laissa convaincre, en «cette circonstance, par d'autres considérations que le texte des traités existants *. »
Il est arrivé souvent à la Banque de ne pas trouver un emploi suffisant pour les capitaux dont eue dispose, et c'est encore ce qui lui arrivait en 1853 : en vain elle avait réduit à 3 p. Vo le taux de Tescompte, en vain le décret du
* Uistoire de la Banque de France et des principales institutions françaises àt crédit depuis 1716, par Alph; Courtois, p. 196-7.
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