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LIVRE IV, CHAPITRE III

Londres et de Westminster, n'avait réussi à s'établir qu'après une opposition obstinée de la part de la Banque d'Angleterre et des anciennes maisons. Il a fallu plaider, obtenir des décisions du parlement et supporter de petites tracasseries sans nombre, pour faire reconnaître qu'une banque par actions avait le droit d'exister à Londres. Les banques par actions [Joint stock francfts), qui, depuis vingt années, ont surmonté la plupart des obstacles que leur opposaient la Banque d'Angleterre, d'un côté, et la législation de l'autre, ont enfin obtenu en 1862 la faculté de se constituer sous le principe de la responsabilité limitée. Grâce à ce principe, elles ont pris et prennent actuellement un développement qui peut-être changera le caractère du système anglais. Mais il reste bien entendu que le privilège de la Banque d'Angleterre ne permet à aucune de ces banques ni à aucune autre, à 60 milles de la capitale, d'émettre des billets à vue et au porteur.

Ce serait une erreur de croire que toutes les opérations de banque de Londres soient effectuées par les maisons que nous venons d'énumérer. Grâce à l'abondance des affaires que fournit cette place, on a trouvé avantageux d'y diviser, plus qu'ailleurs, le travail. Il y existe un grand nombre de courtiers d'escompte, bill brokers, qui négocient directement du papier de commerce auprès des capitalistes et quelquefois auprès des banquiers eux-mêmes. Les maisons qui se bornent aux arbitrages, et dont quelques-unes sont de premier ordre, ne sont point considérées comme maisons de banque, mais comme de simpléb négociants, parce qu'elles n'ont point de caisse et se servent, par conséquent, du ministère d'un banquier.

Si, maintenant, nous jetons un coup d'oeil sur l'ensemble du système anglais, nous n'y trouvons pas à la base la même solidité qu'en Ecosse ou môme que dans le Massachusetts. Une partie considérable de la population, les agriculteurs, reste presque étrangère aux opérations de banque : elle donne et obtient peu de crédit : il est vrai qu'en Angleterre, les ajrriculteurs ne forment guère que le tiers de la population totale.

On remarque dans l'ensemble du système anglais beaucoup

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de dureté pour le capitaliste : il ne reçoit que par exception un intérêt sur les fonds déposés ou sur les soldes de compte courant : encore faut-il que son compte ait peu d'activité pour qu'il en retire un bénéfice, parce que dans les provinces chaque demande qu'il fait à la caisse de son banquier est frappée d'une commission. A Londres, cette commission n'existe pas; mais aussi les comptes courants ne rapportent aucun intérêt aux ayants comptes. Les habitudes de la population tendent à procurer aux banquiers, à Londres surtout, l'usage gratuit de capitaux abondants. Quelle que soit la mobilité des comptes courants, les sommes qu'ils représentent ne varient guère que dans les grandes crises.

Toutefois le placement des fonds ainsi obtenus est bien autrement dangereux et difficile que celui des fonds produits par l'émission de billets-monnaie. C'est la mobilité des comptes courants qui donne aux établissements de banque existant en Angleterre Tagitation et, si l'on peut ainsi dire, la contractilité qui les distingue essentiellement. Avec une telle constitution, l'ensemble du système a besoin d'une réserve qui se trouve à la Banque d'Angleterre, sorte de clef de voûte sur laquelle tout vient s'appuyer dès qu'il se produit une secousse. 11 est vrai que cette réserve coûte cher, parce que le monopole de la Banque d'Angleterre présente de? obstacles presque insurmontables à tout établissement d'un système général de crédit plus solide : cette réserve caûtera plus cher encore, si le monopole s'étend, et supprime, comme on le pense, toute banque de circulation en Angleterre, s'il parvient à efiectuer dans les affaires, chose rare chez nos voisins, un progrès rétrograde.

Sans prétendre prévoir l'avenir, nous devons signaler un mouvement d'opinion très-sérieux contre la législation de 1844. Des deputations.de chambre de commerce, des réunions publiques de commerçants, ont qualifié plusieurs fois cette législation en termes sévères. Tout le monde sait par expérience aujourd'hui qu'elle ne prévient pas les crises et qu'elle les aggrave.

L'expérience enseigne en même temps que les banques écossaises, nées de la liberté, ont une vitalité plus puissante

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