‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 190 sur 343 · LIVRE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV

II faut remarquer du reste que, dans cette crise, les fonds déposés en compte courant avaient été retirés avant les billets, et que le montant des billets était reclamé, non par le public, mais par une main ennemie. Les émissions de la Banque de Belgique avaient été si peu exagérées, qu'au 5 décembre 1838 il n'y avait pas tout à fait pour trois millions de ses billets en circulation.

Le gouvernement dut venir au secours de la Banque de Belgique, dont Tembarras momentané porta un coup terrible aux entreprises qu'elle avait commanditées. Quant à la cause première de la catastrophe, elle n'était pas douteuse. L'homme éclairé qui dirigeait alors la Banque, l'indiquait formellement dans son rapport du 28 février 1839 : « L'administration, disait-il, a engagé les capitaux de manière à ne pas pouvoir les mobiliser promptement. Les prêts faits à rindustrie et ceux sur actions industrielles sont la cause la . plus frappante de la gêne prolongée de la Banque. »

Cependant, la crise passée, la Banque de Belgique suivit à peu près les mêmes errements que par le passé, mais avec une grande timidité : la Société Générale s'engagea plus hardiment que jamais dans la voie qu'elle avait frayée. Aussi, dans la grande crise de 1848, les deux banques rivales eurent le même sort, et furent réduites à' implorer l'appui du gouvernement. Une loi du 20 mars 1848 donna cours forcé aux billets-monnaie de l'une et de l'autre, en fixant un maximum d'émission qu'il fallut bientôt élever, et en faisant servir à TÉtat l'intérêt des émissions supplémentaires. Le 2(5 décembre 1849, le ministre des finances se plaignait à la chambre des représentants de ce que l'État eût été réduit à cautionner ces deux établissements de crédit jusqu'à concurrence de la somme de 54 millions.

Alors on résolut de Tonder, sur le modèle de la Banque de France, un établissement de réserve en quelque sorte: « la Banque nationale. » Les statuts de cet établissement lui interdisent, dans les termes les plus formels, les opérations par lesquelles il pourrait immobiliser ses capitaux, et le restreignent en quelques sorte à l'escompte. La Banque nationale, fondée au capital effectif de 25 millions de francs,

Digiti

fournis par la Société Générale et par la Banque de Belgique, a obtenu, par des conventions successives du gouvernement avec les autres banques, le privilège exclusif de fait d'émettre des billets à vue et au porteur, et à peu près aussi le monopole de Tescompte proprement dit. Toutefois, si ce privilège devenait trop gênant, il pourrait être entamé, car les particuliers et les sociétés en nom collectif ont le droit d'émettre des billets à vue et au porteur, et la même faculté pourrait être accordée à une société anonyme. En vertu de la loi du 10 mai 1850, la Banque nationale fait le service de caissier de TEtat, moyennant une indemnité annuelle fixe de 200,000 fr., prix bien inférieur à celui que coûte ce service en France. D'ailleurs, donnant un exemple qui est imité par l'Allemagne, le gouvernement belge a exigé pour prix du privilège une part dans les bénéfices excédant 6 p. 100, et 1/2 p. 100 sur la circulation des billets émis au-dessus de 275 millions. Ces deux prélèvements ont donné à l'Etat 1,882,062 fr. pendant Tannée 1874. La Banque n'en a pas souflfert, car elle a constamment distribué de beaux dividendes et porté son capital à 50 millions.

La Banque nationale peut faire des recouvrements au dehors, et le papier fourni par ces recouvrements s'est élevé pendant l'année 1874 à la somme de 38,046,450 fr. Les coupures de ses billets-monnaie sont de 1,000, de 500, de 100, de 50 et de 20 fr. : elles lui permettent de faire pénétrer ses billets bien plus profondément dans la circulation que ne pénètrent ceux de la Banque de France.

Au 31 décembre 1874, la Banque nationale avait une succursale à Anvers et quarante comptoirs dans diverses localités. Son bilan, à la même époque, se résumait pas les chiffres suivants :

Doit.

Capital et Réserve ' 58, 725 , 856 33

Billets ,,.. 328,873,430 ■»

Comptes coarants 71 v^cn.îDi 60

Réescomptes 937 .274 60

Trésor ."143^854 k»

Dividendes et versements... 5,763,750 •»

Divers 963,324 97

ToTAi 467,272,782 50

AvorR.

Actionnaires 5,000,000 •*

Portefeuille 278,(02,610 «

Fonds publics et valeurs de

réserve 42,229,99Ui

Caisse i35,442,i«93

Immeubles 5,456,299 30

Divers 1,121,688 34

Total 467,272,7Ï« 50

Digiti

Page 1