LIVRE IV, CHAPITRE IV
Le compte rendu des opérations de la Société Générale et les tableaux qui y sont annexés contiennent un grand nombre de faits intéressants et dignes d'étude, que les limites et le plan de cet ouvrage ne nous permettent ni d'énoncer, ni de discuter.
Au bout de quelques années, après une liquidation qui n'a pas été exempte de difficulté, la Société Générale se dégageait, par des réalisations fort heureuses, des embarras de 1848. La liquidation des affaires de la Banque de Belgique fut plus facile encore, parce que cet établissement, paralysé en quelque sorte par les souvenirs de 1838, avait opéré avec plus de précaution.
Depuis cette époque, ces deux banques ont grandi et étendu leur champ d'action comme banques de placemerft, en abandonnant à la Banque nationale les opérations purement commerciales et les émissions de billets. La Société Générale a augmenté son capital lentement et de la façon la plus correcte, par des réserves prises sur les bénéfices annuels. Ce capital s'élevait à la fin de 1874 à fr. 78,907,469. La Banque de Belgique n'a pas eu la même patience : elle a préféré la méthode plus expéditive que l'on emploie en France pour élever son capital à 50 millions, outre des réserves qui, à la fin de 1874, dépassaient un peu 10 millions et demi. — L'un et l'autre de ces deux établissements émettent des obligations. Celles de la Société Générale s'élevaient à un peu plus de 35 millions à la fin de 1874, et celles de la Banque de Belgique, à la même date, à 11,837,500 fr., et elle avait, en outre, donné son aval aux obligations de diverses sociétés patronnées par elle, sans parler de 46 millions d'obligations 4 1/2 p. 100 remboursables à long terme.
La Société Générale use jusqu'à présent du crédit avec une modération remarquable; mais elle persiste à recevoir les fonds de la Caisse d'épargne, qui s'élevaient en 1874 à un peu plus de 13 millions.
Cette société présente un caractère remarquable, celui d'une banque de placement qui ne s'est ni livrée au jeu, ni engagée dans des entreprises excessives. Plus ancienne que les Crédits mobiliers qui ont fait tant de bruit, elle a été ad -
ministrée de telle sorte, qu'en dehors des tentatives de monopole auxquelles elle s'est livrée dans le temps, on n'a pas eu des reproches graves à lui adresser. Sa réputation a gagné beaucoup à la comparaison qu'on a faite de sa conduite avec celle de ses imitateurs.
Le système belge, on le voit, n'est autre, à tout prendre, que le système français dirigé par un gouvernement d'hommes d'affaires intelligents, incomparablement plus instruits et plus honnêtes que les nôtres. Il se distingue par des traits bien marqués des systèmes appliqués en Ecosse et en Amérique. En Belgique, l'initiative est venue de l'État plutôt que de$ particuliers : aussi les opérations de banque ont-elles pris en ce pays, plus qu'en tout autre, la' forme administrative. On y « négligé les petites entreprises et les petits entrepreneurs pour faire de grandes affaires et créer de grandes entreprises. Aussi les banques publiques ont-elles pénétré bien moins qu'ailleurs dans les habitudes et dans les affaires de la masse des populations. Il suffit, pour se convaincre de ce fait, de considérer le chiffre des billets en émission et de le comparer aux besoins d'une population nombreuse, dense et industrieuse comme celle de la Belgique.
Ce qui s'est passé dans les crises nous en fournit une autre preuve. En effet, bien qu'un homme fort éclairé ait dit devant une commission d'enquête du parlement anglais qu'il n'y avait aucun remède contre la présentation des billets au moment des crises politiques, on a pu. remarquer que les banques d'Ecosse avaient traversé sans chanceler, depuis cent ans, plusieurs crises de ce genre. Nous en avons indiqué la cause : c'est que la population tout entière se sent intéressée à leurs affaires et notamment à la circulation de leurs billets. En Belgique, les banques sont des banques de capitalistes : leur but principal est de réunir les petits capitaux et de les placer par grandes masses, de manière à obtenir toujours des créations et des émissions de titres, et à établir une industrie dont la constitution administrative semble avoir pour but les choses plutôt que les hommes. De là l'isolement dans lequel elles se sont trouvées, comme toutes les banques du continent européen, au moment des crises.
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