LIVRE IV, CHAPITRE V
« Il suffit (le jeter les yeux sur ce tableau, disions-nous en 1870, pour voir que la pluralité des banques et leur concurrence n'ont produit aucun des effets fantastiques imaginés par les avocats du monopole. On est si peu inondé de billets en Suisse que les hommes d'affaires les plus éclairés de ce pays se plaignent de la médiocrité de la circulation fiduciaire. Quant à la sécurité que les banques offrent au public, elle est manifeste, puisqu'elles ne doivent par comptes courants et par billets qu'une somme de 66,734,527 francs dont répond un capital de plus de 73 millions, sans parler même de l'encaisse et du portefeuille. Il n'est pas possible d'imaginer une situation plus conforme aux prévisions de ceux qui ont demandé eu France et ailleurs la liberté des banques et plus propre à rassurer les personnes timorées.
a Cette situation s'explique fort bien par la persistante défiance avec laquelle une population prudente accueille toute banque nouvelle, et ne lui accorde du crédit qu'autant qu'il est garanti par un capital connu et reletivement assez considérable.
« Il est remarquable d'ailleurs que les banques suisses de circulation se développent et sont en progrès. Si nous comparons les chiffres du tableau ci-dessus à ceux que publiait M. Pictet en 1863, nous trouvons que le capital des banques s'est élevé de fr. 42,652,682 à fr. 73,357,784, que la circulation a passé de fr. 13,755,290 à fr. 18,468,122, tandis que les comptes courants, par où surtout se montre la confiance du public, se sont élevés de 22,007,740 à 49,166,405 francs, à plus du double. Il est probable qu'à la suite des comptes courants, la circulation des billets finira par se développer.
« Le jour où les banques suisses voudront convenir d'accepter les billets les unes des autres et de les échanger entre elles chaque jour, la circulation intercantonale sera établie et pourra s'élever à une somme de 60 à 80 millions, au grand avantage des banques elles-mêmes et du public.
« Jusqu'à présent le canton de Genève est le seul dans lequel existe à l'état normal la banque de circulation, et aussi cette concurrence des banques si redoutée de la routine. Là on
Digiti
rencontre une circulation qui, au milieu d'une population très-commerçante, ne dépasse pas celle de la France, tandis que le capital des banques est, proportionnellement à la population et aussi aux opérations faites, incomparablement supérieur. C'est par milliards qu'il faudrait compter en France pour arriver à quelque chose qui approchât de ce qui existe à Genève. »
En 1874, à la veille d'entrer sous le régime de la nouvelle loi, les banques de circulation suisses étaient au nombre de 28. Leur capital, leurs billets et leur encaisse, pendant l'année précédente, sont indiqués par les chiffres suivants :
DATE
de la
Tondatlon.
18;ia
BANQUES DK CIRcrLATION SL'IâSES
en 1874.
Banque cantonale do Berne
Banque de Zurich
Banque de Saiot-Gall
Banque de Bâle
Banque du commercre à Genève. . . . * .
Banque cantonale Vaudoise
Banque de Genève
Banque cantonale de Fribourg
Banque hypothécaire de Thurgovie. . .
Banque de Glaris
BanqucpopulairedelaGruyère(Fribourg)
Banque d'A'rgovie
Caisse hypothécaire do Fribourg
Banque cantonale Nouchàteloise
Banque de Lucorno
Banque de Soleure
Banque cantonale du Tessin
Caisse d'épargne de (Uaris i
Banque des (irisons
Banque de SchafThouse
Banque fédérale b. Berne
Banque de Toggcnbourg
Crédit agricole et industriel de la Broyé.
Banque cantonale de Sainl-Gall
Banque cantonale de Bàlo-Campagno..
Banque cantonale de Thursovie
Banque cantonale de Zuric-h
Banque cantonale de Grisons
Totaux.
CAPITAL
social en 1873.
fr.