LIVRE IV, CHAPITRE VI
peu de désordre'. Leur existence atteste iin progrès rapide et remarquable de l'industrie italienne; elle atteste aussi, ce nous semble, qu'en Italie, comme en Belgique et en France, la société par actions a été l'agent le plus actif et le plus apparent du progrès.
§ 2. — Banques espagnoles.
L'Espagne, comme Tltalie, a eu de bonne heure des banques de dépôt au moyen âge, et celle de Barcelone a joui (l'une certaine célébrité. Mais ces institutions avaient péri pendant la décadence commerciale qui signala la domination de la maison d'Autriche. Dans le mouvement de renaissance du siècle dernier, on établit à Madrid la Banque de Saint- Charles. Les temps agités qui ont suivi ne permirent guère au crédit de se développer : cependant de nombreux essais ont été tentés, et récemment l'Espagne a fait des efforts qui la mettent, sous ce rapport, au niveau des autres Etats du continent européen.
Ce qu'il y a de remarquable dans la législation de ce pays, c est qu'elle ne semble pas inspirée par la fièvre du monopole qui semble avoir attaqué les législateurs de notre temps. L'Espagne a, il est vrai, une banque de gouvernement, qui, après avoir longtemps porté le nom de Saint-Ferdinand, a pris en 1856 celui de Banque d'Espagne; mais cette banque ne jouit d'aucun privilège hors de Madrid et des Villes où elle a des succursales. Il s'est établi et il peut s'établir d'autres banques : il suflSt qu'elles soient autorisées par un règlement d'administration publique. Ce n'est pas la liberté : c'est à peu près le régime qui existait en France avant 1840.
La loi du 8 janvier 1856, qui régit la matière, exige qu'il n'y ait jamais dans une place de commerce plus d'une banque d'émission; mais elle donne trois mois à ceux qui voudraient solliciter l'autorisation d'établir une banque particulière, et n'admet la Banque d'Espagne à fonder des succursales qu'après ce délai de trois mois. — Les émissions de billets sont limitées au triple du capital, et les banques sont obligées d'avoir en caisse au moins le tiers de la somme
de leurs billets. Lé minimum des coupures est fixé à 100 réaux(26frO.
Ce qu'il y a de plus grave, c'est que c'est le gouvernement qui nomme le gouverneur de la Banque d'Espagne et les commissaires royaux qui dirigent les banques particulières. Cette intervention de TEtat dans Fadministration d'intérêts particuliers est injustifiable en tout pays. Le moindre inconvénient qu'elle puisse avoir, c'est de faire payer des fonctionnaires inutiles qui, au lieu de servir au développement des affaires, les empêchent et apportent dans l'exercice de leurs attributions un. esprit anticommercial. Mais en France, en Italie, en Espagne, pays où la notion de la propriété privée ne s'est pas encore dégagée des obscurités du droit romain, on trouve tout simple de voir le gouvernement intervenir dans la gestion d'intérêts privés. ,
La Banque d'Espagne n'avait créé en 1863 que deux succursales, l'une à Valence, l'autre à Alicante. îl y avait des banques particulières à Cadix, à Barcelone, à SéviDe, h Makga, à la Corogne, à Santander, à Valladolid. Mais leur capital était médiocre : cependant il suffisait aux affaires. Les banques espagnoles en sont encore à leurs premiers pas.
Voici quelle était la situation de la Banque d'Espagne au 31 décembre 1862 :
Doit.
Capital et réserre. ^...rx. 132,000,000 »
BiUeU 208,380,901 »
DépôU «35,063,731 06
Diiridendes .* 3,699,959 80
Profite et pertes 15,925,941 77
Divers 2,309,263 62
Total t 597,379,796 25
Atok.
Caisse rx. 107,398,201 (^
Hôtel do monnaies 15,297,€4K') i&
Portefeuille 309,231,378 .
Dettes diverses da Trésor. 126,259,236 sr>
Succursales 29,015,818 17
Immeubles, meubles, elc. . 6,549,558 03
Divers 3,628,0081®
Total 897,379,796 «3
Si le développement des banques de commerce a été lent et médiocre en Espagne, les banques de spéculation s'y sont propagées rapidement et avec un entrain sans exemple dans le reste de l'Europe. Ces banques ou Crédits mobiliers, comme on les appelle aujourd'hui, se sont livrées à un grand nombre d'opérations dont le succès a été médiocre. Après quelques années d'activité financière, l'Espagne , agitée d'ailleurs par les révolutions, appauvrie par l'insécurité qui