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LIVRE IV, CHAPITRE VI

Mais le ministre des finances qui le proposa, M. Scialoja, plus habile que notre gouvernement provisoire de 1848, donna cours forcé aux billets de la Banque nationale seulement ; celle-ci devait en fournir gratuitement aux autres banques de circulation, jusqu'à concurrence des deux tiers de leur encaisse métallique, lequel demeurait immobilisé et affecté à la sûreté de ces billets.

Comme, en décrétant le cours forcé, on avait négligé de pourvoir aux besoins de monnaie d'appoint, de petites banques, comme la banque du peuple, de Florence, des maisons (le commerce et même des détaillants émirent des bons de caisse de très-petites coupures, de 1 fmnc, de 50 centimes, qui furent acceptés avec reconnaissance par la population. En 1868, le gouvernement, voulant faire disparaître ces petits billets, a ordonné l'émission de billets de t fr. à cours forcé dans tout le royaume, pour une certaine somme, par les diverses banques de circulation.

Sous le régime du cours forcé, la Banque nationale a élevé son capital, fait 'au gouvernement d'énormes avances et pris part à toutes ses opérations financières. Le concours de la Banque a été rémunéré, selon l'us^ige en. pareille circonstance, par de magnifiques dividendes; mais son crédit dépend de la manière la plus étroite de celui du gouvernement itolien.

Cette Banque fait à peu près les mômes opérations que la Banque de France ; elle y joint des prêts sur dépôts de soies brutes et organsins ou trames, marchandise qui a toujours snr place un prix courant bien déterminé. Elle n'est pas astreinte à l'escompte du papier de place seulement, et prend couramment celui sur Paris, Lyon, Marseille et Genève, qu'elle peut, au choix de ses directeurs, recouvrer ou négocier. Elle peut aussi bonifier un intérêt à ses ayants compte ; mais elle-est assujettie à l'obligation des trois signatures.

La Banque de Naples et celle de Palerme, qui lui ressemble à plusieurs égards, sont établies sur des fondements anciens. Ce sont deux institutions publiques, des fondations destinées primitivement au prêt sur gages, qui n'ont pas de propriétaires, actionnaires ou autres, mais un capital appelé patrimoine, auquel vont s'ajouter les bénéfices. Les deux ban-

qiies de circulation qui existent en Toscane, et Tancienne Banque de l'état pontifical, aujourd'hui Banque romaine, ne doivent faire ici l'objet d'aucune observation.

Il existe actuellement six banques d'émission en Italie. Ce sont : P la banque nationale ; 2® la Banque de Naples; 3*» k Banque nationale de Toscane ; 4° la Banque de crédit toscane ; b"" la Banque romaine; et 6* la Banque de Sicile. Voici quelle était leur situation au 30 novembre 1875 :

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IJVRE IV, CHAIUTRE VI. 359

Ces bilans, que nous donnons en la forme officielle, tels qu'ils sont publiés, ne donnent pas une idée exacte de la situation des Banques italiennes. Il faudrait y distinguer, à lactif, ce qui est compte du Trésor, ou avances faites au Trésor à un titre quelconque, et aussi distinguer les espèces en caisse, lès lingots à monnayer et les billets.

Nous n'essaierons pas de rapporter ici les décrets, lois, règlements et conventions de toute sorte qui ont trcs-fréquemment, depuis 186G, altéré les rapports des banques entre elles et avec TEtat. Nous y remarquerons, toutefois, une tendance constante du gouvernement vers Funité et le monopole, non, comme chez nous, par voie de confiscation, mais par des moyens doux. Les avantages attribués à la Banque nationale ayant suscité la jalousie et les réclamations des autres banques, on les a admises à y prendre part, au moyen d'un syndicat {consorzio) établi entre elles et la Banque nationale par la loi du 30 avril 1874. Du syndicat à lunité, il n'y a pas loin, et il faut s'attendre à voir les cinq Banques indépendantes passer à la première occasion à l'état de succursales.

En attendant, le gouvernement facilite et excite, au besoin, la fondation des agences. Non-seulement Kome a deux Banques de circulation, mais la loi prescrit aux autres banques d avoir des agences dans la capitale. La Banque nationale a, depuis plusieurs années, des succursales à Naples, à Florence et à Palerme. Cependant, on n'a. pas vu éclater cette guerre acharnée qui, au dire de MM. Thiers et Frère- Orban, serait la conséquence inévitable de l'existence de deux banques de circulation dans la même localité.

En matière de banques d'émission, le gouvernement italien se montre beaucoup plus éclairé que le gouvernement fran- (;ais. Tout en se laissant aller au monopole, il n'oublie pas Vintéret commercial du pays, et quand il accorde un avantage, il le fait acheter par des services : en un mot, il reste I indépendant des banques, et ne s'abaisse jamais à être leur serviteur. Aussi les banques d émission ont-elles en Italie bien plus de succursales que n'en a la Banque de France.

Légalement, en Italie comme en France, une banque de

Digiti

360 TRAITÉ DES OPÉRATrONS DE BANQUE.

circulation ne peut être fondée qu'après ttvoir été autorisée par une loi.

Il y a dix ans que l'Italie est au régime du cours forcé. Au point de vue où nous sommes placés, cette circonstance enlève à l'étude des banques italiennes une grande partie de son intérêt. Bien que le gouvernement ait usé avec modération du crédit qu'il s'était ouvert par ce moyen, le papiermonnaie a produit ses eflfets ordinaires : il a chassé la monnaie métallique, s'est déprécié et, par la mobilité de sa valeur, a fourni matière à des spéculations fâcheuses. En juin 186(), il perdait 20.50 p. 100, et en septembre de la même année, il ne perdait plus que 4.62; en janvier 1868, il perdait 15.1a p. 100, et en juillet 1869, 2.02 p. 100; en mai 1870, il perdait 1.72, et en juillet de la même année, 12.10 p. 100*.

Le pire effet du papier -monnaie, c'est que, lorsqu'il dure, il acquiert des partisans. Ce sont, en premier lieu, ceux qui en profitent et savent tirer parti des variations de sa valeur, au détriment du prochain. Ce sont ensuite ceux qui, ne songeant qu'au papier-monnaie, lui font honneur de tous les jMogrès qu'une nation peut accomplir sous l'influence de toute autre cause. C'est ce qu'on voit aujourd'hui aux États- Unis d'Amérique et aussi en Italie.

Dix ans de paix, venant à la suite de l'unité politique, ont suscité dans ce dernier pays un grand développement de richesse, et un développement rapide du commerce et de rindustrie par les sociétés anonymes. On a fait honneur de tout cela au papier-monnaie, qu'on pouvait louer tout au plus de n'y avoir pas été un obstacle insurmontable.

Le compte rendu officiel auquel nous avons emprunté les chiffres du bilan des banques d'émission au 30 novembre 1875, constate qu'à cette date l'Italie possédait 116 banques ordinaires par actions, au capital de lire 268,147,264; 14 banques agricoles, au capital de lire 9,399,485; 8 sociétés d'emprunt sur hypothèque, et 108 banques populaires, au capital (le lire 3î,0ir),399. Ces établissements sont de date récente et ont été fondés avec un entrain remarquable, non sans un

* Marlello e Montanari, Stato attualcdeleredito. Padoue, 1875.

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