LIVRE IV, CHAPITRE VIII
trouvent; il est forcé de tenir compte aussi des dispositions des capitalistes qui ont des fonds déposés chez lui. Essayerait-il de faire en France les opérations hypothécaires fréquentes en Ecosse et aux Etats-Unis? Mais en Ecosse la terre, considérée comme une usine par la majorité de la population, mise en valeur par des entrepreneurs nombreux et habiles, a un prix courant à peu près fixe; aux États-Unis, il en est de même, et dé plus, grâce au progrès de la population et à Tactivité du travail, la valeur du sol augmente tous les jours, tandis qu en France, la terre n'a point de prix courant; et si les chemins de fer ont généralement augmenté sa valeur, elle reste d'ailleurs stationnaire ou même diminue dans plusieurs contrées. Et si Ton considère les habitudes, quelle différence ! En France, la ruine périodique des entrepreneurs les plus hardis a donné aux affaires une allure défiante; on attend un profit plutôt de loccasion et de la puissance éventuelle des capitaux que d'un travail opiniâtre; chacun craint moins de perdre du temps et une occasion de travail que de faire une opération mal conçue. Aux États- Unis, où la confiance est plus grande, on craint moins de faire une opération mal conçue que de perdre du temps et du travail. Le banquier ne peut observer les mêmes coutumes, ni agir suivant les mômes maximes dans deux pays si différents, et où les rapports de toutes choses sont établis en sens contraire.
Est-ce à dire pour cela que l'étude des jhrocédés soit inutile et qu'il suffise de se renfermer dans l'observation de la routine? Non sans doute. Quels que soient les mouvements rétrogrades que subissent de temps en temps sur le continent européen l'industrie et le commerce, ils font chaque jour des progrès nouveaux. Les populations changent d'habitudes et reconnaissent davantage la loi du travail. Les commencements sont pénibles; car dans cette mêlée où chacun se précipite pour embrasser une profession, sans règles, sans principes arrêtés, sans éducation pratique, la confusion est grande et donne beau jeu aux naufrageurs de l'industrie. Mais peu à peu les habitudes commerciales, chèrement achetées, se propagent et se répandent, de manière à présenter aux entre-
prises de banque un champ îécond. Le jour où les barrières qui s'opposent à l'établissement des banques de circulation seront levées, et ce jour viendra sans doute, comme est venu celui des chemins de fer, une vaste carrière s'ouvrira devant ceux qui se seront préparés à y entrer. D'ailleurs, fussent-ils condamnés à rester dans les conditions actuelles, les hommes qui s'occupent d'opérations de banque retireraient encore un avantage de l'étude des procédés étrangers : ils s'y confirmeraient dans les vrais principes de leur art, et seraient plus capables d'inventer ou du moins d'améliorer.