LIVRE IV, CHAPITRE VIII
aussi abondants qu'en France... La perfection et les ramifications étendues de notre système de banques, une stricte économie dans l'emploi des capitaux, qui est le résultat de la concurrence, sont telles qu'on tient en tout temps le moins qu'on peut de capitaux inemployés... Ce n'est pas seulement dans chaque ville et dans chaque marché, mais presque dans chaque village du Royaume-Uni qu'il existe des banques ou des succursales qui reçoivent au jour le jour en dépôt chaque livre qui s'épargne par les hommes de toutes les classes, depuis le riche propriétaire jusqu'à l'humble marchand au détail. Ces dépôts* accumulés ne profitent aux banques qu'autant qu'elles les emploient, dans les contrées commerçantes et industrieuses, par des avances au commerce et à l'industrie, et de même, dans les cantons ruraux, par l'intermédiaire des courtiers de Londres. En France, au contraire, il y a peu de banques, et elles sont généralement concentrées dans les villes commerçantes et manufacturières. La grande musse des fonds nécessaires aux opérations du commerce et de l'agriculture, au lieu d'être déposée dans les banques où on peut les réclamer à volonté, est entassée en espèces dans des caisses et des armoires ; les épargnes annuelles, qui, chez un peuple si soigneux et si économe, doivent s'élever à de fortes sommes, sont ou accumulées dans les maisons, ou, pour plus de sûreté, placées chez un notaire où elles demeurent jusqu'à ce qu'il se présente une occasion de placement. Des millions de livres sterling qui, en Angleterre, seraient utilement employés, grâce à notre système de banques, à alimenter l'industrie et à étendre le commerce, restent oisifs en France et attendent un emploi sous la forme de pièces de Ô fr. Il est évident que plus le capital est économisé comme en Angleterre, plus le revenu doit être grand.... tandis qu'il n'est guère de pays où proportionnellement au capital existant, le revenu soit moindre qu*en France * ! » De là vient, concluait-il avec raison, que l'emprunt est plus facile à couvrir en France qu'en Jhgleterre.
Bien que l'écrivain que nous venons de citer ait un peu
' Ecofumisî du 13 octobre 1865.
exagéré la bonté du syctème anglais, ses observations sont très-justes dans leur ensemble. Il est certain que Fabsence dt banques bien conduites et assez nombreuses ayant rendu les placements locaux difficiles a été une des causes de ce grand et déplorable mouvement qui, de 185*2 à 1856, a précipité vers la bourse de Paris les capitaux qui, jusque-là, étaient restés ou enfouis, ou déposés chez les notaires. Ce mouvement, qui a produit sur la place de Paris tant de fortunes rapides et tant de symptômes de richesse croissante, a eu pour résultat immédiat de rendre plus difficiles les prêts hypothécaires et en général les placements locaux, les plus productifs pour le pays.
Dans la Nouvelle-Angleterre, les banques, à cause de leur isolement, ont moins de puissance de propagation qu'en Ecosse, mais elles en ont moins besoin. Aux États-Unis, c'est la population commerciale qui a donné le ton, formé les habitudes, dirigé Tactivité collective du peuple. Les mœurs commerciales existent partout et elles impriment à la société américaine cette activité que les étrangers admirent sans la bien comprendre, et dont l'établissement des banques est le résultat plutôt que la cause.
En Ecosse, l'instrument est plus fort et lart plus grand qu'en Amérique;^ dans l'un et l'autre pays. Tétat du crédit et de la banque est infiniment plus avancé qu'en France. Il ne faudrait pas se hâter d'en conclure qu'il suffit de transporter chez nous les institutions écossaises ou américaines pour obtenir les mômes résultats. Chacun sait combien Tacclimatement de la moindre industrie sur un terrain nouveau est lent, difficile, dispendieux, et quels frais il a fallu faire pour introduire chez nous, par exemple, la fonderie d'acier et le laminage du fer. L'industrie du banquier qui opère sur les hommes, et dont l'intelligence est le principal agent, est bien autrement délicate et difficile à transplanter d'un pays à l'autre.
D'ailleurs un banquier, quelque hakile qu'il soit, dépend toujours des habitudes de la population qui l'entoure; la valeur de son portefeuille est toujours subordonnée à celle des opérations qui ont donné lieu à la création des efiets qui sV
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