‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 232 sur 343 · UVRE IV, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

UVRE IV, CHAPITRE XI

quelque chose qui confond la raison dans le spectacle d'une société placée sous le coup d'une crise commercide profonde. Quoi ! cette société possède les mêmes instruments de travail^ les mêmes entrepreneurs, les mêmes ouvriers, en un mot, la même puissance productive que la veille, et cependant le tratravaîl s^arrête, les débouchés se ferment, les transactions cessent, et une vague inquiétude agite toutes les âmes I Tous ceux qui ont des engagements à remplir, et particulièrement les entrepreneurs dlndustrie, se trouvent ruinés par la baisse de prix de toutes les marchandises. Et d'où vient cette baisse? Uniquement de la retraite de quelques capitaux sous forme de monnaie, car d'ailleurs les besoins et les goûts sont restés les mêmes. D semble impossible qu'une telle situation ne présente pas un problème à résoudre.

n ne faut donc pas s'étonner qu'un grand nombre d'esprits se soient obstinés à travailler sur l'échange, à réfléchir, à expérimenter; afin d'y découvrir nn procédé nouveau pour économiser l'usage de la monnaie et améliorer le contrat de crédit.

M. Bonnard avait imaginé une simplification des moyens employés par les banques d'échange : l'introduction du bon particulier d'échange négociable sans garantie de la banque. Un exemple en fera comprendre l'emploi et l'usage :

Un bottier a besoin de cuir ; il est bon ouvrier, laborieux, solvable même, mais son petit capital est tout entier engagé en chaussures fabriquées qui garnissent son magasin. Il pourrait bien acheter des cuirs à crédit chez un marchand ordinaire, mais celui-ci peut-être les lui vendrait plus cher, en raison du risque : d'ailleurs, pour obtenir ces cuirs à crédit, il faudrait contracter une dette exigible en espècss, ce qui constitue pour le bottier l'engagement implicite d'avoir vendu a lechéance assez de chaussures pour payer son billet et d'avoir pu en réserver le prix. En souscrivant ce billet, il contracte, ainsi que nous Tavons fait observer, quelque chose de plus qu'un engagement de crédit, un véritable marché à livrer àxM chacun connaît les conséquences.

Au lieu de procéder ainsi, le bottier s'adresse à la banque d'échange et lui demande les cuirs dont il a besoin. Suppo- .

Digitiz

420 TRAITÉ DfiS OPÉRATIONS DE BANQUE.

soDS un moment qu'elle les ait en magasin et qu'ils conviennent quant à'ia qualité et quant aux prix : le marché se conclut, soit pour une somme de 1,000 fr. La banque demande au bottier pour 1,000 fr. de bons payables en produits de soa commerce et de son industrie.

Ces bons au porteur, à vue ou à terme convenu, sont signés par le bottier, qui emporte son cuir. La banque, à laquelle le bottier a payé une commission, met ces bons dans son porte' feuille. Eue procède successivement de la même manière avec des producteurs de toute profession, de manière à garnir son portefeuille de bons qui représentent des marchandises de toute espèce.

Lorsque tous les besoins viennent tour à tour se manifester à la banque, il arrive nécessairement qu'on lui demande des marchandises de son portefeuille, si Ton peut s^exprimer ainsi, et, sans aucun doute, des chaussures. Elle o&e un bon du bottier auquel elle a fourni des cuirs, soit un bon de 10 fr. : c'est à celui qui traite avec elle de voir s'il lui convient de prendre de la chaussure chez le signataire du bon : il est libre de tout engagement. Accepte-t-il : la banque lui transmet le bon, sans lui en garantir le payement : il le reçoit comme marchandise et donne en échange ses propres bons.

Que devient maintenant ce bon de 10 fr? Il ne produit aucun intérêt au porteur et ne lui est point garanti par la banque. Il est donc très-probable que le porteur, qui ne peut guère négocier ce titre, ne l'accepte que parce qu'il en a besoin, et qu'au lieu de le considérer comme monnaie, il se hâtera de le réaliser. Il va chez le bottier et fait son emplette librement, choisit sa marchandise, en vérifie la qualité, en débat le prix comme à l'ordinaire, puis au moment de payer il remet le bon, qui éteint, jusqu'à concurrence de 10 fr., la dette qu'il vient de contracter.

Dans cette suite de transactions, tout le monde a contracté librement, dans les conditions ordinaires du marché, en se Servant de la monnaie courante comme commune mesure des évaluations. Le crédit et les signes fiduciaires à la création desquels il donne lieu ne se sont pas multipliés, car les bons d'échange souscrits pui- le bottier remplacent exactement le

Page 1