LIVRE IV, CHAPITRE XI
billet qu'il aurait souscrit à son marchand de cuirs. Mais il est bien plus avantageux pour lui de souscrire un engagement à la banque qu'au marchand de cuirs. £n souscrivant les bons d'échange, il n*a pris qu'un engagement simple; le marché à livrer, qui résulte nécessairement de tout contrat de crédit, est bien moins onéreux pour lui, puisqu'il doit payer en celle de toutes les marchandises qu'il peut fournir le plus fadlement et sur laquelle il réalise un bénéfice. C'est du débiteur de la banque d'échange qu'on peut dire à juste titre : Qui paye ses dettes s' enrichiL Le bottier dont nous avons parlé ne s'est point obligea avoir vendu et réalisé mille francs de marchandises au jour de l'échéance; au lieu d'avoir besoin de vendre d'abord et de payer ensuite, il vend et paye par une seule opération; il ne peut devenir insolvable qu'autunt qu'il cesserait de travailler ou qu'il dissiperait follement ou ^uduleusement les produits de son travail, et ses ventes ne sont jamais forcées par la nécessité défaire face aux échéances. Plus il a d'échéances, au contraire, plus il est assuré d'avoir des débouchés et, par suite, un travail rétribué au cours; puisque la banque est intéressée à négocier promptement ses bons et que les porteurs ont intérêt aies consommer promptement.
Pas n'est besoin de dire que la banque a trois moyens de se procurer les marchandises qui lui sont demandées : 1** par Tachât direct au comptant, et dans ce cas elle jouit de la remise ordinaire du commissionnaire ; 2* en recevant des marchandises en consignation ou en nantissemant avec mandat pour vendre ; 3* par les bons d'échange de son portefeuille. Dans tous les cas et sans rien innover aux usages du commerce, elle perçoit un droit de commission. Avec un capital médiocre, mis en œuvre par un homme habile et actif, il lui est facile de réaliser des bénéfices considérables.
Mais pour réussir dans la banque d'échange, il faut surmonter des difficultés pratiques très-grandes et qui ont une grande analogie avec celles que l'on rencontre dans les ban- «pies proprement dites. Il est vrai que tout bon sorti du portefeuille de la banque d échange est éteint pour elle et ne laisse apros lui aucun engagement éventuel ; mais elle court
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le risque direct de voir les souscripteurs des bons de son portefeuille devenir insolvables : elle court en outre et surtout le risque de se laisser encombrer de marchandises d'une réalisation difficile. Il y faut^ e]&ctement comme dans les aulnes banques^ avoir soin de tenir son capital disponible et actifs c'est-à-dire sous la forme de marchandises demandées et d'un débit facile^ soit par leur nature mêm^^ soit à cause de la qualité et de la façon. Le directeur d'une banque d'échange doit donc prévoir les besoins du public pour chaque espèce de marchandises^ et y pourvoir de manière à se tenir toujours au milieu du grand courant des échanges.
Or^ cet art n'est pas facile : pour le pratiquer avec succès^ il faut une grande connaissance des besoins et des habitudes de la place sur laquelle on opère : il faut savoir accepter beaucoup d'affaires et en refuser un plus grand nombre; car^ on doit le remarquer, le directeur d'une banque d'échange dispense jusqu'à un certain point ceux avec lesquels il fait affaire de la recherche des débouchés ; il se charge à ses risques et périls de leur en procurer, et dans la nouvelle division du travail qu'il vient introduire, il prend à sa charge une grande partie des soucis de la prévoyance. S'il s'encombre de marchandises d'un écoulement difficile, son capital se trouve immobilisé ou trop longtemps engagé et improductif : il éprouve le même embarras s'il acquiert en quantité trop grande des marchandises même dont le débit n'éprouverait d'ailleurs aucune difficulté.
On comprend sans peine, lorsqu'on réfléchit à toutes ces dificultés, comment la banque d'échange de M. Bonnard, très-séduisante comme conception théorique, n'a pas pu être essayée sérieusement. Son auteur lui-même a reculé ou échoué devant les difficultés que lui opposait la pratique.
Les banques imaginées par MM. Mazel, Gray, Proudhon et Coignet sont fondées sur la supposition que tout produit trouve un débouché au prix de revient, ce qui est une illusion. Celle de M. Bonnard est fondée sur la supposition que le banquier joindra à'ses fonctions ordinaires celle de commissioqnaire placier, qu'il saura toujours trouver les déboaohés. Il n'y a pas là d'illusion théorique, mais une difficulté
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