‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 239 sur 343 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

commerciales qu'après que la perte de leurs capitaux avait rendu leur capacité, chèrement acquise^ inutile à eux-mêmes et à la société !

D'ailleurs le banquier est toujours obligé d'employer le travail d'autrui, d'avoir des collaborateurs sous ses ordres. II lui importe infiniment de connaître les derniers détails de lorganisation d'un bureau, les mobiles qui impriment le mouvement à une réunion de commis^les causes qui donnent du zèle et de l'activité ou qui encouragent la paresse et Tînfiouciance. Savoir diriger le travail de plusieurs hommes est toujours un art difficile, important; et, quoi qu'on en ait dit pour d'autres professions, il est utile, en banque, d'avoir obéi pour savoir commander.

Non pas que les qualités qui distinguent le banquier ou que la capacité commerciale s'acquièrent dans les bureaux, ni qu'une longue pratique des détails soit nécessaire à celui qui est destiné à diriger une maison : une longue pratique en toutes choses impose des habitudes et bientôt une routine, hors de laquelle l'homme, ossifié en quelque sorte, ne sait plus se mouvoir. S'il était possible de déterminer en quelques mots la durée de l'apprentissage nécessaire à qui veut Être banquier, on dirait que cet apprentissage doit durer assez pour que le sujet apprenne tous les détails du métier, et assez peu pour qu'il ne prenne pas trop l'habitude de les pratiquer dans une position subalterne, de deux à cinq ans environ.

Il est quelquefois pénible de fonder une maison de banque; il est plus souvent dangereux de prendre une suite d'afiaires. Ni les chiffres énoncés aux livres, ni les prélèvements ou dividendes perçus, ni les inventaires, ne peuvent donner une idée exacte de la situation d'une maison de banque. Dans les autres branches de commerce, il suffit de jeter les yeux sur le livrede magasin pour pouvoir apprécier à peu près la valeur des marchandises : les résultats obtenus les années précédentes sont positifs; quant aux créances et aux dettes, elles ^ût le plus souvent en petit nombre, et il est facile de les distraire, de les; laisser au compte du cédant. Mais en banque, les dettes et les créances sont la matière même du com-

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merce : le portefeuille est un vrai magasin dans lequel chaque effet a sa valeur exprimée. Est-ce bien sa valeur réelle? Qui le sait? Quelquefois le banquier Fignore lui-même : il ne sait pas que tel habitué, dont le compte présente les plus belles apparences, ne vit que par le crédit.

Le banquier sait bien, il est vrai, que tel compte se maintient uniquement par des renouvellements, depuis plusieurs années peut-être : mais celui qui se présente pour acquérir ignore cette circonstance, et souvent il ne peut l'apprendre que du hasard. A moins qu'il ne soit depuis longtemps dans la maison à laquelle il veut succéder; à moins qu'il n'en sache les habitudes, la clientèle et les secrets les plus cachés, il ne peut acquérir une suite d'affaires en connaissance de cause et sans s'exposer aux risques les plus graves.

En effet, il est bien rare qu'après un long exercice, une maison de banque n'ait pas quelques rwurrisons, comme disent les Anglais, c'est-à-dire des comptes qu'elle n'a pas osé fermer de peur d'occasionner la faillite du client et d'être obligée de passer par profits et pertes quelque somme importante. Plus rarement encore une maison de banque ancienne est exempte d'engagements à long terme et difficiles à réaliser, tels que prêts sur immeubles, crédits ouverts légèrement sur garanties hypothécaires, etc. Un homme expérimenté tiendrait compte de tout cela en acquérant une suite d'affaires; mais les hommes expérimentés ne font une telle acquisition que lorsqu'ils ont une connaissaince intime de la maison à laquelle ils se proposent de succéder et de la localité dans laquelle ils s'établissent.

Car c'est peu de chose de posséder même à fond la théorie de la banque et d'avoir du métier une expérience suffisante, si Ton ne connaît pas les mœurs, les habitudes, les routines, les préjugés du commerce avec lequel on va faire des affaires. Cette connaissance locale est indispensable, mais un homme intelligent l'acquiert facilement et vite.

§ 2. — Habitudes et maximes.

j'emprunte à récrivain déjà cité dans ce chapitre la plupart des préccptiî:^ techniques de l'art du banquier. On trou-

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