LIVRE V, CHAPITRE I
ligentes du métier, il ne faut pas lui donner trop d'instructions sur les détails minutieux : il importe qu'il s'accoutume à penser par lui-même. Le talent d'un homme ne se développe jamais si on ne le laisse pas, jusqu'à un certain point, aller seul. Si à chaque difficulté il recourt à son chef et prend des instructions pour les exécuter à la lettre, il n'acquerra jamais cette décision et cette fermeté qui sont indispensables dans les emplois supérieurs. Les jeunes gens qui ont peu de volonté demandent un soin particulier : on fera bien bien de leur confier quelques détails inférieurs, sans instructions positives, et lorsqu'on examinera leur travail, de les louer, s'ils ont bien fait, de les instruire et non de les gronder^ s'ils ont mal fait. La crainte du blâme et de la responsabilité déprime toutes les facultés mentales, et Tintelligence ne peut se dé* velopper complètement qu'avec l'indépendance du caractère. Il faut encourager cette indépendance dans les fonctions supérieures. Un banquier qui donne des instructions minutieuses sur tout, qui gronde lorsqu'on fait mal et ne loue jamais lorsqu'on fait bien, peut être lui-même un habile homme, mais il n'aura jamais des employés forts, et sera réduit à épuiser ses forces sur des objets d'une importance très-secondaire. »
Je cite en entier ce passage, bien que plusieurs des préceptes qui y sont contenus se rapportent à des habitudes autres que lesliôtres et même à un état social différent. Il y a dans les maximes de ce genre la part de l'application directe et la part de la comparaison. L'une peut être aussi profitable que l'autre.
On comprend du reste à merveille en lisant ces préceptes minutieux, fondés sur une observation exaôte et délicate, ces études judicieuses sur l'éducation pratique et le gouvernement des hommes, pourquoi certaines entreprises, certaines opérations très-ordinaires chez, nos- voisins, sont inconnues chez nous : pourquoi par exemple leurs banques, leurs banquiers, multiplient leurs agences et succursales, tandis qu'en France chaque maison est isolée et ne songe guère à s'étendre par cette vçie.
L'importance accordée à l'instruction, le désir de la voir se répandre dans les masses, sont aussi remarquables de
Digiti
la part d'un praticien éclairé. Ce sentiment devrait être général dans la banque du commerce^ car personne n'a plus d'intérêt qu'elle à voir se développer au sein des populations toutes les puissances productives qui y sont en germe et que rignorance tient enfouies. Le développement normal des affaires est une conséquence nécessaire de la diffusion des connaissances pratiques^ et aucune classe de la société ne profiterait plus que les banquiers de cette diffusion. — Quant au reste des instructions que nous venons de citer^ elles peuvent être l'objet d'utiles méditations, non-seulement pour ce qu'elles expriment, mais aussi et plus encore pour les réflexions qu'elles suggèrent et dont la seule indication nous mènerait trop loin.