LIVRE VI, CHAPITRE II
francs. Dans la comparaison que fait notre esprit, il y a un terme fixe, la pièce d'or. Soit que le rapport de valeur qui existe entre la pièce d'or et la pièce d'argent varie par renchérissement ou la dépréciation de l'une ou de l'autre, nous disons que la pièce d'or vaut tel ou tel nombre de francs, plus ou moins : la pièce d'or reste comme un terme fixe de comparaison. Dans le langage du change, ce terme fixe s'appelle le certain; le terme variable de comparaison se nomme V incertain. On comprend «ssezque l'un n'est en réalité ni plus certaiû, ni plus incertain que l'autre, et que ces mots se rapportent au rôle de l'une ou de l'autre monnaie dans la comparaison. Ainsi, lorsqu'on dit qu'une livre sterling vaut 25 fr. 22 c, plus ou moins, la livre sterling est le terme fixe, le point de comparaison, ou, pour tout dire en un mot, le cer*tain. Si elle venait à se déprécier, comme à l'époque du papier-monnaie, à subir des variations de 15, 20, 25 p. 100, on dirait que le change est à 22, à 20, à 18 fr. ; mais la livre sterling n'en serait pas moins le certain, le terme invariable de comparaison; le franc, qui n'aurait éprouvé aucune variation, n'en serait pas moins l'incertain ,
On dit qu'une place donne le certain à une autre, lorsque c est la monnaie de la première qui sert de terme de comparaison entre les deux places. Londres donne donc le certain à Paris, et réciproquement Paris lui donne l'incertain. Autrefois ces rapports, fixés par d'anciens usages, étaient tels qu'en général les monnaies les plus vieilles, les plus anciennement connues, donnaient le certain aux plus modernes. Aujourd'hui on prend presque toujours pour terme fixe, pour certain, celle des deux monnaies dont la valeur est la plus élevée, parce qu'il est plus facile, parce moyen, de constater et de suivre les plus petites variations du change.
Sur les cotes de change des diverses places, on n'inscrit souvent que Vincertain; on suppose que tous les intéressés connaissent et ont fixé dans leur mémoire le certain. Ainsi on dira que le change de Paris à Londres est de 25 fr. 26 c. ce qui signifie simplement qu'une livre sterling vaut à Paris '25fr.26.
11 y a des changes directs et des changes indirects. Le
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change direct est celui qui est inscrit sur la cote. Le cliaDge indirect est celui qui résulte d'une place à une autre par une troisième. On peut changer des francs en livres sterling directement à Paris et à Londres; on peut changerindirectement, soit par Hambourg, en changeant des francs en marcs et des marcs en livres sterling, ou réciproquement. Ainsi, lorsque les cotes de change établissent que la livre sterling changée directement à Paris vaut 25 fr. 05, qu'elle vaut à Hambourg 20 marcs 75 pfenige, et que 100 marcs, valent 125 fr., on trouve, en réduisant la livre sterling en marcs et ceux-ci en francs, que par change indirect de Hambourg la livre sterling vaut 25 fr. 93 c. •
Du change indirect résulte le pair dit politique ou proportionnel, qui, dans l'exemple cité plus haut, serait un cours tel que le change de la livre sterling par Hambourg donnât le même résultat que le change direct.
On voit que cette espèce de pair est aussi variable que le pair intrinsèque, fondé sur le rapport des quantités de fin contenues dans les diverses monnaies, est fixe et invariable. Dans la pratique, du reste, le pair intrinsèque n'est utile à connaître que lorsqu'on fait des opérations de change pour vendre ou acheter des monnaies comme matières d'or et d'argent. Quant au pair proportionnel, ainsi défini*, ce n'est quun degré sur l'échelle des innombrables variations des changes indirects sur lesquels on calcule et l'on opère tous les jours.
D n'est pas besoin de rappeler qu'on appelle traite une lettre de change tirée ; remise^ une lettre de change négociée; acceptation, une lettre de change acceptée; qu'une lettre^ de change représente la monnaie dans laquelle elle est exprimée ; que tirer (lorsqu'il n'existe antérieurement ni dette ni créance) équivaut à vendre, et que remettre équivaut à acheter. Tout ceci a été dit dans le cours de cet ouvrage ou résulte inunédiatement de ce qui y a été dit. Il est évident, en effet, que celui qui fait sur Londres une traite de 100 livres sterling et qui la négocie sur quelque place que ce soit, vend 100 livres
* Quelques auteurs et un grand nombre de praticiens confondent le pair proportionnel avec le change indirect lui-même. Ce n'est qu'une affaire de nomenclature trop peu importante pour qu'il Foit utile d'insister sur oes^j^*
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