LIVRE VI, CHAPITRE III
ville, avec tel ou tel correspondant : elle ne peut pas indiquer quelle est la profondeur du cours, si Ton peut s'exprimer ainsi, c'est-à-dire combien il pourrait supporter d'achats ou de Tentes sans variations sensibles et quelles sont ses chances de durée.
Ainsi, pour opérer une spéculation en connaissance de cause, il faut savoir, par exemple, si un achat important de livres sterling à Vienne n'élèverait pas le cours sur cette place, et si une vente importante à Milan n'y ferait pas baisser la valeur de la livre, etc. Or, ce sont toutes ces considérations très-complexes, et 6ur lesquelles on ne peut être fixé qu'à la suite d'une longue expérience et par des relations sûres, qui doivent décider à faire ou à ne pas faire Topération.
Quant aux opérations combinées et multipliées auxquelles peuvent donner lieu les spéculations sur les changes, elles sortent complètement de notre sujet. C'est une matière sur laquelle il n'y a point de théorie certaine, pas plus que sur les opérations particulières de tel ou tel commerce déterminé. Quels que soient les ordres de banque, composés ou simples, fondés ou non sur une circulation de papier, il faut, en dernière analyse, conclure par un achat ou par une vente de monnaie, ou plusexactement par le change d'une monnaie pour une autre, et, en ce qui touche l'arithmétique, on ne sort pas de la règle conjointe.
Ces commissions et les calculs auxquels elles donnent lieu ont même perdu depuis quelque temps une grande partie de leur ancienne ifnportance. Les spéculations sur les changes deviennent rares, et lorsqu'un banquier en fait une, c'est ordinairement de compte à demi avec un de ses correspond dants. La plupart des opérations de change roulent sur les payements et recouvrements du commerce de marchandises.
Les arbitrages entre les monnaies et les matières d'or, qui tenaient autrefois une grande place dans les affaires des banquiers cambistes, ne sont plus qu'une opération exceptionnelle depuis la découverte des mines de la Californie et dé TAustralie. Toutefois, les matières d'argent ont fait l'objet d'un commerce plus actif; on a changé contre de l'or des
pièces de 5 fr. pour les convertir en roupies dans un grand pays, et les lois qui démonétiseraient l'argent pourraient faire naître des opérations importantes.
Les monnaies qui servaient le plus habituellement au commerce des matières d'or et d'argent, étaient les onces d'or ou quadruples et les piastres d'Espagne. Aujourd'hui la poudre d'or fait concurrence aux quadruples, et les pièces de 5 fr. viennent presque partout remplacer les piastres.
Dans les arbitrages de monnaies et de matières d'or et d'aigent, on calcule exactement la valeur intrinsèque des pre^mières, et on les compare- aux métaux précieux; on juge, on arbitre s'il est avantageux de changer les unes contre les autres. La règle conjointe, au lieu de porter sur les monnaies et sur les chiffres des cours, portera sur le change de divers poids et mesures et sur l'élévation du fin contenu dans les monnaies.
On trouvera peut-être que l'arithmétique de banque, ainsi réduite à quelques opérations qui se reproduisent sans cesse, soit dans les comptes d'intérêt, soit dans les comptes courants, soit dans les arbitrages, est une arithmétique fort simple. En effet, en théorie, la connaissance approfondie des proportions et des applications immédiates qui s'en déduisent est suffisante pour bien comprendre toutes les opérations usitées en banque. Mais comprendre est une chose, et pratiquer en est une autre. On peut bien connaître la théorie et faire exactement toutes les opérations; c'est peu si l'on ne les fait vite, dans la forme qu'elles doivent avoir sur les livres, de manière à rendre le résultat saillant. C'est peu même de calculer exac tement et vite, la plume à la main et dans l'isolement; il faut encore savoir calculer de tête, sans livre ni plume, dans son bureau et à la promenade, dans la rue môme et en entretenant une conversation, de manière à pouvoir embrasser d'un coup d'œil une offre de négociation, en apprécier tous les détails et y répondre en quelques instants. Une longue expérience et une aptitude mnémonique spéciale peuvent seules enseigner les secrets de l'arithmétique mentale. Ce serait folie de prétendre l'enseigner dans un livre.
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