IJVRE II, CHAPITRE IV
(les deux monnaies constituait Tagio de banque qui, joint à un droit de commission très-léger, servait à payer les frais d'administration. Il y avait en réalité trois espèces d'opérations dans ces banques : 1° Change de monnaies ; 2** Acceptation de dépôt ; 3^ Virements de compte.
Bientôt on s'aperçut ^ue le fonds des dépôts variait peu, et qu'il serait avantageux de lui faire produire un intérêt ou du moins de le faire travailler. Ainsi la banque de Venise avait prêté le sien au gouvernement : celle d'Amsterdam, après avoir inviolablement conservé les dépôts pendant longtemps, consentit des avances considérables à des états provinciaux : œlle de Hambourg faisait diverses opérations de caisse pour la \\\le et notamment des achats de grains. Les banques de virement devinrent des caisses publiques établies par les négociants, qui ne croyaient pas payer trop cher|par la perte de l'intérêt des fonds déposés les avantages que leur procuraient les virements. L'engagement et même la quasi-aliénation du fonds de dépôt ne les inquiétaient guère, parce que chacun restait maître de son crédit en banque et était libre d'en retirer le capital, s'il en avait besoin.
Les crédits en banque étaient bien connus de l'antiquité. Un plaidoyer d'Isocrate contre le banquier Pasion ajustement pour objet un crédit de ce genre. Les plaidoyers de Démosthène, dans les procès auxquels donna lieu la succession de ce même Pasion, nous montrent de même l'existence d'une banque importante sans capital propre. Pasion, en mourant, laisse un testament par lequel il lègue sa femme à son commis principal, Phormion, institué parle même acte tuteur de son second fils et reconnu fermier de la banque pour huit ans au prix annuel de 100 mines. Le fils aîné, ApoUodore, accepte d abord un partage fondé sur ce testament, puis il réclame, attaque le testament, et l'on se rend en justice. « Voici, dit Démosthène, plaidant pour le fermier, voici le contrat par lequel Pasion a loué à mon client, alors employé près de lui, sa banque et sa fabrique de boucliers : vous y verrez comment Pasion devait les onze talents à la banque. Il n'avait point emprunté cette somme par besoin, mais pour la faire travailler. Son avoir en teires s'élevait à vingt talents envi-
ron, et il avait, en créances sur divers, plus de cinquante talents. De cette dernière somme, onze talents avaient été pris sur les dépôts et prêtés à intérêt. Lorsque mon client prit la suite d'aiFaires de la banque et la responsabilité des dépôts, il considéra que, n'étant pas encore citoyen, il ne pourrait exiger en justice les sommes prêtées par Pasion sur des terres et des maisons, et il aima mieux Tavoir pour débiteur que d'avoir affaire aux débiteurs mêmes. C'est ainsi que Pasion est débité de onze talents par le contrat de location, comme les témoignages l'établissent. »
ce ApoUodore n'a point fourni (à ceux qui ont loué après Phormion) de capital propre : ils ont loué seulement les dépôts et la faculté, de les faire valoir. Les témoignages vous prouvent que les fils de Pasion ont loué la banque sans fournir un capital propre. »
On peut remarquer que le virement, qui consiste en un échange de créances et de dettes, est la forme primordiale et rudimentaire de la lettre de change.
Reprenons l'exemple cité plus haut. Irénée doit payer mille drachmes dans le Pont, où il va faire le commerce. Cléon, créancier de pareille somme dans ce pays, délègue sa créance à Irénée, au lieu de lui déléguer celle qu'il a sur Socles. Il écrit à Sosigène, son débiteur du Pont, de payer les mille drachmes à Irénée, et l'ordre est exécuté. La créance d'Irénée sur Cléon et celle de Cléon sur Sosigène sont éteintes, sans qu'il ait été fait aucun transport de fonds d'un pays à l'autre et par un seul payement effectif, celui qui a eu lieu dans le Pont.
Les anciens ont connu la lettre de change telle qu'elle est décrite plus haut. Elle diffère du virement en ce que les deux commerçants, Irénée et Cléon, au lieu d'éteindre la créance de mille drachmes par une délégation sur un débiteur commun et voisin. Tout éteinte par la délégation sur un débiteur éloigné, et avec lequel l'un d'eux seulement était en relation d affaires.
Les virements sont, encore aujourd'hui, une opération très-importante, mais dans d'autres conditions et dans d'autres formes que celles d'autrefois. On a des fonds déposés chez le banquier, et lorsqu'on a besoin de faire un paiement,
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