‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 5 sur 343 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

dire assez que riitilité économique, produit d'une opération eomplexe de 1 ame, n'est point susceptible de mesure dans le sens mathématique du mot. Les utilités n'ont en aucune façon le caractère simple, général et permanent des quantités géométriques. Lorsque l'on exprime par 2 et par 4 le rapport de longueur de deux lignes, ce rapport du simple au double présente aux hommes de tous les temps, de tous les âges et de tous les pays, une idée claire, identique, invariable, qui, domine l'esprit par l'invincible autorité de l'évidence. Lors, au contraire, que je veux estimer et comparer entre elles l'utilité d'un hectolitre de blé et l'utilité d'un habit, il faut que je cherche en moi-même jusqu'à quel point l'un et l'autre peuvent servir à la satisfaction de mes désirs, et que je choisisse entre mes désirs ceux auxquels il me convient de donner la préférence. On comprend que, dans une appréciation de ce genre, les mêmes objets matériels peuvent être très-différemment estimés et comparés, suivant les temps, les lieux, les hommes et les circonstances.

On ne peut même comparer exactement, c'est-à-dire mesurer en nombres, des utilités de môme nature. Ainsi il n'est pas toujours vrai que 10 ou 100 hectolitres de blé aient 10 et 100 fois l'utilité d'un hectolitre de blé. L'utilité se règle sur les désirs ou, comme on dit, sur le^ besoins^ autant que sur les quantités produites, et elle se détermine par un rapport dont les termes ne peuvent être rigoureusement exprimés en nombres.

Cependant la somme des utilités dont disposent, soit un particulier, soit une société, est susceptible d'augmentation ou de diminution. Il est incontestable, par exemple, que les hommes des sociétés modernes ont à leur disposition une somme d'utilités, ou, ce qui est la même chose, de richesses, plus grande que les hommes des sociétés antiques : en effet, ils peuvent satisfaire un plus grand nombre de désirs. Au point de vue purement économique*, ils sont donc incontes-

* Je dis au point de vue économique, parce qu*eii morale, on peut observer un phénomène diflerent : le désir de l'homme s'étend en raison des moyens qu'il a de se satisfaire, et les dépasse toujours infiniment. 11 semble que le rapport qui existe entre les désirs de l'homme et les moyens qu'il a de les satisfaire soit presque invariable : c'est oe qui fait à la fois notre misèreet notre f?randcur.

tablement plus riches. On comprend même a la rigueur qu'en théorie, sinon en pratique, cette augmentation de la somme des utilités possédées par les modernes puisse être approximativement évaluée en nombres : il suffirait de prendre pour unité quelques-uns des désirs humains les plus constants, les plus égaux à eux-mêmes.

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