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LIVRE II, CHAPITRE VIII

II est évident que ce service, effectué et garanti par les banquiers, ne peut être gratuit. Il est payé au moyen d'une commission proportionnelle sur chaque mouvement de valeiirs, et ces commissions se trouvent supportées, en définitive, parla place au profit de laquelle la compensation a eu lieu.

Xous avons supposé qu'à Milan le cours du papier sur Paris compensait exactement celui du papier sur Lyon. Ce cas est fort rare : il y a presque toujours du plus ou du moins, «ye>t-à-dire matière à gain ou à perte, à spéculation, dans l'iin et l'autre cas.

Aussi s'est-il établi sur les changes un trafic pareil à celui 'ies marchandises, et qui consiste à acheter les effets de commerce qui sont dépréciés sur certaines places pour les reven- Jre sur d'autres places, où ils sont recherchés. Le banquier, nii se livre spécialement à ce genre d'opération, fait ce qu'on appelle des arbitrages^ en choisissant le papier qu'il veut acheter et celui qu'il veut vendre, et en échangeant l'un amtre l'autre. On peut à juste titre le considérer comme un ntrepreneur de transport de capitaux monnayés d'un lieu à Kîi autre, ou plutôt comme un comptable occupé par profession à niveler^ au prix le plus avantageux, par des compensations, les comptes que les diverses places de commerce entretiennent les unes avec les autres.

Un certain nombre de négociants, à Paris et à Londres, se livrent, pour les besoins de leurs payements et de leurs re- C;iivrements, à des opérations d'arbitrage, concurremment <-vec les banquiers dits cambistes, qui s'occupent spécialement 'iti ce genre d'affaires, de telle sorte qu'il y a un véritable iiiurché d'effets de commerce où l'on achète et vend chaque ur, à prix débattu, des lettres sur les diverses places 'il monde. Ces lettres se négocient par Tintermédiaire 'ùgents qui, à Londres, portent le nom de bill brokers, *^t qui à Paris n'en ont point, parce que la loi suppose très- ^atuitement que les négociations de cette espèce sont faites l'arle ministère des agents de change, qui ont pour ce courtage nn privilège dont ils n'usent .point. Il conviendrait d'appeler couriiers de change les personnes qui s'occupent spécialement iela négociation des effets de commerce sur l'étranger.

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On a observé que certaines villes de l'Europe, où il se faisait fort peu d'affaires commerciales, vendaient et achetaient des quantités considérables de lettres de change sur divers pays, et spéculaient volontiers sur les arbitrages. Ces villes, parmi lesquelles on citait autrefois Augsbourg, étaient en quelque sorte les banquières des autres, et avaient pris dans le monde commercial la spécialité des spéculations sur les changes.

Si les arbitrages de banque n'avaient lieu que sur les effets fournis par le commerce, les opérations* seraient quelquefois très-difficiles. Mais les banquiers qui s'y livrent sont dans l'usage de s'accorder réciproquement des crédits sur lesquels ils établissent à volonté des lettres de change en telle monnaie et sur tel pays qu'ils ont besoin. Lorsque, d'après le cours, une livre sterling qui vaut 25 fr. à Paris en vaut 26 à Madrid et 24 à Amsterdam, le banquier de Paris qui veut acheter à Amsterdam et vendre à Madrid doit avoir d'abord du papier sur Amsterdam, ou en créer par l'ouverture d'un crédit, et se faire remettre la contre-valeur en papier sur Londres, où il prend en échange du papier espagnol sur Madrid à un cours supposé tel que chaque livre sterling vendue en cette ville se trouve évaluée à 26 fr.

Il est clair que de telles opérations ne sont possibles qu'à la condition d'être pratiquées à l'instant oii elles sont conçues, sans aucun retard, ce qui, d'une part, rend les crédits de cambiste à cambiste indispensables, et de l'autre ne permet d'employer utilement à ce trafic que des lettres de change d'une valeur certaine, revêtues de signatures qui garantissent une entière exactitude dans les payements.

On fait aussi des arbitrages entre les monnaies, les matières d'or et d'argent, les fonds publics, actions, obligations, etc.

Les arbitrages sont considérés dans le monde commercial comme constituant, par excellence, le commerce de banque, dont ils sont en effet la plus haute expression. Leur théorie est fort simple; mais les affaires auxquelles ils donnent lieu sont établies sur des cours si mobiles, et se composent d'ailleurs d'éléments si compliqués, qu'on ne peut les pratiquer utilement qu avec beaucoup d'intelligence et une longue habi-

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