LIVRE II, CHAPITRE XVI
terme, même à des prix très-hauts Les cours s'élèvent et, dans la prévision d'une baisse, les petits spéculateurs vendent à découvert. Mais comme il n'y a pas de titres sur le marché,la baisse ne vient pas, et il leur faut racheter de leur vendeur des titres à des cours très-élevés, afin de liquider. — On peut citer de très-grandes fortunes acquises au moyen de ce tour très-simple.
Si plusieurs capitalistes de premier ordre opéraient en même temps en sens opposé, il s'établirait entre eux une lutte dans laquelle la victoire resterait à celui que le mouvement nature des affaires sérieuses, du marché au comptant, viendrait à favoriser. Mais ce serait un jeu plein de périls auquel les possesseurs de grands capitaux n'ont garde de se livrer. A quoi bon courir des risques, lorsqu'on peut opérer à coup sûr? En vérité, on ne peut assez admirer l'ardeur des spéculateurs vulgaires qui achètent et vendent dans l'obscurité la plus profonde, au hasard, sans connaître la portée de ce qu'ils font.
Les gens du monde et les joueurs novices se font généralement une idée fort inexacte de la manière dont sont conduites les spéculations de bourse et des circonstances qui déterminent les cours. On suppose que le prix des titres qui font la matière des spéculations, et celui de la rente en particulier, sont sous l'influence directe des événements et des nouvelles politiques. C'est une grave erreur : les nouvelles et les événements politiques n'exercent une influence sensible sur les cours qu'autant que ces événements ont assez d'importance pour affiecter le crédit, ce qui est assez rare. Mais le préjugé populaire a fait gagner bien souvent de fortes sommes aux capitalistes expérimentés, qui opéraient en sens inverse de la nouvelle ou de l'événement auquel le public attribuait une grande importance. Ainsi, par exemple, on prévoit un traité de paix : tous les petits spéculateurs opèrent à la hausse ou achètent, et il vient même du dehors des gens étrangers à la spéculation qui opèrent dans le môme sens. Le grand spéculateur laisse faire pendant quelques jours, puis il vend à petit bruit, de manière k ne pas interrompre le mouvement de hausse. Vient la liquidation : il livre, réalise le prix de
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ses titres, et force les petits spéculateurs à la hausse à vendre à bas prix pour se liquider ou à accepter des reports à des conditions onéreuses. Une baisse violente suit presque toujours la réalisation d'un événement qui doit exercer et qui exerce réellement sur le crédit une influence favorable.
Il n'y a qu'une seule cause de hausse ou de baisse des titres de bourse, c'est le rapport de l'offre et de la demande entre les capitaux et les titres, l'état du marché du crédit. Tout événement qui amène des capitaux sur le marché tend à la hausse, tout événement qui y amène des titres tend à la basse. Mais ce règlement du marché ne s' effectuée que peu à peu, lentement, sur un long espace de temps. Dans le cours d'une liquidation, hors les cas d'événements soudains et trèsimportants, les mouvements du marché sont à la discrétion des grands capitalistes.
Le petit spéculateur ne diffère guère du joueur de roulette. Ses émotions sont aussi rapides, car il n'a garde 4e se borner à une seule opération par liquidation. Il achète et vend presque chaque jour, souvent plusieurs fois dans la même journée, suivant ses prévisions plus ou moins fondées, annulant un achat par une vente et une vente par un achat, supputant ses bénéfices ou ses pertes au gré de la fluctuation perpétuelle du cours, objet unique et constant de ses pensées ou de ses rêves. Il n'est pas d'horizon plus borné que le sien : pour lui, il n'y a rien au delà de la liquidation, et, le plus souvent, rien au delà de la semaine courante, car, pour passer le dimanche à peu près tranquille, il se liquide, c'est-à-dire balance ses achats par ses ventes le samedi, quand il le peut. On s'étonne quelquefois de voir jnonter les cours, bien que tous les hommes de prévoyance moyenne voient dans un avenir prochain, à un mois, par exemple, des causes de baisse. Qu'importe au joueur? La question pour lui est de savoir si, du jour où il opère jusqu'à la liquidation, il n'y aura pas un jour de hausse, un seul. On s'étonne aussi quelquefois de voir des joueurs faire de grands profits sans intelligence commerciale ou autre, comme s'il était besoin d'intelligence pour gagner à un jeu de hasard.
Les petits joueurs s'attachent quelquefois à calculer lapor-
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