LIVRE H, CHAPITRK XVI
tée financière des événements, à supputer les résultats probables d'une nouvelle vraie ou fausse sur le cours des fonds. Us ont les yeux fixés sur les causes naturelles de hausse ou de baisse, et ce sont des causes artificielles qui régissent les cours dans les temps ordinaires. — « J'ai gagné ! mes calculs étaient justes; je suis un habile politique! » — Point. Vous avez opéré dans le même sens que MM. X, Y,Z, et vous n'en saviez rien. — Les révolutions seules déroutent quelquefois les combinaisons, que l'on pourrait appeler de force majeure, des grands capitalistes; encordes révolutions mêmes n'ont pas toujours ce résultat.
Si de semblables combinaisons se produisaient souvent, elles auraient bien vite découragé la spéculation par la ruine successive et prompte des petits spéculateurs dans les temps ordinaires. C'est ce qui est' arrivé à lu suite du discrédit causé par Tafiaissement de la Société du Crédit mobilier, dans un temps où l'on ne pouvait pas espérer de souscripteurs pour des émissions nouvelles. Mais la spéculation sur les rentes ou actions n'est qu'une distraction pour les détenteurs de grands capitaux : ils préfèrent opérer sur les émissions d'actions industrielles, chaque fois que l'offre de capitaux tend à augmenter d'une façon permanente.
§ 8. — Émission des actions industrielles.
Les actions industrielles anciennes, classées, dont le produit est connu, ne donnent guère lieu à des opérations à livrer, à moins que des causes spéciales et accidentelles, telles qu'un accroissement de concession, une fusion, etc., ne les signalent à l'attention des spéculateurs. Il en est autrement des actions en émission. Dès que celles-ci sont émises par un banquier accrédité, quelle que soit leiu* valeur intrinsèque, dles sont assurées d'une hausse, à moins que les capitaux ïûobiliers ne soient ou ne deviennent rares. Pourquoi? Uniquement parce que les spéculateurs de profession ont confiance dans le banquier qui émet les actions, et qu'ils ont Ihabitude de le suivre. Cette hausse est si bien prévue qu'elle a donné lieu à une mendicité d'un genre nouveau, qui s'est l'épandue au delà de ce que Ton pourrait imaginer.
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142 TRAITÉ DES OPÉRATIONS DE DANgUK.
Une compagnie est fondée au capital de 40, 50, 100 millions, divisés en actions de 500 fr. ou de 1,000 fr., par exemple, pour la confection et l'exploitation d'un chemin de fer. Aux termes de l'acte de société, les actionnaires doivent verser le montant de leurs actions en quatre ou cinq termes . successifs. Toutes ces actions sont prises immédiatement, au pair, par un ou plusieurs grands capitalistes qui versent le premier terme, soit un cinquième. Aussitôt ces capitalistes sont assaillis de demandes : des gens du monde, des femmes, des diplomates, des danseuses, des magistrats, des militaires, viennent solliciter bien humblement, qui 20, qui 30, qui 100, qui 500 actions au pair. Est-ce pour faire un placement sérieux? Ont-ils besoin de placer des fonds? Ont-ils même les fonds nécessaires pour acquérir la propriété intégrale des actions qu'ils sollicitent? Nullement, mais ils savent que ces actions se coteront en hausse à la bourse dès le premier jour, que les spéculateurs se les arracheront à 50, 100, 500 fr. de prime, selon l'état du marché ; qu'ils achèteront, par exemple, 150, 200, 600 fr. une action de 500 fr. sur lesquels 100 fr. seulement ont été versés, qui a coûté, par conséquent, 100 fr. au pair. On se propose de vendre, de réaliser la prime avant l'échéance du second terme, qui amène un nouveau versement d'un cinquième. Celui qui sollicite au pair 100 actions de 500 fr. sait fort bien q^ie, moyennant 10,000 fr., il obtient un titre qu'il peut vendre à Tinstant 15,000 ou 20,000 fr. C'est une aumône de 5,000, de 10,000 fi*. qull demande an capitaliste ou fondateur \ et lors([ue celui ci Taccorde, il doit avoir ses raisons.
En effet, il intéresse à son affaire et engage dans sa spéculation un grand nombre de personnes placées de manière à llii être utiles, soit auprès de l'opinion, soit auprès du gouvernement, ou dans les assemblées délibérantes. Le cercle des spéculateurs s'étend, et il est difficile que les capitaux disponibles ne soient pas entraînés dans le mouvement qui se pro-
< Cola est BÎ vrai. que, danfl les années 1853 et 1854, une maison expérimenta^ prit le parti de garder les titres et d'envoyer des bons de caisse pour Je montant «hî la dift'érencc aux personnes qu'elle jugeait hors d'état d'acquitter et de garder au besoin les actions.
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