‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 91 sur 343 · LIVRE II, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XVII

soient plus utiles à la société que ceux du bon banquier de commerce.

Lorsqu'on lui compare le banquier spéculateur, quel contraste ! Celui-ci n'est pas un entrepreneur de travail ; c'est un capitaliste attentif à toujours conserver la disponibilité de ses fonds et à en tirer avantage, chaque fois qu'il se produit un embarras dans le mouvement général des affaires. Le banquier spéculateur entre-t-il dans le conmierce des marchandises, il y tend au monopole. Le commerçant ordinaire étudie les chances des cours; le spéculateur cherche les moyens de les dominer ou plutôt de faire les cours lui-même. Au lieu de pousser les capitaux vers le travail, de les y appuyer, de les y maintenir, il les attire vers .le jeu et l'agiotage. Que lui importe le travail ? Ce sont les capitaux joueurs qui lui fournissent ses bénéiSces. Autant le banquier du commerce est intéressé à propager autour de lui le goût du travail, la tenue, Tordre, la prévoyance dans les affaires, Texactitude dans les engagements, autant l'autre est intéressé à répandre le goût du jeu, des gains rapides sans travail, aux dépens d'autrui, la témérité dans les spéculations, le mépris pour la valeur intrinsèque des affaires. Le premier exerce dans la société une sorte de magistrature, le second y excite sans cesse les plus détestables passions.

Et ceci est indépendant du caractère personnel des hommes : les nécessités de profession sont impérieuses; on ne leur échappe point. Dans l'une et l'autre banque, il est vrai, le but individuel immédiat est le môme, gagner de l'argent. Mais, pour en gagner beaucoup, le banquier spéculateur n'a pas besoin que ses clients travaillent fort et bien, qu'ils soient intelligents, actifs, honnêtes; il lui suffit de rencontrer des capitalistes disposés à jouer. S'ils sont ignorants, tant mieux ! s'ils manquent de courage au travail, tant mieux I s'ils sont fripons, intrigants, tant mieux I Ses bénéfices n'en seront que plus beaux et le jeu que mieux assuré. Ya-t il quelque part des capitaux honnêtement engagés dans la production rapportant lentement un intérêt médiocre : la spéculation les appelle à grand bruit, les enlève au travail, et les l>ousse dans le ferme, dans la prime, et ils y périssent.

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La banque de commerce et la banque de spéculation ont des intérêts diamétralement opposés, des allures toutes différentes *. Il importe de ne jamais les confondre, soit lorsqu'il s'agit d'affaires privées, soit lorsqu'il s'agit de discuter les questions qui se rapportent à l'organisation générale du crédit, ou de peser leurs prétentions opposées, et d'établir entre elles une préférence, une raison de décider. Dans la pratique, il importe surtout que le banquier du commerce soit bien prémuni contre les tentations de la spéculation, qu'il ne se laisse pas aller à des opérations contraires à ses habitudes, étrangères à ses connaissances spéciales et à l'assiette de sa maison. Il lui serait impossible de se livrer au jeu et de réussir dans ses affaires courantes, et il agirait peu honnêtement en employant dans la spéculation des capitaux qui ne lui appartiennent pas et qui lui ont été confiés pour un autre usage.

D'ailleurs, si la spéculation est un jeu, il est certain que les chances n'y sont pas égales. Celui qui tient le jeu court peu de risques; mais ceux qui y prennent part en courent de trèsgrands, surtout lorsqu'ils ne sont pas habitués au marché, lorsqu'ils résident dans les départements. Aussi, presque toutes les fois que les banquiers et les capitalistes des départements ont voulu prendre part aux spéculations de bourse, ils y ont éprouvé des pertes ; ils ont acheté la veille de la baisse, vendu la veille de la hausse, et fini par supporter les conséquences des opérations hasardées.

* A Londres, la plupart des banquiers de commerce n'admettent pas chez eux comme commis ceux qui ont l'habitude de jouer à la bourse, et renvoient ceux chez lesquels ils découvrent l'habitude de ce jeu.

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