LIVRE II, CHAPITRE XVII
cas ils achetaient les titres moins cher. Du reste, le commerce régulier ne se sert pas d'allumeurs; il laisse ce moyen de succès aux débitants de marchandises suspectes. Jamais les manœuvres que nous avons signalées n'ont été plus employées que pendant les années 186Uet 1870, pour rémission de titres sans valeur ou d'une valeur douteuse et éventuelle.
Les spéculations de bourse, dit-on, sont utiles, parce que les fonds et les hommes qu'elles emploient servent à soutenir le cours de la rente et des valent^ industrielles, puisque, ^ après tout, ils en détiennent une portion importante, déclassée, il est vrai, mobile, changeant de main à tout instant, mais fixée dans la spéculation, comme la monnaie, qui change à tout instant de maître, est fixée dans la circulation. — Oui, mais la monnaie sert aux échanges, qui sont utiles, tandis que les capitaux et les hommes engagés dans la spéculation ne servent à rien, pas plus que les hommes et les capitaux engagés autour d'une table de jeu.
Les spéculations de bourse comprises sous le nom collectif d'agiotage, et les opérations fondées sur ces spéculations, se détachent par leur caractère de toutes les autres opérations de banque, de la même façon que le commerce de spéculation se distingue du commerce de consommation, que l'on peut appeler commerce normal. Il existe donc deux sortes de banques bien distinctes, celle du commerce et celle de la spéculation.
La première prend part aux travaux, aux soucis, aux risques de la production, de laquelle elle attend son salaire. Le banquier du commerce marche h la tûte des entrepreneurs de tmvail, dont il est le confident, le conseiller, le guide et l'appui. Ses intérêts sont liés de la manière la plus étroite, et jusqu'à la solidarité aux intérêts de ceux qui travaillent, qui produisent : s'il l'oubliait un moment, il lui suffirait de conâdérer son portefeuille où l'alliance des signatures atteste ?ur chaque effet la solidarité des intérêts, pour sentir aussitôt le lien étroit qui le rattache à sa clientèle. Que celle-ci prospère, il prospère aussi ; qu'elle fasse peu d'affaires ou se ruine, aussitôt il languit et se trouve exposé aux catastrophes.
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Comme le producteur de tout rang, le banquier du commerce a un intérêt direct et très-grand à ce que les affaires conservent une allure régulière et calme, sans oscillations soudaines de hausse ou de baisse, sans déplacement fortuit et violent des propriétés. Il n'a rien à gagner aux crises, et elles peuvent le compromettre; n'est-il pas entrepreneur luimême? les capitaux qu'il a prêtés ne sont-ils pas plus ou moins engagés? n'a-t-il pas à craindre que l'élévation rapide du prix des capitaux oisifs ne lui enlève ceux qui sont , en dépôt chez lui? n'a-t-il pas à craindre qu'une contraction de crédit n'entraîne des faillites dans sa clientèle? n'est-il pas assuré que cette contraction réduira le chiffre général des affaires, et surtout le chiffre des siennes ?
Le banquier du commerce attend ses bénéfices du travail et non du jeu; il doit donc désirer que le crédit s'étende le plus possible du côté du travail, que les capitaux aillent aux mains de ceux qui peuvent le mieux les faire valoir; que tout capital oisif vienne sur le marché, que tout homme oisif travaille, que tout homme ignorant apprenne à travailler plus et mieux, à créer des richesses qui donnent de nouveaux moyens d'échange et ouvrent des débouchés nouveaux à ceux qui travaillent déjà. Tous les monopoles lui sont hostiles, tous les privilèges nuisibles, toutes les entraves apportées à la production odieuses. Peu lui importe que le taux courant de l'intérêt soit bas ou élevé, puisqu'il le paye d'une main en même temps qu'il le reçoit de l'autre; mais il lui importe beaucoup et toujours que les placements soient sûrs et que les engagements soient exactement remplis.
Le banquier du commerce est, jusqu'à un certain point, le censeur, le modérateur et, à l'occasion, le promoteur de la production. L'influence qu'il exerce autour de lui, en bien ou en mal, est énorme, selon qu'il est ignorant ou éclairé, sage ou téméraire, probe ou de foi légère, libéral ou enclin au monopole. Si ses défauts nuisent à ceux qui ont des affaires avec lui, ils lui nuisent aussi à lui-même, et il est sans cesse ramené au bien par le sentiment de son propre intérêt. En somme, on peut dire à juste titre qu'il est peu de citoyens dont les services fassent moins de bruit et
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