‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 99 sur 343 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

Celui qui n'a pas exagéré ses crédits pendant la bonace peut être égal à lui-même durant la crise, et quelquefois même se montrer plus libéral qu'à l'ordinaire . S'il est toujours forcé de signifier un grand nombre de refus, ses ayants compte n'en éprouvent que du regret : ils] ne peuvent se plaindre lorsqu'ils jouissent, après tout, de leur crédit accoutumé.

C*est dans les grandes alternatives d'abondance et de rareté des disponibles que paraît dans tout son jour la capacité ou rincapacité du banquier. C'est par la manière dont il conduit ses opérations dans l'une et l'autre fortune qu'il devient le soutien ou le fléau de sa clientèle, qu'il se l'acquiert ou la détruit. Si son habileté, si sa capacité ne sont pas toujours comprises, elles sont au moins toujours senties, et dans les affaires on distingue instinctivement celui qui sème la ruine de celui autour duquel les fortunes s'élèvent.

Dans les banques établies sur les opérations de la troisième classe, les oscillations sont lentes et peu marquées ; mais comme les dépôts produisent un intérêt assez élevé, les excès d'encaisse sont plus onéreux que dans la première et la seconde classe. D'une part donc le banquier est plus vivement sollicité à placer, et de l'autre il a peine à trouver un placement qui reproduise l'intérêt payé au capitaliste. La difficulté en face de laquelle il se trouve est réelle et considérable, et le désir de la surmonter a fait commettre souvent de fausses opérations. Au fond, il n'y a de placement sûr et convenable, en ce cas, que l'escompte du bon papier de commerce.

Mais ce papier est rare à certaines époques, et n'en a pas qui veut. Quelquefois donc le banquier entre plus avant dans la voie des crédits à découvert et des prêts hypothécaires : quelquefois même il se laisse tenter et joue à la bourse. Là, les spéculations, toujours dangereuses, ne le sont jamais davantage que dans les temps d'excitation commerciale. Combien de banquiers de département y ont trouvé leur ruine ou s y sont gravement compromis! Pouvait-il en être autrement? Les départements n'éprouvent les inconvénients de l'abondance des capitaux que par contre- coup, longtemps après Paris, et lorsque la période d'excitation du marché central touche à son terme, c'est-à-dire à la veille des désastres et des

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paniques. Celui qui vient, dans un tel moment, jouer sur un marché qu'il ne connaît pas, contre des gens qui suivent ce marché par profession, qui sont renseignés d'heure en heure, aurait un bonheur bien étonnant s'il réussissait dans ses opérations. Eût-il réussi une fois, qui pourrait l'avertir, à l'heure convenable, qu'il est temps de se retirer?

Tout banquier de commerce doit se faire une loi de ne point se commettre dans les spéculations de bourse ; mais c'est à peu près la seule règle générale que l'on puisse poser en principe. Quant aux placements des excès d'encaisse, quant à la recherche des voies et moyens en temps de crise, chacun manœuvre suivant les occasions, les circonstances, et surtout suivant son caractère. « Quelque personnage que l'homme « entreprenne, dit Montaigne, il joue toujours le sien parmy. » Cette vérité a son application en banque aussi bien qu ailleurs ; il y a des banquiers qui étendent ou restreignent, d'après le besoin, leurs opérations sur leur propre clientèle, gagnant davantage un moment, au risque de perdre plus tard; d'autres, plus prudents ou moins hardis, préfèrent les gains uniformes. Les uns sont patients et étendent au loin leur prévoyance ; les autres vont au jour le jour et réussissent ou échouent en peu de temps, selon les occurrences.

§ 4. — Administration des comptes courants.

L'art du banquier consiste surtout dans Tadministration des comptes courants.

Tout banquier de commerce ouvre des comptes courants à des banquiers, à des capitalistes et à des marchands ou industriels. Il y a, pour l'administration de ces comptes courants, des lois communes et des règles particulières.

Il est de principe chez les banquiers de commerce qu'ils ne doivent point faire d'affaires de passage en quelque sorte avec des personnes sur la situation desquelles ils n'aient pas pris des informations et réfléchi, qui n'aient pas avec eux un compte courant en forme. Cette règle, qui a pour but d'éviter les surprises, n'admet guère d'exception.

On s'accorde à reconnaître que, dans tout compte courant,

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