LIVRE III, CHAPITRE II. 1G
le banquier doit être couvert, c'est-à-dire ne verser aucune somme s'il n'en a reçu auparavant le montant en espèces ou l'équivalent en effets. On s'accorde aussi à n'admettre à l'escompte, et par suite au compte courant, que les effets résultant d'opérations commerciales ayant, indépendamment de la garantie des signatures, une sorte de gage ou plutôt une représentation en marchandises ou créances régulières. C'est ce qu'on appelle du papier fait. Il naît du mouvement des marchandises vers la consommation, et il y a tout lieu de penser que la valeur de ces marchandises sera exactement réalisée en espèces.
Les banquiers ont entre eux, de place à place, des comptes courants dans lesquels ils ont l'habitude d'observer strictement la règle générale contre les crédits à découvert. Le compte s'ouvre presque toujours, après conventions arrêtées, par une remise en recouvrement : celui qui l'a reçue couvre par une remise en papier à plus ou moins longue échéance, suivant l'état de ses affaires. S'il est dans une situation normale, il ne couvre guère qu'en valeurs brûlantes. Les tirages directs sont rares : le créditeur attend la couverture de son compte, et cesse de remettre dès qu'il veut ralentir les rapports.
De banquier à banquier, les crédits sont interdits par l'usage. D y a cependant deux exceptions : dans les spéculations sur les arbitrages ou sur les fonds publics, qui se font presque toujours de compte à demi, il n'est pas rare de voir un banquier tirer sur l'autre à découvert : à l'intérieur, lorsque le change est contraire à une localité, lorsque de grandes émissions d'espèces y sont nécessaires pour les achats h faire à la campagne, les banquiers de cette localité remettent quelquefois à Paris du papier à longue échéance, ce qui équivaut à un emprunt lorsqu'on les couvre en papier brillant.
Il y a des comptes qui apportent du crédit au banquier, d'autres lui en demandent, d'autres enfin en apportent et en demandent alternativement. Ce sont les premiers qui règlent, comm^ nous l'avons déjà dit, le reste de ses opérations ; les derniers lui fournissent des affaires courantes et faciles ; les seconds sont l'objet de sa plus vigilante attention. Chaque banquier règle les conditions de ses comptes courants d'après
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les nécessités de la concurrence et les exigences des capitaux dont il dispose. Les mouvements s'effectuent par des rerai^5 réciproques d'espèces ou de valeurs soit à l'escompte^ soit en recouvrement.
Le premier soin du banquier est de s'informer de la solva- ' bilité et du caractère de celui auquel il se dispose à offrir ou à ■ consentir un compte courant. Il examine ensuite et toujours si les effets présentés h l'escompte ou remis en recouvrement i sont bons ou mauvais; s'ils ne résultent ni d'un faux maté- r riel, ni d'une fraude; si celui qui les fournit est digne de crê- | dît; si l'on doit raisonnablement présumer qu'il en rembour- " sera le montant dans le cas où ces effets ne seraient pas payés. Le banquier regarde également si une échéance trop lointaine ne met pas ces effets hors des conditions ordinaires de 'i ses opérations ; il suit avec attention les mouvements du compte en crédit et en débit ; il veille à ce que les couvertures . soient remises exactement et dans les conditions arrêtées dans j| le principe ; à ce que les effets escomptés à encaisser ne dépassent pas le montant du crédit qu'il hii convient d'accorder. : Lorsque, par exception, on lui demande l'ouverture tempo- ■ raire d'un crédit à découvert, il réfléchit, et prend un parti.
Afin de mieux apprécier les habitudes et les affaires de leurs clients, de manière à prévoir les besoins et éviter les fraudes, i les banquiers, dans les grands centres de population, aiment h spécialiser leurs affaires. A Paris, à Londres, à New- York, tel banquier fera des affaires avec les marchands de métaux, tel autre avec les marchands de cotons, de spiritueux, de denrées coloniales, etc. Cette division du travail s'est effectuée tout naturellement et sans calcul, parce qu'elle était dans l'intérêt de tout le monde. Le banquier y trouve un moyen d'obtenir une connaissance plus intime des affaires de ses ayants compfe et de pouvoir, en même temps, se garantir et mieux satisfaire à leurs besoins. Dans les départements où tout le monde se connaît, où le chiffre peu élevé des affaires exige qu'elles soient réunies, cette division par spécialitésn'a pas lieu et n'est pas nécessaire.
Tant que le client et le banquier réussissent dans leurs opérations, tout est facile dans les relations : mais dès que les
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