VIT
lique n'est pas belle. Soit ; mais que dire de la beauté de l'étalon simple et de l'étalon double ? Je n'espère point faire démonétiser ces ridicules locutions ; seulement je demande qu'on veuille bieji tolérer l'emploi que je fais, pour désigner les deux écoles adverses, des adjectifs bimétallique et monométallique. Ils ne sont pas si mauvais.
— c</CC>Ci>^?^?^>''—
LA Ol'ESTIO\ MOMTAIRE E\ ALLEMAGM
Quand le régime politique d'un pays vient à se modifier, son régime monétaire ne peut manquer d'être lui-même plus ou moins modifié.
A l'avènement de Victor-Emmanuel comme roi d'Italie, on supprima les anciennes monnaies lombardes, toscanes, romaines et napolitaines; à l'avènement de Guillaume comme empereur d'Allemagne, on a décrété la suppression des différents systèmes monétaires du Midi et du Nord. En Italie, on ne frappe plus qu'une monnaie : la lire italienne portant la croix de Savoie ; en Allemagne on ne fabriquera plus que des marcs portant l'aigle impériale.
Mais, tandis que lltalie , tout en édictant l'uniformité monétaire, sanctionnait le système bimétallique, qui reconnaît comme monnaie légale l'argent aussi bien que l'or, l'Allemagne, au moment où elle introduisait l'uniformité monétaire, voulut autre chose : elle voulut démonétiser le métal argent, qui cependant circulait presque seul, et n'avoir pour unique monnaie légale que les marcs d'or, qu'elle allait battre avec l'indemnité de guerre due par la France.
Le programme bimétallique a été réalisé en Italie. Le programme monométallique sera-t-il réalisé en Allemagne?
Le gouvernement impérial s'est mis à l'œuvre avec ardeur. En quatre ans, il a :
1" Émis en pièces de 20 et 10 marcs pour douze cents millions de marcs d'or (le marc contient un franc vingt-trois centimes et demi d'or);
2" Poussé très-avant la fabrication de la nouvelle monnaie d'appoint (argent à bas titre, nickel, cuivre), qui, à raison de i2 marcs 1/2
par habitant, doit remplacer les anciens billons qu'on refond;
3° Mis hors de cours les monnaies autrichiennes, hollandaises et françaises, qui circulaient en grande quantité;
4° Retiré de la circulation la presque totalité des florins et autres pièces d'argent du Sud et des villes Anséatiques.
Tout ceci étant fait, une seule opération resterait à réaliser; le retrait de la plus importante des pièces d'argent, le thaler. Or, la somme de thalers à retirer s'élève à deux cents millions (740 miUions de francs), et les plus chauds promoteurs du monométallisme reconnaissent euxmêmes que c'est une affaire bien ardue que de démonétiser une telle masse de métal.
OÙ placer, où expédier tout cet argent?
L'Angleterre et les Etats-Unis n'admettent jusqu'ici que l'or comme monnaie légale; par conséquent, ces pays ne peuvent absorber l'argent provenant des thalers allemands.
La France, l'Italie, la Belgique et la Suisse, c'est-à-dire l'Union latine, bien qu'en possession du régime bimétallique, se sont coalisées pour empêcher que les Allemands ne viennent chez elles faire convertir en pièces de 5 francs leurs thalers, et dans ce but elles ont, d'un commun accord, suspendu l'ancienne liberté du monnoyage de l'argent.
L'Autriche et la Russie sont vouées, par état chronique, au papier-monnaie; elles ne peuvent songer à acquérir l'argent allemand.
Restent la Chine et l'Inde. Là on n'emploie pas la monnaie d'or, les payements s'y font en
argent; mais ces pays n'ont pas de fortes créances ni sur l'Allemagne ni sur F Europe, et, par suite, on ne peut y envoyer de fortes sommes d'argent. Il faudrait imaginer une grande bataille perdue par l'Allemagne et gagnée par les Chinois, et les Allemands tenus de payer à la Chine une forte indemnité, pour que l'émigration de l'argent de Berlin à Pékin devînt possible.
Mais, si l'écoulement de l'argent est si difficile, l'achat de l'or, qui devrait le remplacer, ne l'est pas moins.
Londres, le grand marché des métaux précieux, ne peut fournir que de l'or californien et australien, au fur et à mesure des arrivages; si on voulait attaquer le stock habituel, dont les Anglais ont eux-mêmes un besoin absolu, on provoquerait une crise épouvantable sur le marché anglais, crise qui se propagerait immédiatement dans toute l'Europe. Que de ruines, que de désastres!
Faut-il parler des pertes énormes qu'avant d'avoir provoqué ces ruines et ces désastres, le gouvernement allemand s'imposerait inévitablement, s'il continue à offrir de fortes sommes d'argent et à demander de fortes sommes d'or? Offert, le métal argent se déprécie de plus en plus; demandé, l'or renchérit d'autant. C'est par millions que le budget de l'empire aurait à chiffrer ses pertes.
Ces difficultés, le ministre de l'empire les a prévues. Aussi, tout en décrétant qu'à partir du !"■ janvier 1876 on ne compterait plus nulle part ni en florins ni en thalers, mais en marcs exclusivement, a-t-il fait cette grande restriction, que les thalers seront maintenus dans la circulation, qu'ils seront censés être de l'or, que chaque thaler vaudra trois marcs.
On le voit, le gouvernement se donne du temps, il espère pouvoir démonétiser avec lenteur; mais la démonétisation lente suscite elle-
même un inconvénient grave : elle détermine l'exportation de l'or. En voici la raison :
Depuis que la démonétisation est commencée, l'argent, toujours offert au dehors, ne fait que baisser, tandis que la valeur du thaler ne baisse pas à l'intérieur, vu que le thaler y circule légalement comme l'équivalent de trois marcs d'or. C'est pourquoi, lorsque les banquiers ont à faire des payements à l'étranger, ils se gardent bien d'y envoyer des thalers; ils expédient des marcs d'or, et réservent les thalers pour payer à l'intérieur. Le gouvernement rachète For à l'étranger et l'importe, les banquiers l'exportent : c'est le travail de Pénélope sans l'arrivée d'Ulysse. Déjà deux cents millions de marcs ont pris le chemin de l'étranger : c'est le sixième de la quantité fabriquée.
En résumé, on a dû renoncer à la démonétisation rapide, et le succès de la démonétisation lente est plus que douteux.
Telle est la situation. Avant de formuler les réflexions qu'elle suggère pour l'avenir, il convient de dire ce que c'est que la nouvelle unité monétaire d'Allemagne, le marc d'or.
Quand l'empire prit la résolution de convertir la circulation d'argent en circulation d'or, il dut nécessairement et comme point de départ, établir entre les deux métaux un tarif de conversion, c'est-à-dire déterminer contre combien de pesées d'argent on livrerait une pesée d'or. Le tarif fut fixé à 15 1/2, ce qui signifie que le possesseur de la monnaie d'argent, forcé par la loi de s'en dessaisir, aurait droit, en apportant 15 1/2 poids d'argent monnayé aux caisses de l'État, de recevoir en échange un poids d'or monnayé.
On a eu raison ds prendre cette proportion de 15 1/2; elle concordait alors avec la valeur respective des deux métaux sur le marché général et avec l'antique proportion qui
existe légalement en France, en Italie, en Belgique et en Suisse entre les francs d'or et les francs d'argent.
La proportion 15 1/2 une fois adoptée, il importait que la valeur de l'unité monétaire d'or quon allait créer sous le nom de marc fut telle que l'échange de l'ancien numéraire contre le nouveau ne donnât lieu à aucun calcul long et compliqué. Il fallait à cet effet que, sans sortir du taux io 1/2, la valeur du marc fût contenue en nombre exact de fois dans la valeur du thaler, du thaler qui était la plus importante et la plus répandue des pièces d'argent.
C'est ce qu'on fit.
Si vous multipliez par lo 1/2 le poids du marc, vous obtenez le poids exact du tiers d'un thaler, et l'opération d'échanger des tha- 1ers contre des marcs ne saurait être plus sim-
pie. Pas de fractions; pas d'appoints à rendre. Contre chaque thaler présenté, la caisse publique doit livrer trois marcs d'or.
Le marc d'or étant ainsi constitué, mais les thalers d'argent devant jusqu'à nouvel ordre continuer à circuler, on ne peut nier qu'à partir du l'^' janvier 1876, il y aura une circulalion composée de marcs d'or et de mars d'argent, ceux-ci contenant 15 fois 1/2 autant de métal fin que ceux-là.
Ce sera exactement comme en France, où les francs d'argent pèsent 15 fois 1/2 autant que les francs d'or.
Résultat digne de remarque : L'ancien régime bimétallique à 15 1/2, dont l'abolition a été demandée en France par plusieurs économistes, va entrer en vigueur en Allemagne, où il n'a jamais existé et où personne nen demandait l'introduction.
Il est vrai que cet état bimétallique de l'Allemagne n'est pas complet. Pour l'avoir complet, il faudrait que chacun y fût libre de faire monnayer le métal argent, tandis que les marcs d'argent admis à circuler ne seront autres que les anciens thalers, et qu'il sera interdit d'en faire fabriquer avec de l'argent nouveau.
Nous sommes ici au cœur de notre question. Y a-t-il intérêt pour l'Allemagne, pour la France et pour le marché général, à ce que le législateur allemand maintienne cette interdiction, ou est-il désirable pour tous que l'interdiction soit levée?
L'Allemagne n'est pas tellement engagée dans la voie monométalUque qu'elle n'y puisse renoncer sans aucun effort ; au contraire, elle n'a jamais été si près du bimétallisme, et, à l'état provisoire mais légal, elle y est même déjà.
Pour que le bimétallisme y devienne loi complète et permanente, il suffirait de dire :
1" Que le monnayage de l'argent et de Tor dans les ateliers de l'État est facultatif pour tous;
2" Que le poids du marc d'argent sera égal au tiers du poids d'unthaler;
3" Qu'on frappera des pièces de 4 marcs d'argent (ou de 5), afin de pouvoir faire des rouleaux de 100 marcs, ce qu'on ne peut pas faire avec les pièces actuelles de 3 marcs, les thalers;
4" Qu'on ne frappera plus de thalers; ceux qui existent pourront être refondus plus tard et transformés en pièces de 4 marcs (ou de 5);
5° Qu'il n'y aura pas de pièces d'argent à bas titre au-dessus de 2 marcs ; les pièces de o marcs à bas titre qu'on a commencé à frapper seront ultérieurement retirées.
11 est évident que la mise en pratique cruiie loi contenant de pareilles prescriptions ne rencontrerait aucune difficulté. Quant aux avantages qu'elle procurerait, ils sont de la plus haute importance.
Le gouvernement allemand n'aurait plus de souci monétaire. Il cesserait de chercher pour son argent des débouchés qui n'existent pas; il cesserait de demander de l'or qui ne se trouve nulle part ; il éviterait les pertes que produit la vente de l'argent toujours plus au rabais, et que produit l'achat de l'or à prix toujours croissant; il cesserait de redouter l'exportation des marcs d'or, et, somme toute, satisfait d'avoir dans tout le pays une seule monnaie, le marc, il laisserait les Allemands libres de se servir de monnaie d'or ou de monnaie d'argent, comme ils l'entendent, et comme cela s'est toujours pratiqué, jusqu'en 1874, dans les Etats de l'union latine.
La coalition formée entre la France, TltaUe,
la Belgique et la Suisse, pour résister aux entreprises monétaires de l'Allemagne, se dissoudrait immédiatement. Le monnayage de l'argent redeviendrait libre dans ces pays. Ce serait la fin d'une guerre monétaire sans précédent et sans fin, aussi contraire aux principes scientifiques qu'aux intérêts des États qui la font.
Le marché anglais, et avec lui tous les marchés européens, échapperaient à la crise monétaire, qui est inévitable si le gouvernement allemand persiste à vouloir de l'or quand même.
Y a-l-il un économiste, un banquier, un homme d'Etat qui puisse contester la réalité et l'importance des avantages que nous venons d'énumérer?
L'ANGLETERRE et la RÉVOLUTION MONÉTAIRE EN ALLEMAGNE
La pièce d'or de 20 schellings ou livre sterling est le numéraire des Anglais.
Si l'Angleterre avait autorisé le public à faire frapper une pièce de quatre schellings, contenant en argent fin quinze fois et demi le poids du métal fin contenu dans quatre schellings d'or (la cinquième partie d'une livre), le matériel monétaire de la Grande-Bretagne serait bimétallique et parfait comme celui de la France.
Mais il n'en a pas été ainsi. Sauf les pièces familières pour les appoints, qui sont en argent
à bas litre, l'Angleterre n'a pour monnaie légale que l'or.
Cela a suffi à la jeune école monométallique pour se couvrir du pavillon anglais et convier l'Europe à proscrire la monnaie d'argent.
Sans la guerre de 187U, qui a mis un capital énorme aux mains de l'Allemagne, les conseils des monomélallistes n'auraient eu aucun effet. En les écoutant sur la fin de l'année 1871, l'Allemagne victorieuse a cru se donner un grand prestige. Dédaigner l'argent et ne plus manier que l'or, quelle splendeur !
Mais puisqu'on se donne pour des imitateurs de l'Angleterre, faisons l'historique du monométallisme anglais.
La loi bimétallique française de 1803 a donné au franc d'argent le poids de 15 1/2 francs d'or. Mais la loi bimétallique américaine de 1792 avait
donné au dollar d'argent le poids de 15 dollars d'or seulement. Il y avait donc bénéfice pour les commerçants à faire frapper l'argent en Amérique et l'or en France. Ils y gagnaient 1/2 sur 15, ce qui fait plus de 3 0/0. Aussi l'or affluait en Europe et l'argent en Amérique. Que devait faire l'Angleterre, lorsqu'en 18 IG, décidée à reprendre ses payements en espèces, elle remit ses balanciers en mouvement? Devait-elle adopter le 15 américain ou le 15 1/2 français?
Pour sortir d'embarras, l'Angleterre prit le parti de ne frapper que de l'or, chose d'autant plus naturelle, paraissait-il, qu'il y avait de l'or sur place, tandis que l'argent avait été attiré en Amérique, comme on l'a vu ci-dessus.
Mais, en prenant cette mesure, l'Angleterre n'a nullement songé à poser des principes scientifiques ni à fonder une école monométallique or. Elle y a si peu songé, qu'elle a maintenu et mainfient la monnaie d'argent chez les 150 mil-
— sellons d'Indiens qu'elle gouverne, et qu'elle n'a jamais cessé de recourir au bimétallisme du continent européen pour solder ses échanges avec l'Asie.
Il faut le dire : avant 1871, l'Europe avait une constitution bimétallique, certes imparfaite, mais suffisante pour les besoins communs. L'Angleterre payait en or, l'Allemagne en argent, la France en or et en argent. C'est grâce à cette constitution que les Anglais ont toujours pu prendre ou envoyer de l'argent soit à Paris, soit à Hambourg, et que les Allemands ont toujours pu prendre ou envoyer de l'or soit à Londres, soit à Paris. l'Europe avait ainsi emploi pour le métal argent venant d'Asie, quand l'Asie avait à lui payer des soldes ; et si, par contre, l'Europe avait à payer des sommes en Asie, elle trouvait en Europe même la monnaie d'argent nécessaire.
Comment se feraieni les payements entre l'Asie et l'Europe, que ferait notamment l'Angleterre, si tous les Etats européens devenaient
monométalliques comme elle? Où troiivera-t-on de l'argent pour l'Asie, où placera-t-on l'argent venant de l'Asie, si, tandis que l'or ne circule pas en Asie, il ne circule plus que de l'or dans l'Europe entière?
L'Europe ne peut se faire monométallique qu'à la condition de rendre monométallique le monde entier, et, pour ce faire, deux autres conditions seraient à remplir: [° persuader tous les peuples qu'il faut se défaire de l'argent, le noyer dans la mer ou en faire des casseroles ; 2° partager avec l'Asie l'or de l'Europe, afin que les Asiatiques, purgés de l'argent, ne restassent pas sans monnaie.
L'histoire de tous les temps et cette science fatale dont les sociétés suivent les préceptes trèsprécis, sans qu'aucune plume les ait écrits, démontrent que l'or et l'argent sont deux monnaies également bonnes. Les hommes se sont toujours servis de tous les deux et s'en serviront toujours.
— 2S — malgré de malheureuses exceptious locales ou temporaires.
Mais reprenons la comparaison entre les ?sements de l'Anj l'Allemagne actuelle.
agissements de l'Angleterre en 1816 et ceux de
L'Angleterre, influencée par des circonstances spéciales, prit en 1816 le parti de ne fabriquer que de la monnaie dor; mais aurait-elle pris ce parti, si sa circulation antérieure, au lieu d'être en papier, eût été composée de métal argent? Le papier ne vaut rien, il n'en coûte pas cher de s'en défaire ; mais se défaire dun métal précieux qu"on décrie soi-même, cest bien différent. On y dilapide des millions. Les monométalliste-. qui citent à tout propos l'exemple de l'Angleterre, oseraient-ils soutenir que l'Angleterre aurait pris l'or comme monnaie exclusive, si elle avait eu à démonétiser pour la valeur d'un milliard de francs d'argent? Non; il a fallu renivrement de Sedan, doublé de lenivre-
ment de Fraiicforl, pour qu'une nation tentât pareille entreprise.
Et les États-Unis, qui, depuis 1834, ne frappent plus que des dollars d'or, ont-ils démonétisé un seul dollar d'argent? Jamais. La proportion 1 à 15, fixée en 1792, ayant eu pour effet de faire exporter l'or, le congrès adopta une mesure excessive en sens contraire, qui eut pour effet de faire exporter l'argent ; au lieu dadopter le 13 1/2 français, qui aurait suffi, les Américains, afin d'arrêter l'exportation de l'or, établirent que les dollars d'argent auraient le poids non plus de quinze, mais de seize dollars d'or. C'était déprécier l'argent au delà du besoin, et, aussitôt la loi nouvelle mise à exécution, l'argent prit le chemin de l'Europe et avec tant de suite qu'un beau jour, sans s'en douter, les États- Unis se trouvèrent monométalliques; le monnayage de l'argent n'était pas même interdit, et il n'y avait plus que de l'or en circulafion.
Un petit pays, la Hollande, écoutant les économistes alors acharnés contre lor comme ils le sont aujourd'hui contre Targent, la Hollande a bien pu, en 1850, démonétiser l'or, sans grand dommage pour personne. Agissant sur des sommes restreintes, la Hollande a pu facilement écouler chez les voisins l'or démonétisé et y prendre largent à monétiser.
Mais quarante millions d'Érostrates votant avec sérénité la démonétisation, la dépréciation, l'avilissement de tout leur numéraire, sans se douter du mal immense qu'ils se font et qu'ils font à tous les pays, ce sera le fait le plus incroyable, le plus grand méfait de l'histoire monétaire.
Combien y a-t-il d'or à la banque d'Angleterre et à celles d'Ecosse et d'Irlande? 35 millions de livres sterling tout au plus; c'est justement la somme dont l'Allemagne a besoin, ou H peu près, pour remplacer son argent.
Cet or peut-il à la fois constituer l'encaisse anglaise et la circulation allemande?
Évidemment non ; mais on répond que la Californie et l'Australie vont donner l'or nécessaire. Mauvais compte. La production annuelle de l'or a pu suffire jusqu'ici aux besoins monétaires, toujours plus étendus, et aux consommations industrielles toujours croissantes; mais elle ne peut pas combler le grand vide monétaire ouvert tout à coup par la démonétisation de l'argent. Et l'on sait, d'ailleurs, que la production de l'or est en décroissance.
Lors même que le gouvernement de l'empire confédéré aurait déjà en portefeuille pour 35 millions de livres sterling en lettres de change sur Londres, pourrait-il, oserait-il toucher sa créance, et laisser l'Angleterre sans une hvre?
L'Allemagne qui, malheureusement, a le tort
de croire son orgueil engagé à réaliser le monométallisme-or, l'Allemagne voudra bien ne pas paraître excessive, mais elle ne peul moins faire que de prendre beaucoup d'or à Londres. Les journaux de la Cité ne cachent pas leurs appréhensions. Depuis longtemps ils ont cessé d'admirer la révolution monétaire que l'Allemagne a tenté de faire, soi-disant pour imiter l'Angleterre.
D'entre tous, l'État le plus directement menacé par l'opération allemande est la Grande- Bretagne. Et il ne serait pas impossible que, pour ne pas rester sans monnaie métallique, l'Angleterre fit, de notre temps, ce qu'elle n'a pas fait en 1816 : autoriser le public à faire frapper, par pièces de 4 schellings, des livres sterling d'argent appelées à circuler concurremment avec les livres d'or.