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LE 15 1/2 UNIVERSEL

Depuis 1803, le franc d'argent pèse lo 1/2 francs d'or, et aujourd'hui le marc d'argent pèse lo 1/2 marcs d'or (1).

Que ce poids du marc d'argent soit conservé ;

Qu'il y ait des dollars d'argent pesant 1 o 1/2 dollars d'or et des pièces de 4 schellings d'argent pesant 15 1/2 fois autant que 4 schellings d'or, c'est-à-dire autant que 62 schellings d'or;

Que partout, avec le métal qu'on lui présente,

(I) Voir la Question monétaire en Allemagne, page 18.

on soit libre de se faire fabriquer par l'État monnaie d'or et monnaie d'argent ;

Que partout chacun ait l'option de payer en espèces d'or ou en espèces d'argent ;

C'est là le programme monétaire international que nous soutenons. Mis à exécution, il aurait pour effet :

1° De rendre stable la valeur comparative de l'or et de l'argent,

2° De réduire au minimum les variations du pouvoir acheteur de la monnaie.

Expliquons le comment et le pourquoi de ce double résultat.

L'instabilité dans la valeur comparative des deux métaux a quatre raisons intrinsèques aux métaux eux-mêmes: 1° accroissement, 2° dimi-

nutioii de la production de l'or, 3^ accroissement, 4° diminution de la production de l'argent.

Le métal abondant est moins demandé, il se déprécie; le métal qui fait défaut est plus demandé, il renchérit.

Mais il est manifeste que si à l'augmentation de production on oppose une augmentation de demande, et une diminution de demande à une diminution de production, qu'il s'agisse d'or ou d'argent, les forces, étant en contraste, se neutralisent et on reste en état.

Eh bien, précisément, la demande, qui, sans l'adoption du 15 1/2, se porte naturellement vers le métal qui fait défaut, se porte au contraire et nécessairement vers le métal qui abonde, si le régime du 15 1/2 est partout en vigueur. On va le voir.

Comme la loi bimétallique permet à tous et

à chacun de payer en or ou en argent à volonté, il est naturel que les commerçants de monnaie délaissent le métal qui fait défaut et recherchent celui qui abonde pour le faire monnayer.

Non demandé, le métal qui manque ne peut pas renchérir ; demandé, le métal qui abonde ne peut pas baisser, et tous les deux finissent par être absorbés au prix réciproque d'un kilogramme d'or pour 15 i/2 kilogrammes d'argent.

Oui, si chacun est partout libre de frapper or et argent sur le pied de 15 1 /2 et si partout chacun a l'option de payer en or et en argent, les causes qui font agir la loi de l'offre et de la demande se trouvent interverties : ce n'est plus la rareté, c'est l'abondance qui excite la demande, et réciproquement ce n'est plus l'abondance, c'est la rareté qui pousse à l'offre.

Alors, sous le régime international du 15 1/2

au sortir de la mine un kilogramme d'or vaudra toujours 15 1/2 kilogrammes d'argent, car nulle part avec un kilogramme d'or on ne pourra faire plus de monnaie qu'avec 15 1/â kilogrammes d'argent, et de même 15 1/2 kilogrammes d'argent au sortir de la mine vaudront toujours un kilogramme d'or, car nulle part avec 15 1 /2 kilogrammes d'argent on ne pourra faire plus de monnaie qu'avec un kilogramme d'or.

Et cette fixité de valeur entre l'or et l'argent, qui paraît prodigieuse, s'obtient sans porter atteinte à la liberté d'aucun, car l'option légalement ouverte de payer en or ou en argent laisse libres ceux qui n'en veulent pas de dire dans chaque contrat que le payement se fera exclusivement en or ou exclusivement en argent. En France on a toujours pu stipuler de la sorte; mais comme le profit est nul, on n'y a jamais songé.

Le 15 1/2 a pour conséquence de constituer

avec la totalité de lor et la totalité de l'argent, quelque variation que la production de l'un ou de l'autre métal puisse subir, une masse monétaire nouvelle, qu'il est peut-être permis d'appeler electrum par X estime singulière dont elle est digne (Dict. Littré). Les deux métaux n'y sont pas à l'état d'alliage, comme dans Y electrum des anciens ; mais, quelle que soit la quantité existante de l'un ou de l'autre, une parcelle de l'un (l'or) vaut toujours 15 1/2 parcelles de l'autre (l'argent).

\o\\k donc une masse monétaire aussi homogène que si elle était composée d'un seul et unique métal, et c'est certainement la plus grande masse qu'on puisse employer, puisqu'elle comprend la totalité des deux métaux capables de servir de monnaie.

11 est admis sans conteste que plus la masse monétaire est considérable, moins sont fortes les variations qu'éprouve le pouvoir acheteur du

numéraire, quand la matière monétaire vient à augmenter ou à diminuer tout à coup.

Mettons à 10,000 tonnes la circulation de l'or dans le monde, l'argent étant partout démonétisé : voilà que la production apporte rapidement 1,000 tonnes nouvelles d'or. Que se passe-t-il? L'or perd un dixième de son pouvoir acheteur, la même quantité de numéraire achète les neuf dixièmes seulement de ce qu'elle achetait avant l'apparition des 1,000 tonnes nouvelles.

Mais, si la masse monétaire se compose nonseulement des 10,000 tonnes d'or, mais aussi des 150,000 tonnes d'argent qui circulent actuellement, elle est double ; et grâce au 15 1/2 universalisé, c'est exactement comme s'il circulait 20,000 tonnes d'or ou vraiment 300,000 tonnes d'argent. Que se passe-t-il à la survenance des 1,000 tonnes d'or nouveau ou d'une quantité correspondante d'argent? La masse monétaire

De s'en trouve augmentée que d'un vingtième, et par suite la diminution du pouvoir acheteur de la monnaie est moitié moindre ; un vingtième au lieu d'un dixième.

Même calcul en sens inverse si la production monétaire se ralentit.

Que si on objecte que la masse bimétallique est exposée aux variations de production de deux métaux au lieu que dun seul, nous répondrons qu'il y a plus de régularité probable dans la production or et argent pris ensemble que dans la production d'un seul métal.

Somme toute, l'emploi de la monnaie bimétallique est de beaucoup plus propice à la stabilité du pouvoir acheteur de la monnaie, que l'emploi de la monnaie monométalhque.

Si le bimétallisme n'existait pas, il faudrait donc l'inventer, et l'on s'obstine à le vouloir

détruire! Oh! non, il faut le maintenir, l'expliquer et en étendre l'application, afin que son action bienfaisante se fasse partout sentir.

Des conventions postales, télégraphiques, douanières et autres, lient entre elles plusieurs nations pour l'avantage de toutes et de chacune. Une convention monétaire bimétallique entre le pays des francs, le pays des marcs, le pays des dollars et le pays des sterling procurerait :

Les deux avantages mentionnés plus haut : stabilité de la valeur comparative de l'or et de l'argent, et réduction au minimum des variations du pouvoir acheteur de la monnaie ;

L'avantage de relever la valeur du métal argent dont la baisse actuelle n'a pour cause que le refus d'admettre le lingot au monnayage ;

L'avantage d'éviter les pertes incalculables

causées en Allemagne et en Europe par la démonétisation de l'argent.

L'avantage de prévenir les convulsions monétaires dont auraient à souffrir toutes les transactions si la démonétisation continue :

L'avantage de conserver la possibilité d'être payé et de payer en métal monnaie les dettes et les créances avec la Chine, l'Inde et autres contrées d'Asie, où l'or n'est pas monnaie ; avantage qui disparaîtrait si l'Europe cesse d'employer l'argent comme monnaie ;

Et enfin l'avantage de rendre la reprise des payements en espèces immédiate en France et aux Etats-Unis, et beaucoup plus facile en Italie, en AutricliCj en Russie.

Deux seuls d'entre les quatre grands pays à monnaie métallique signeraient la convention.

que l'avenir du 15 1/2, sa diffusion et ses bienfaits, seraient sans doute assurés.

Mais, avant que la diplomatie ait occasion de parler, il faudra peut-être que la révolution monétaire de l'Allemagne ait dit son dernier mot.

LA REPRISE DES PAYEMENTS EN ESPÈCES EN AMÉRIOl'E

Il faut rendre cette justice au président Grant, que nul n'est plus ennemi du papier-monnaie que lui, que nul plus que lui ne désire le retour à la monnaie métallique.

Nous l'avons déjà dit ailleurs (voir notre brochure Or et argent, page 75), ce retour à la monnaie métallique serait très-facile en Amérique, si le congrès autorisait le public à faire frapper dans les ateliers fédéraux des dollars d'argent pesant 15 fois 1/2 autant que le dollar d'or; en d'autres termes, si l'Amérique rétablissait le régime bimétallique, fondé par Hamilton

en 1792 (1), et adopté avec si grand succès par la France.

Pour sortir du papier-monnaie, il n'y a qu'un moyen : se procurer beaucoup de métal. Mais on ne trouve pas assez d'or, dites-vous, et s'il fallait attendre qu'il en sorte suffisamment des entrailles de la terre, il faudrait attendre trop longtemps avant de revenir à la monnaie métallique.

(1) Quelques voix s'étaient élevées en faveur du monométallisme; mais Hamilton, l'éminent ministre que Washington avait placé aux finances, Hamilton fut résolument bimétallique. « En spoliant, disait-il, l'un des deux métaux de son office monétaire , en le réduisant à l'état de simple marchandise, on diminue la quantité de médium circulant, et on diminue l'utilité du métal qu'on repousse. » Le célèbre Jelferson, qui devint par la suite Président des États-Unis et qui était alors Ministre d'État, émit la même opinion. Le Congrès vota une loi bimétallique sur le pied de 15, en vertu de laquelle on frappa, jusqu'en 1834, des dollars d'or et des dollars d'argent, le dollar d'argent contenant de métal fin quinze fois autant que le dollar d'or. (Voir : History of the Republic of the United states of America as traced in the icritings, of Alexander Hamilton, Philadelphie, 1868, Vol. IV, page 272.)

Votre dire est juste; mais pourquoi ne tournez-vous pas la difficulté au moyen du métal argent?

Déjà vous fabriquez depuis 1873 de gros dollars pour faire concurrence en Asie à la piastre mexicaine. Vous avez aussi fabriqué des demidollars valant exactement la moitié d'une pièce de 5 francs, avec l'espoir d'écouler cet argent dans les États de l'Union latine. Ainsi vous trouvez bon que l'Asie et l'Europe emploient votre argent comme monnaie? Prêchez donc d'exemple et commencez par l'employer vous-même en Amérique.

Il est absolument faux que le métal argent ne soit pas assez noble et qu'il soit moins apte que l'or pour la fonction monétaire.

Il y eut un jour où la Hollande a même trouvé que l'argent valait mieux, et elle démonétisa l'or comme inférieur. C'était une injustice contre

l'or, de même ordre que celle que l'Allemagne commet aujourdhui contre l'argent.

La France et l'Union latine n'ont jamais eu qu'à se louer du régime bimétallique or et argent.

Faites comme elles, ayez double monnaie légale : le dollar d'or actuel et un dollar d'argent, pesant 15 fois 1/2 autant que le dollar d'or.

Il suffit que le débiteur soit libre de payer partout en or et en argent à son choix, partout aux mêmes conditions, pour que la valeur de l'argent et celle de l'or se maintiennent partout et toujours dans la même proportion.

Ce n'est pas trop que de faire valoir comme monnaie toute la masse métallique (or et argent) que les hommes ont tirée et qu'ils tireront des mines, des rivières et des montagnes, si on veut réellement éUminer l'opprobre du papier-monnaie.

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