II
imposait aux foederali de l'Italie et aux colonies de droit latin de fabriquer Tas d'une demi-once, tandis qu'ellemême frappait encore Tas d'une once. A plus foi-te raison, elle avait dû imposer cette règle aux populations indigo de TËspagne, soumises à son empire, et par suite l'objeûtion que Ton avait cru pouvoir soulever tombe d'elle-même. Au reste, comme cette monnaie d'argent et de cuiîie des cités de l'Espagne Citérieure était exactenient conforme à l'étalon officiel romain , quand on cessa de la frap* per, elle ne fut pas pour cela démonétisée et retirée de la circulation. Ces espèces avaient encore cours dans le pays cent ans plus tard, au temps du second triumvirat (1). En effet, le denier romain de Domitius Calvinus, qui &i copie la tête, est de AO avant J.-C. , et l'imitation des bronzes de cette série est manifeste dans les pièces de cuivre à la légende HISPANORVM, frappées en Sicile par les troupes espagnoles au service de Sextus Pompée (2)*
(1) Cependant, dès le commencement du i*' siècle avant Tère chré^ tienne, les deniers ibériens ne formaient plus qu'une faible part dans le numéraire d'argent circulant en Espugne. Dans le dépAt de Cazlona, en* foui vers 9i av. J.-C. (Mommsen, Ann. de l'Inst, anh, 1863, p. ll-iS; M R, t. H, p. 124 et s.), il y avait huit de ces pièces, des plus andennai» et des plus récentes, déjà usées, contre 682 deniers romains et un victO' riat. Les deniers ibériens paraissent avoir été absents des trésors de deniers romains découverts à Oliva (renfouissement en a été enviroa contemporain de la Guerre Sociale : Mommsen, Ann. de Fins. areh. 1853, p. 15-22; M R, t. II, p. 12G-131], à Pozoblanco (enfouissement delà môme époque que celui d'Oliva : Mommsen, M R, t. II, p. 130-132] et i Cordoue (enfoui vers 38 av. J.-C). Le dépôt de Livia, enfoui vers 43 (Mommsen, M R, t. II, p. 144 et s.), renfermait un ancien denier ibérien avec 982 deniers romains et un victoriat (Aloïs Ueiss, Monn, MU. i$ PEipagne^ p. 155), et celui de Fuente-Alamo, datant de la môme époque» 1269 deniers romains et un ibérien (AloIs Heiss, /. c).
(2) Voy. Aloïs Heiss, Ann. de U Soc. franc, de numismatique^ t. III, p. 279 et s., pi. XVIII.
Des observations qui viennent d'être faites il résulte foe cette série monétaire, si nombreuse et dont les prodtdis sont si abondants, a vu sa fabrication limitée à une période de 63 ans au plus. Ici encore, comme dans la Première Macédoine, il est évident qu'elle n'a pas été seulement permise, mais encouragée et favorisée par l'autorité romaine, et qtfelle est en rapport avec les riches mines f argent du pays. Nous relèverons, dans le cours de cet ouvrage, un très-grand nombre de faits qui prouvent que, en général, les gouvernements antiques, suivant le principe qui fut plus tard celui de la monarchie espagnole au Mexique et au Pérou, quand ils possédaient des mines d'or ou d'argent sur leur territoire, n'en laissaient exporter les produits par le commerce que sous forme de monnaie, «fin de bénéficier de la plus-value que le métal monnayé a toujours sur le métal en lingots. Les deniers espagnols o'avûent pas cours légal hors de la province, mais le commerce les enlevait comme marchandise métallique^ et il est probable que c*est seulement sous cette forme que la sortie de l'argent' du pays était permise, & destination f autres contrées que l'Italie. Ce monnayage indigène ne devait, du reste, être toléré dans de semblables conditions qu'avec un partage de ses bénéfices par l'autorité lomaine. L'uniformité qu'on y remarque dans les pièces, wec des légendes très-différentes, donne même le droit de douter qu'elles aient été réellement frappées dans les disses cités dont elles portent les noms ; on tendrait plutôt i croire que la fabrication en aurait été concentrée dans on petit nombre d'ateliers voisins des mines. Or^ dès Tan 160, il était de notoriété publique jusque dans l'Orient que c'étaient les Bomains qui avaient mis la inain directement sur les mines d^or et d'argent de TEs-
pagne et qui en tiraient d'immenses profits pour leu
finances publiques (!)• On pourrait donc admettre qi
c'étaient eux-mêmes qui, gardant pour eux le bénéfice <
monnayage, fabriquaient pour les peuples de TEspagi
ces monnaies qui devaient ensuite rentrer dans leu
caisses à titre de tributs. En donnant au numéraire fabi
que ainsi par eux dans la province, avec le métal de' 8
mines, la forme d'une monnaie indigène, au nom desdt^
les Bomains faisaient prendre plus aisément aux Esp
gnols l'habitude du système du denier et de Tas, devei
ainsi pour eux national, et flattaient leur amour-pro[
par une attention que n'avait pas eue le gouvernement
Carthage. Quand il s'était agi d'enlever l'Espagne k
Carthaginois, Rome avait cherché à donner au rôle
ses troupes un caractère libérateur. Pendant la pérîo
où nous plaçons l'émission des monnaies dites celtil
riennes, les provinces espagnoles se trouvèrent dans u
situation politique toute particulière, qui demandât
très-grands ménagements envers les susceptibilités in
gènes ; le pays n'était qu'imparfaitement soumis, et,
dehors des points où se trouvaient leurs garnisons,
préteurs avaient affaire à une série de petits peuples si
plement tributaires, quand ils n'étaient pas en révol
ayant leurs propres chefs et leur complète autonomie cl
eux. C'était la même condition que celle de la Gaule en
César et Auguste, à l'époque où nous y avons const
également un grand monnayage d'argent sur le pied
main par les cités indigènes et leurs chefs, monnay
seulement composé de quinaires, tandis que celui de 1'
pagne l'est de deniers.
(1) I Macchab. viii,3.
5. Lors de la réduction de la Sicile en province romaine, en 241 avant J.-C, les Mamertins de Messine demeurèrent dans la condition d'alliés italiques, où leur admission a?ait été la cause de la première guerre punique, et Tauroménium reçut le même titre en 212, après la prise de Syracuse. Un certain nombre de villes grecques furent déclarées autonomes et exemptes du tribut, comme Ségeste, Centaripœ, Alaesa et Fanorme, où résidait le préteur, Sans le droit ordinaire des provinces, les villes placées dans ces deux conditions auraient dû avoir, par suite de leor position légale, la licence de monnayage municipal, pour l'argent aussi bien que pour le cuivre. Mais le Sénat avait résolu d'appliquer à la Sicile la règle établie pour lltalie depuis que Rome s'était mise à frapper des deniers, Tinterdiction de toute fabrication de monnaie d'argent antre que la monnaie d'État de la Sépublique souveraine (îoy. le g 5 de ce chapitre, et livre VII, chap. m, g 2), Les villes exceptionnellement favorisées de la province n'eurent donc la permission que d'émettre de la petite monnaie de cuivre (1), qu'elles fabriquèrent d'après l' antien système indigène, lequel se coordonnait facilement avec le système romain de l'as et du denier, la litra de enivre sicilienne, à son dernier état de réduction, équivalant au dixième du sesterce (2) (voy. livre VII, chap. i, { 1) ; Syracuse fit de même pendant plus d'un siècle et demi après la chute de son indépendance (3). Le monnayage des villes que nous avons nommées sous la domination romaine, et dans ces conditions de restriction, fut
(1) MommseD. If A, t. UI, p. 235.
CD Mommsen, If A, 1. 1, p. 118.
(3) Barclay Uead, Coinage of Syracuse^ p. 75 et a.
assez abondant; les produits en sont toujours à légendes grecques, sauf à Alœsa (1) et à Assorus (2), où la langue adoptée, au moins à partir d'une certaine époque (3), fut le latin. A côté de ce monnayage municipal, il y eut un monnayage de cuivre provincial, du système romain, émis par les autorités romaines (&). Les questeurs de la province (5) émettent, en y mettant leur nom en entier ou Qn abrégé, des as, des semis et des quadrans, ayant au droit les têtes des mêmes divinités que sur les pièces cor^ respondantes de la série d'État romaine (livre YII, chap. u, § 3), sauf que la tête d'Apollon ou celle de Cérès se substitue quelquefois à celle d'Hercule sur le quadrans; au revers, le nom du magistrat romain , dans une couronne, occupe le champ, ou bien il accompagne le symbole particulier choisi par ce magistrat; plusieurs ont adopté le même type, d^un soldat armé de pied en cap. Lorsqu'il y a sur ces monnaies l'indication d'un lieu d'émission, c'est le monogramme grec contenant les premiers éléments du nom de Fanorme, monogramme qui se rencontre aussi sur
j^l) Catal. of gr. coins in iheBrilisk Muséum, Sicily, p. 28.
(2) îbid. p. 31.
(3) A Alaesa, les légendes latines n'apparaissent qu'au moment, dont la date est encore indéterminée, où la ville fut faite colonie romaine ; comme ville autonome et immune sous les Romains, elle avait d'abord monnayé avec des légendes grecques.
(4) Eckhel, D N, 1. 1, p. 233 et s.; Fr. et L. Landolina Patemô, Monografia délie mwete consolari sicuU, Naples, 1S52; Fr. Landolina Patemô, Leitera al Riuio intomo ad alcune mofiete romano-sicule, Catane, i8S3 ; Mommsen, M R, t. m, p. 237 et s.; Catal. ofyr, coins in the Brii. Mus. Sicily, p. 1241 29.
(5) Le seul des magistrats romains nommés sur ces monnaies qui ait ajouté son titre, M*. Acilius, se qualifie de questeur : Cohen, M C, pL XLVI, ^ci7ia. no 2 ; Mommsen, M K t. Il, p. 59.
les autonomes de la ville. Au lieu de porter le nom du questeur, les as, semis et quadrans les plus anciens, ceux qui forment la tète de la série, ont au revers, dans une couronne, un grand monogramme composé des lettres nOR (1), initiales du nom de Porlus, qui paraît avoir été Tappellation adoptée en latin pendant quelque temps, comme traduction du grec navcpp; (2). Ainsi, durant une bonne partie de la période républicaine, après la conquête, Tatelier de Panorme émit simultanément un double monnayage^ municipal à légendes grecques, dans le système de lalitra sicilienne^ provincial à légendes latines, au nom des fonctionnaires romains et dans le système de Tas.
La combinaison du droit de monnayage municipal autonome, restreint aux seules espèces de cuivre, qui fut^ comme nous venons de le voir, appliquée d'abord aux îilles privilégiées de la Sicile, devint, lors de la formation des provinces de Macédoine, d'Achaïe et d'Asie, le droit commun des villes grecques. Ou du moins celles à qui Ton accorda la permission de battre monnaie ne la reçurent que dans ces conditions, car, quelque nombreuses que soient les villes qui ont battu monnaie avec toutes les fûmes extérieures de l'autonomie , mais seulement en enivre, dans ces provinces sous la domination romaine et avant Fempire, leur liste oflfre des lacunes trop nomlirenses et trop significatives pour que l'on ne reconnaisse pu qu'il fallait une autorisation spéciale des gouverneurs, que le droit n'était pas absolu. En dehors des quelques cités plus privilégiées, comme Athènes et celles qui ont été énumérées au commencement de la section 2 de ce §,
(i) Eckhel, D N, 1. 1, p. 234.
(2) Mommsen, If R, t. III, p. 238.
lesquelles monnayaient Targent parce qu'elles été considérées comme entièrement libres et alliées, une cession de ce genre, d'un droit monétaire inférieur et treint, correspondait bien à la condition normale des i grecques, soumises à un lourd tribut et placées sous torité directe du gouverneur de la province, mais en n temps possédant une autonomie restreinte qui leur sait la possibilité de se gouverner elles-mêmes dans administration intérieure, sauf une haute surveill qui intervenait quelquefois, même dans ces affaires vées (1).
6. Le principe adopté dans l'organisation de la vince d'Achaïe avait été l'isolement des villes greccj dont on avait dissous toutes les Ligues ; il n'y avait < pas d'institutions régionales, et le seul lien d*unité ( province était dans l'autorité du gouverneur romain, i due sur tous. Dans cette situation, il ne pouvait pas y a Ueu à un droit monétaire pour la province envis comme corps. H en fut autrement en Macédoine e Asie, provinces qui jouissaient d'une véritable perso: lité légale.
Nous manquons de documents précis pour détermine] qu'où allaient l'autorité et l'indépendance administrai du KOINON MAKEAONflN, dont le nom est inscrit sui monnaies de l'époque impériale (2). Mais une mentio
(1) Cette position légale des villes grecques a été définie de ma maître i>ar M. Mommsen, à propos de la province d'Achaïe : Hi$i. t. IV, p. 319.
(2) Mionnet, t. I, p. 458 et s., 554-562 ; Suppl. t. m, p. 223-231.
ce genre suffit à établir Texistence d'institutions pro- Tinciales indigènes, d'une sorte d'assemblée délibérant sous la direction du gouverneur romain et ayant part à l'administration. La Communauté des Macédoniens, organisée dans la province que l'on établit en 146 av. J.-C, après la défaite de Philippe Andriscos, fut mise en possession d'un droit monétaire, qui s'étendit même pendant un demi-siècle environ à la fabrication d'espèces d'argent.
il existe une assez riche série de pièces d'argent et de bronze qui portent le nom du peuple des Macédoniens, MAKEAONON. Eckhel (1) les a rapportées à Tépoque des derniers rois de Macédoine, dont les petits bronzes portent des types analogues à ceux qui y prédominent ; cette opbion a été adoptée par la généralité des numismatistes, et c'est celle que tout dernièrement encore M. Bompois a défendue dans une importante monographie de ces monluues (2). Elle me parait pourtant devoir être absolument rejetée. A mes yeux, les pièces de la légende M AKEAONON n'ont pu être frappées qu'après la formation de la province romaine ; elles font suite à celles des quatre Confédérations formées après la bataille de Fydna, au lieu de les précéder iiistoriquement.
J*ai déjà indiqué plus haut (dans ce chapitre, § 1,4) les raisons de droit public qui ne me permettent pas d'admettre que les rois de Macédoine, dont la monarchie était si forte et si concentrée, aient pu laisser se produire un monnayage commun, au nom du peuple, à côté de leur
(i) D JV, i. II. p. 61.
(2) Examen chronologique des monnaies frappées par la Communaiité des Maeédoniens, Paris, i87t>.
monnayage royal. Quant aux preuvesde la date que j 'assigne à la série en question , elle^ me paraissent nombreuses et probantes. Les tailles d'argent que nous y constatons sont le tétradrachme, le triobole et le tribémiobole du poids attîque, qui depuis Alexandre était le seul eu usage dans ce pays. Mais entre le tétradrachme et le triobole nous rencontrons une pièce intermédiaire, qui ne rentre plus dans les divisions normales du système attique (i ) ; or, son poids est celui du victoriat romain (livre VU, chap. m, § 4), qui n'a pu s'introduire dans le pays qu'après la conquête* Un des bronzes les plus remarquables comme travail (2) porte un grand D latin au-dessus de la légende grecque MAKEAONON, disposée en deux lignes et occupant le champ du revers. D'autres (3) ne peuvent être séparés des bronzes, identiques de travail et de types, où se lit le nom du questeur romain C. Publilius (&). Enfin, sur les tétradrachmes d'argent, nous voyons à un certain moment s'introduire sans aucun changement dans le type, sans aucun hiatus entre les pièces qui n'ont pas et celles qui ont cette mention, le mot latin abrégé LEG (5).
Le LEOatus que mentionnent ces dernières monnaies peut être un legatus pro praetore, chargé temporairement de l'administration de la province, ou bien un legatus pro quaestore^ comme celui que sur d'autres tétradrachmes au nom des Macédoniens , sur lesquels nous reviendrons dans un instant, désigne l'indication plus complète
(1) Bompois, ouvr. cit. pl.I,n*' 4 ot 5.
(2) Bompois, pi. II. n» 16.
(3) Bompois, pi. II, n~20 et 21.
(4) Bompois, pi. IV, 6* catégorie, n® 5.
(5) Bompois, pi. II, 2* catégorie, d** 1 et 2.
LEGPROQ. L'intervention du questeur dans la fabrication de monnayages faits hors de Some est aussi indiquée par un simple Q, sans nom propre, sur quelques cistophores (1) et sur un denier et un aureus de 36 à la livre (2), frappés à Valentia dans le Bruttîum (3) lors du retour de Sylla en Italie (voy. le § 7 de ce chapitre et livre VII, chap. m, § 5).
La série des monnaies de la Communauté provinciale des Macédoniens a dans le début une physionomie purement autonome, dans l'argent comme dans le cuivre ; les monogrammes qu'on y rencontre sont grecs et paraissent exprimer les noms d'officiers monétaires indigènes. Il y a mêmeunedespièces d'argent (4) où nous trouvons le monogramme composé des lettres Ifl, lequel se trouve également sur des pièces de Philippe V, de Persée et de la Première Macédoine. Ainsi quel'a reconnu M. L. Millier (5), ce monogramme désigne certainement le Zoïle qui a écrit son nom tout au long sur quelques tétradrachmes de Persée, particulièrement remarquables comme art (6) ; il fut ^tre de la monnaie d'Amphipolis pendant près d'un demi-siècle, et sous les rois eut également une autorité sur ^€s ateliers monétaires de Pella et d'Uranopolis. Bientôt ^ caractère tout indigène ne reste plus qu'aux espèces de ^^vre; il y a limitation dans l'autorité monétaire du com-
(4) Pinder, Weber die Cistophoren, p. 271.
(^) Cohen, if C, pi. XV, Cornelia, ii« 18 ; Mommsen, MR, t. U, p. 247, '^'^ 346.
C^) Les types des pièces sont ceux de cette ville.
C4) Bompois, pi. I, n** 4.
C5) Rev.num. 1867, p. 91.
ifi) Mionnet, Suppl. t. m, p. 237, n- 689 et 690, pi. XI, m I.
mune macédonien. Les tétradrachmes continuent toujours à porter la légende nationale MAKEAONQN, mais c'est le questeur ou le proquesteur de la province qui dirige leur fabrication et qui y met sa marque. Déjà un peu auparavant (1 ) , la monnaie questoriale avait fait son apparition à côté de la monnaie du commune indigène , sous la forme d^espèces de cuivre portant, aveclenom des Macédoniens, celui du questeur écrit en grec, MAKEAONON TAMIOT TAIOT nOnAlAIOT, MAKEAONON TAMIOT AETKEIOT 4>0AKINNI0T (2). A dater du moment où la marque latine de r officier de finances romain commence à se montrer sur les tétradrachmes, on ne frappe plus de monnaies d'argent de tailles inférieures. Peut-être est-ce aux premiers temps du régime du nouveau règlement monétaire indiqué par ces différents changements, et dont la date peut être approximativement dix ou quinze ans après la création de la province, qu'il faut attribuer certaines pièces d'un billon de bas titre {&) qui paraissent avoir remplacé les petites pièces d'argent comme monnaies divisionnaires supérieures au cuivre. Ces pièces de billon présentent des monogrammes grecs de magistrats responsables, sans doute de ceux que déléguait le commune indigène, et la fabrication en fut évidemment très-peu prolongée.
Les premières émissions des tétradrachmes à la légende MAKEAONON, jusqu'à ceux où se montre le mot latin LEG, paraissent s'être suivies avec assez de continuité et
(1) Les pièces des questeurs C. Publilius et L. Fulcinnius, d*après leur style, appartiennent manifestement aux premiers temps de la réduction du pays en province romaine.
(2) Bompois, pi. IV, 6» catégorie, n»»» 1-8.
(3) Bompois, pi. IV, 5» catégorie, n» 1.
pendant un temps assez court. Toutes ces pièces, ayant sur le droit le buste d'Artémis au centre du bouclier macédonien, forment un groupe d'une étroite unité. Mais, comme Ta montré M* Mommsen (1), ce monnayage. provincial n*était plus de droit absolu^ il dépendait du bon plaisir de la puissance souveraine et ne pouvait avoir lieu qu'en vertu d'une autorisation spéciale et temporaire du gouverneur. Par suite, il ne se produisait que par intervalles, suivant les besoins administratifs et surtout militaires (voy. le § 7 de ce chapitre). Aussi tous les caractères du style indiquent-ils un hiatus d'une quarantaine d'années entre le premier groupe de tétradrachmes au nom des Macédoniens, dont je viens de parler, et un second, où les types sont autres, d'un côté la tête d'Alexandre divinisée, de Fautre les insignes de la questure placés au milieu d'une couronne. Sur ces nouveaux tétradrachmes, on lit encore la légende grecque MAKEAONflN^ mais en même temps toujours des noms d'officiers romains^ écrits en latin (2). Les plus nombreuses de ces pièces (3) , frappées dans les trois ateliers d'Amphipolis, de Thessalonique et de Pella {li)j portent au revers le nom ÀESILLAS Quaestor et quelquefois au droit l'indication abrégée du gouverneur dont il dépendait, C^. PR. On ne sait comment compléter
(2) Friediânder, Zeitschr. f. Num., t. m, p. 177-182; Bompois, pi. V, 7* catégorie, n^* 1-6.
(3) n y a une drachme qui y correspond : Bompois, pi. Y, 7* catégorie, n« 7.
(4) Les deux premières de ces villes sont indiquées par les lettres A et @9 la troisième, comme au temps des quatre Confédérations et sar les cuivres du questeur €• Publilius, par le monogramme BOT, de laBottéatide.
le nom de ce dernier personnage, mais en tout cas il est antérieur à Sylla, puisqu'il porte le titre de PRoe/or et non celui de propréteur. D'autres tétradrachmes, sortis exclusivement de Tatelier de Thessalonique, ont au revers SVVRA LEGatus PRO Quaeslore. On ne saurait hésiter & reconnaître ici, avec l'illustre Borghesi (1), Bruttius Sura, légat de Sentius Saturninus, gouverneur de la Macédoine de 89 à 87 avant Jésus-Christ. Ceci date nettement ce groupe monétaire, encore très-un et resserré dans un court espace de temps. C^. PR est le prédécesseur de Sentius Satuminus dans le gouvernement de la Macédoine, et l'émission de tétradrachmes au nom des Macédoniens, que ces deux préteurs successifs ont fait faire sous la direction, l'un de son questeur, l'autre de son proquesteur, a eu pour objet de parer aux nécessités financières qui fondaient sur eux de tous côtés, par suite de l'invasion de Mithridate en Europe et des attaques que depuis l'année 92 avant Jésus-Christ il n'avait cessé de provoquer contre la Macédoine pour se frayer la voie, incursions des Thraces et révolte du prétendant Euphène. Ayant à faire face à ces dangers, tandis que l'Italie était en proie à la Guerre Sociale et aux dissensions civiles, les préteurs de la Macédoine étaient alors obligés, comme Sylla le fut bientôt après en Grèce et en Asie Mineure (voy. le | 7 de ce chapitre), de trouver dans le pays les ressources métalliques qui leur étaient nécessaires et de créer la monnaie destinée à la paye de leurs troupes ainsi qu'au service de leurântendance.
Que la province d'Asie ait possédé sous l'autorité de la
(1) Osterv. numism. déc. XVI, 1-4; dans £es Œuvres complètes, t. II, p. 236 et s.
Bépublique romaine une monnaie d'argent régionale, d'ap- ]^ence entièrement autonome au début, et que cette monnaie ait été les cistophores (voy. livre VI, chap. ne, à ce mot), c'est un fait aujourd'hui si bien établi que M. Pinder (1) et M. Mommsen (2) ont même admis que les (àstophores avaient été créés seulement à la formation de la province romaine, en 133 avant Jésus-Christ. J'ai déjà dit (dans ce chapitre, §1,5) que je ne partageais pas cette manière de voir, que je croyais que la fabrication des cistophores avait commencé sous les rois de Pergame et s'était seulement continuée sous les Romains; j'y reviendrai encore plus tard. Quoiqu'il en soit, du reste, le débat ne peut plus porter que sur ce point, et il est incontestable que la grande majorité de ces pièces d'argent date du temps de la domination romaine. Les cistophores ont une grande analogie avec les produits du monnayage fédéral de la Ligue Achéenne et de la Ligne Ly cienne. Ce sont de même des monnaies d'un type et d*un poids uniformes, destinées à drculer indifféremment dans toute l'étendue du pays, ^uel que fût leur lieu d'émission. Ils ne sortent pas d'un atelier central; mais, au contraire, un certain nombre de ▼ifles les frappent, en y inscrivant leur nom en abrégé (3) ,
(i) VOer die CUtophoren, p. 552.
9) MH,i. I, p. 63 et s.; t. UI, p. 301 et s.
(3) Ces villes sont :
En Mysie ;
ParioD.
Pergame.
Âdramytlion
Âtarnée (?;.
Bq Lydie :
Sardes.
Tralle8.
Tbyatira.
en y plaçant quelquefois leur symbole particulier» de petite dimension^ dans le champ ^ et en y joignant la sigDftture» plus ou moins abrégée, du magistrat municipal responsable (1). Il n'y a pas, comme sur les tétradrachmesde la Macédoine> de légende commune offrant le nom d'oB peuple; la province d'Asie n* avait pas d'unité nationale; elle comprenait des pays originairement fort divers, et c'était une sorte de fédération de villes grecques soumiBeB à Rome, qu'y administrait le gouverneur.
Environ 70 ans après la formation de la province, ou commença à inscrire en latin les noms des proconsuls de la province sur le revers des cistophores. Le premier qui s'y lise est celui de Q. TuUius Cicéfon, qui eut le gouve> nement de 61 à 58 avant Jésus-Christ (2). En 50 et 49^ la province demeure sans gouverneur, pendant les débuts de la guerre civile ; c'est alors que le questeur Lucius Antonius, demeuré seul à la tête de l'administration financière, fait frapper des cistophores qu'il signe d'un simple
Enlonie :
Ephèse. Smyrne.
En Carie :
Nysa.
En Phrygie :
Apamée. Laodicée.
(i) Le magistrat municipal responsable est sûrement ici le premier des prytanes de la ville, désigné sur les pièces frappées à Pergame par le monogramme des lettres HPYT, initiales de son titre (voy. dans ce livre, chap. m, § 1, 4).
(2) Pinder, mém. cit. p. 545 et 567.
Q, initiale du mot QuaestoVj sans y écrire son nom (1). Jnsque-là, le nom du magistrat responsable de la ville d'émisâon était resté écrit en grec sur les pièces , en même temps que celui du proconsul en latin. Lucius Antonius &it le premier disparaître cette mention, qui reparaît sur les dstopliores du préteur C. Fannius (2), dans les derniers mois de /i.9, pour prendre absolument fin Tannée même de la bataille de Pharsale, tandis que Q. Cœcilius Metellus Pins exerce le pouvoir militaire dans la province à titre i^imperator^ en l'absence d'un gouverneur régulièrement institué (3) . Toute trace d'intervention des autorités municipales disparaît ainsi de ces monnaies, et sous Marc- Antoine les villes où elles sont frappées cessent aussi d'y mettre les initiales de leurs noms (&)•
Au moment où les noms des gouverneurs romains de la proràce d'Asie commencèrent à être inscrits sur les cistaphores, la Phrygie, une des contrées où se fabriquaient et où circulaient ces monnaies, avait été distraite de l'Asie pour être jointe à la province de Cilicie. Ce sont donc les noms des proconsuls de Cilicie que Ton voit sur les cistophoresd'Apamée et de Laodicée, frappés de 56 à 50 avant Jésus-Christ (5). Mais il n'en résulte pas pour cela que les cistophores eussent alors acquis la circulation légale ^s toute la province de Cilicie ; au contraire, tout indicée que ceux que faisaient frapper les chefs de ce gouver-
W) Pinder, p. 546.
3) Knder, p. 569.
0) Knder, p. 546 et 570 ; Mommaen, If R, t. m, p. 302.
W Pinder, p. 555 et 573.
(?)Knder, p.547,570et8.
n. iO.
nement avaient leur cours limité à la Phrygie. Nous l'avons déjà dit, les circonscriptions monétaires ne correspondaient pas toujours exactement aux limites adminis* tratives des provinces.
g 4. — Monnayage des provinces sous l'empire.
1. ce Le denier romain, dit M. Mommsen (1), était, dès le temps de la Eépublique, la seule monnaie ayant cours indistinctement dans tous les pays soumis à la domination de Rome, tandis que les monnaies des provinces ne circulaient légalement que dans celles pour lesquelles elles avaient été frappées : ainsi le denier romain avait cours aussi bien en Italie qu^en Espagne et en Syrie, tandis que la monnaie provinciale frappée pour TEspagne n'était pas acceptée en Syrie, pas plus que les pièces de la Syrie n'étaient acceptées en Espagne. Et lorsque nous voyons dans l'histoire qu'Auguste rendit les monnaies, les mesures et les poids romains obligatoires dans toute l'étendue de l'Empire (2), ceci veut dire seulement qu'il ordonna que tous les comptes publics et tous les tarifs fussent faits et dressés d'après le système romain; car, d'une part, il y avait déjà longtemps que le denier circulait dans les provinces, et, d'autre part, Auguste ne supprima pas les monnaies provinciales et locales. Les inscriptions trouvées dans l'Asie Mineure et dans lesquelles il n'est pas fait mention, autant que nous sachions, d'une autre espèce de
(1) if fl, t. m, p. 3 i2.
(2) DioCass. L.n, 30.
monnaie d'argent que du denier, nous en fournissent la preuve. CTne remarquable inscription de Cibyra (1) le prouve encore mieux. Après avoir désigné une somme en drachmes de Rhodes, elle en donne immédiatement l'équivalent en deniers romains. L'Egypte est la seule province romaine qui fasse exception à cette règle générale. Il paraît que, au moins jusqu'à Tépoque de Dioclétien, les comptes publics continuèrent à y être réglés en drachmes et en oboles. »
Sous rEmpire,il faut distinguer trois sortes de monnaies, d^Etat, provinciales, municipales et locales. Il sera parlé de la monnaie d'Etat au point de vue légal dans le § 8 de ce chapitre. Nous nous bornerons donc ici à jeter un coup d'œil sur les règles dont les deux autres sortes de monnaies révèlent l'existence et Tapplication, en renvoyant au livre VII, chap. iv, § 4, pour l'exposé détaillé des faits, classés dans Tordre géographique .
2. n n'y a de monnaies provinciales d'argent qu'en Orient, dans les provinces où les habitudes de la population tiennent encore au système grec de la drachme. Le gouvernement impérial frappe alors des monnaies taillées sur rétalon de celle des drachmes helléniques à laquelle les Indigènes sont habitués^ mais en modifiant plus ou moins œt étalon pour le mettre dans un rapport exact avec le denier, seide monnaie officiellement adoptée pour la comptabilité publique dans tout l'Empire.
Le plus souvent, la monnaie d* argent fabriquée ainsi V^ le service d*une province déterminée est une monnaie
(i) Corp. inser.graec, n^ i380.
purement impériale, qui n a de local que son type et son système de poids particulier. Le nom de la province n'y apparaît pas, car rémission est faite au nom du souverain, au nom du gouvernement central^ et le monnayage ne porte en rien le caractère d'une autonomie indigène.
Tel est le cas des séries les plus nombreuses et les plus importantes, de celles qui étaient Êibriquées pour les provinces les plus riches et les plus populeuses, pour les provinces qui auraient pu compter politiquement d'une façon considérable dans TËmpire. Citons avant tout l'abondant monnayage d'argent à bas titre et de cuivre, sorti de l'atelier d'Alexandrie pour la circulation particulière de l'Egypte (1) ; citons aussi les drachmes émises à partir de l'an 1 7 ap. J.-C. , date de la réunion du pays à l'empire, à Césarée de Cappadoce (2) ; le nom de la ville n'y est inscrit qu'à partir de Septime Sévère, et toujours sous la forme KAICAPCIA ou KAICAPCIAC, qui n'implique qu'une simple indication de lieu d'émission^ tandis que sur les bronzes contemporains nous avons le nom des habitants au génitif pluriel, KAICAPCCON, ce qui dénote le monnayage municipal des gens de Césarée. La nombreuse série des tétradrachmes d'argent fortement allié, que l'atelier d'Antioche fabriquait pour la Syrie, est aussi dans le même cas (3) ; le nom de la ville n'y figure qu'à partir des deux Philippe, et encore sous la forme d'une pure indication
(i) Eckhel, D N, t. IV, p. 26 et s.; Mionnet, t. VI, p. 45^14 ; St^. t. IX, p. 2i-144; FeusiTdeni, Egypte ancienne, Domination romaine^ Fêiis, 1873; Mommsen, M R, t. lU, p. 332 et s.
(2) Eckhel, D N, t. III, p. 187 et s.; Mionnet, t. IV, p. 408-437; Suppl. t. VII, p. 660-709; Mommscn, M R, t. m, p. 314.
(3) Eckhel, D iV, t. m, p. 287 et s.; Mionnet, t. V, p. 170-191 ; SuppL t. VIU, p. 131-139 ; Mommsen, M R, t. III, p. 319 et s.
d'atelier, ANTIOXIA. Il est également impossible de contester la nature de monnaie purement impériale frappée seulement sur un pied particulier, différent de celui de la monnaie générale de l'empire, en vue de convenances locales, pour la série, si bien étudiée par M. Pinder (1)^ des tétrasdrachmes d'argent impériaux à légendes latines de F Asie Mineure, qui continue sous l'empire la série des cistophoras, mais avec des types différents. L'aire de circulation de ces espèces n'était pas restreinte à la province d'Asie, mais s'étendait aussi certainement à la Bithynie, à la Pamphylie et à la Galatie. 11 n'y a pas eu pour leur fabrication un atelier unique et constant-, mais, au contraire, il est manifeste que, suivant les époques, les tétradracbmes impériaux en question ont été frappés dans différentes villes des provinces qui viennent d'être nommées, par exemple à Ephèse, à Sardes, à Nicomédie^ à Ferga. Mais ce n'est que d'après les indices de fabrique, de style et surtout d'après les types que Ton peut arriver pour quelques-uns à une détermination d'origine de ce genre. En ùit de marque de lieu d'émission, Ton ne trouve que le mot SARD sur un tétradrachme d'Hadrien et un monogramme contenant les premières lettres du nom d'Epbèse en grec sur les didrachmes et les drachmes que Néron et Vespasien essayèrent un moment de substituer aux tétradrachmes (2). Les mots COMmtine ASIAE qui accompagnent l'image du temple de Bome et d'Auguste sur les tétradrachmes de plusieurs empereurs, comme ceux de COM-
(i) Veber die Cistophoren und iiber die Kaiserliehen Silbermedailloru der rdmiêchen Provinz Asia^ dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1855; Yoy. aussi Mommsen, M A, t. El, p. 302.
(2) Eckhel, D N. t. ÏV, p. 279; Pinder, p. 576 et s.; Mommsen, M E, t. m, p. 307.
mune Bnhyniae écrits auprès du même temple sur de; tétradrachmes d'Hadrien, se rapportent à Torganisatioi du culte des temples augustaux de Pergame et de Nico médie, desservis chacun par la Communauté de l'une de deux provinces (1), et non à l'intervention de ces Commu nautés dans le monnayage. La preuve en est dans la pièc qui fait lire à côté du temple la légende plus étendu Senatus Populusque Romantis^ COMmune Bnhyniae; eU a trait au culte et à la construction du temple, comm celle qui accompagne la représentation d'un arc d triomphe sur un tétradrachme de la même série, à li tête d'Auguste, Senatt^ Populusque Romanus SIGNIS RE CEPTIS.
Le nom de la province et de son peuple n*est pas noi plus prononcé ; les légendes, rédigées exclusivement ei grec, sont exclusivement impériales, sur les deniers frap pés en Ljcie après la suppression de la Ligue Lycienn< et la réduction du pays en province, sous le règne d Claude (2). Ces pièces ont au revers l'ancien type nationa de la lyre d'Apollon ou de deux lyres, et la fabricatioi s'en est continuée jusque sous Trajan. Comme, malgr leurs légendes grecques, ce sont des deniers impériaux di même poids que ceux de coin romain, elles ont été admî ses dans tout l'Empire sur un pied d'égalité avec eux e ont circulé jusqu'aux bords du Danube et enGrermanie (5)
Sous les règnes de Marc-Aurèle et de Commode, aprè la conquête de l'Osrhoëne et de la Mésopotamie septen
(i) Diod.Sic.U,20.
(2) Eckhel, D N, t. UI, p. i; Mionnet, t. lïï, p. 430 et s.; Suffi t. vu, p. i et s.; Mommsen, M /2, t. HE, p. 311.
(3; àlommsen, M R, t. lU, p. 312.
trionale dans la campagne de Lucius Yérus contre les Parthes, on fabriqua, probablement dans l'atelier d'Edesse, une série de petites pièces d'argent de poids assez irrégufiers, mais se rapprochant du système des drachmes frap7 pées à Césarée de Cappadoce ; elles étaient destinées à la circulation spéciale de la nouvelle province (1). Les légendes en sont grecques ; elles ont d'un côté la tête et le nom de Marc-Aurèle, de Faustine, de Lucius Vérus, de Lucille ou de Commode, au revers des types variés, mais toujours avec la légende YneP NIKHC PCOMAICUN ouYnCP NIKHC T(i)N KYPICON CeBa<yTÛv.
Sont encore purement impériales, sans mention d'autorités locales de province ou de ville, certaines espèces d'argent de poids grec, qui ont été destinées à une circulation provinciale^ mais frappées en moins grand nombre, qui ne constituent pas des séries continues et apparaissent seulement d'une manière exceptionnelle et temporaire. Tels 8ont les tétradrachmes de Vespasien et les didrachmes de wsfils, associés par lui à l'Empire, frappés en Cypre avec 4^8 légendes grecques (2) ; un tétradrachme à légende latine frappé sous Tibère en Pamphylie (3), avant Feutrée de cette province dans la circonscription où circulaient les pièces continuant la série des cistophores; enfin les drachmes de Trajan en Cyrénaïque (4).
Ces faits sont d'autant plus importants au point de
(1) EckheU D N, t. m, p. 520 et s.; Mionnet, t. Y, p. 638 et s.
(î) Eckhel, D iV, t. m, p. 85; t. IV, p. 419 ; Mionnet, t. UI. p. 672 ^V.Suppl. t. vu, p. 305; Mommsen, M R, t. m, p. 327 et s.
(3) Eckhel, D N, t. VI, p. 161.
(4) Eckhel, D N, t. VI, p. 4i5; Duchalais, Rev. num. 1851, p. 101 ; L. Mûlier, Num. de Vanc. Afrique, 1. 1, p. 172, n°« ii3-U5 et 4i8.
vne de Fétude des conditions de droit public et de la 1 gislation monétaire, que plusieurs des provinces dont ne venons de constater T existence d*un monnayage d'^arge purement impérial, bien que destiné aux besoins i gionaux, nous offrent parallèlement un monnayage provî cial de cuivre, fait au nom du Kotvov de la provini C'est le cas de la Bithynie (1 ) et de Cypre (2) . Tout en réservant dans ces provinces la fabrication exclusive de monnaie d'argent provinciale, T Empereur y âbandonn le cuivre à la direction de rassemblée de la Communal des indigènes, de même que dans la monnaie d'emp U avait laissé ce métal à Tautorité du Sénat (voy . le § 8 ce chapitre) . Deux autres pays nous offrent un monnaya exclusivement de cuivre émis sous les empereurs et a^ leurs effigies, mais au nom du Commune indigène : c'est Bfacédoine (3), où Ton ne frappe plus désormais de m(
(1) Eckhel. D N, t. U, p. 403 ; Mionnet, t. II, p. 410. — C Hadrien qui donna un droit monétaire à la Communauté de la pro? natale de son cher Antinous. Auparavant, les monnaies provinci de cuivre en Bithynie avaient été fabriquées comme monnaie! l'Empereur, portant avec la formule èicl...àvOuiiàTou, ious le pra sulai de iV, qui a le caractère d'une date, les noms des proconsuli du procurateur sous Vespasien, qui avait momentanément modifié j ministration du pays : Eckhel, D iV, t. II, p. 400 et s.; Mionnet| t p. 408 et s.
(2) Eckhel, D N, t. m, p. 84 ; Mionnet, t. m, p. 671 et s. — En de la série de bronze de Cypre sous l'Empire, nous rencontrons soos guste une monnaie prx>con&ulaire à légendes latines.
(3) Eckhel, D N, t. U, p. 64; Mionnet, 1. 1, p. 438 et s., 554-56S Sur les premières impériales de la Macédoine, jusqu'à Vespasien, o d'un côté les noms de l'Empereur et de l'autre le titre de ZEBAZT MAKEAONflN, qui semble le qualifier comme « l'Auguste Macédoniens » ; à partir de Domitien, la légende du revers est KOIN MAKEAONnN.
naie d'argent, et la Thessalie (1). Far contre, en Judée , nous (MHistatons une fabrication de petites pièces de cm?re purement impériales, destinées exclusivement à la contrée et recevant une forme particulière, pour ménager les sasceptibilités religieuses des habitants. Nous avons vu ploshaut (dans ce chapitre, § 1, &) qu'après Simon Macchabée les princes Asmonéens n'avaient plus frappé que de petltesmofmaiesde bronze, par ménagement pour les susceptibâités des Séleucides. Hérode, leur successeur, ne reçut d'Auguste, comme la plupart des rois vassaux, la permission de monnayage que restreinte au même métal. Lorsque la Judée, à partir de Tan 6 ap. J.-C. , fut admi- Bistrée par un procurateur impérial, l'ateUer monétaire national resta en activité. Les procurateurs romains y firent âapper de petites monnaies de cuivre aux mêmes types que celles des derniers dynastes indigènes (2), sans l'effigie impériale^ qui répugnait tant aux Juifs ; ces monnaies oe portent, en fait de légendes, que le nom de l'empereur et des années de Tère d'Auguste, commençant en 727 de Rome, 27 av. J.^C. ; la fabrication s'en continue jusqu'à l'explosion de la grande révolte, sous Néron. Ce sont ces petites pièces de cuivre que l'Evangile appelle 'ki'Krw (â)
(I) Eckhel, D iV, t. U, p. 135; Mionnet, t. U, p. 6 et s. — Jusqu'à Badrien, la Ligue thessalienne, reconstituée sous César, frappe sa monnaie de caîvre à la /açon d'une république simplement vassale de TEmpire : an droit est Teffîgie de l'empereur suzerain, avec son nom, au revers la légende nationale 0EZZAA(ON et le nom du stratège de la Ligue. Cest seulement ensuite que la légende du revers devient KOI NON
eeccAAriN.
(î) Eckhel, D iV, t. III, p. 497 ; Sau^cy, Numismatique judaïque, p. 138 et B.; ^Numism. de la Terre-Sainte, p. 69-78; Madden, Hietory of jewish emage, p. 134-153; Mommsen, M R, t. lU, p. 326.
(3) Lac, XXI, 2.
OU bien xoJpavTYiç (1), ce qui semble indiquer que daas les comptes officiels elles étaient cotées comme équivaiaii.'t au qnadrans romain (2). Pour le payement de l'impôt sacré dudemi-sicleauTemple (3), l'horreur religieuse qu'inspirait toute monnaie avec une effigie humaine devait faire que Ton ne se servait que des anciennes pièces d'argent des Asmonéens, conservées pieusement pour cet objet, et, comme les demi-sicles étaient très-rares par comparaison avec les sicles entiers, les changeurs du Temple demandaient un fort agio pour changer les sicles en demisicles (4). L'Evangile appelle d/5pa)^(Lov et (rrar/ip la pièce employée au payement de cet impôt (5) . Mais, pour le ceos à payer au fisc impérial, on se servait des monnaies à rimage de l'empereur (6), tétradrachmes provinciaux ou deniers de coin romain. Ces derniers circulaient abondamment déjà dans le pays au temps de Jésus, et TEvangile évalue en deniers le prix des choses d'une valeur élevée (7). D'autres prix, minimes, y sont exprimés en as, àc<yapia(8)t et en eflFet il est probable que ceux de l'atelier sénatorial d'Antioche venaient en grande quantité dans la Judée.
(i) Matth. y, 26; Luc, xn, 42.
(2) Il feerait bien difficile d'admettre que les quadrans de Tatelierde Rome venaient circuler jusqu'en Judée ; d'aussi petites monnaies ne voyagent pas d*ordinaire. Dans Tatelier sénatorial établi à Antioche po^' le monnayage du cuivre, on ne frappait pas de quadrans*
(3) Joseph. Ant. Jud. XVIU, 9, 1.
(4) Maimonid. De sicl. lU, i.
(5) Mattb. XVII, 24-28.
(6) Matth. XXII, 15-21 ; Luc, xx, 20-25.
(7) Johan. vi, 17 ; xii, 5.
(8) Matth. X, 29 ; Luc, xit, 6.
à LOI DANS LES MONNAIES ANTIQUES 157
pasîen, après la prise de Jérusalem, on frappa en seules monnaies impériales grecques qui portent i pays, et cela pour célébrer sa défaite, les pièces 3 à la légende lOYAAIAC EAACOKYIAC (1). Elles ivoir été frappées dans Tatelier de Césarée, de B Taureus de Titus avec la légende latine corres—
IVDAEA DEVICTA (2). Nous avons ensuite, litien, quelques pièces de cuivre latines provinas les lettres S C, que leur travail et leur proveistante, de même que leurs types, montrent avoir ées à Samarîe ou à Césarée pour circuler en Ju- Puis, à dater de ce moment, la Judée ne posséda nonnaies provinciales propres; elle se servit de la province de Syrie.
ous ces faits, on voit assez nettement se dessiner tation des principales circonscriptions monétaires lies admises dans TEmpire, et dont la plupart té établies par Auguste lui-même. Comme déjà ons constaté sous la République, elles ne coïncijxactement avec les divisions administratives . Ainsi
provinces ayant une administration séparée des pour former la circonscription d'émission et ition des tétradrachmes qui se greflFent sur Vanne des cistophores. D'un autre côté, des pays us la même administration et dans la même promme la Crète et la Cyrénaïque, ont des monnaies
y, Numism. judaïque, p. 155; Numism. de la Terre-Sainte^ , Madden, Jewish coinagey p. 183.
n, If /, 1 1, p. 347, n® 45; Madden, p. 190.
n, M I, t. I, p. 430, n- 354 et 355; Maddtn, p. 197; Saulcy, 5 kl Terre-Sainte, p. 80-82.
différentes. La Bîthynie et le Pont forment une seule province; mais monétairement la Bithynie est agrégée à l'Asie, tandis qne le Pont en est distinct. La communauté d*étalon monétaire entre plusieurs de ces circonscriptions de monnaies provinciales, la Syrie, la Cappadoce et Cypre, est de nature à faire penser que leurs espèces pouvaient en ce cas circuler de l'une dans Tautre, et les dépôts de médailles que Ton découvre viennent confirmer cette hypothèse. C'est peut-être même pour faciliter rentre-coun monétaire entre ces provinces que Ton n'a permis de frapper que des tétradrachmes en Syrie et des drachmes en Cappar doce : la première de ces provinces était ainsi obligée d'emprunter à l'autre les pièces divisionnsdres et la seconde les multiples à la première.
En général, il n'y a qu'un atelier unique et central par chaque circonscription, et il est placé dans la métropole, à Antioche pour la Syrie, à Césarée pour la Cappadoce, à Alexandrie pour l'Egypte. Si la fabrication n'est pas concentrée de la même manière dans la circonscription qui comprend l'Asie avec la Bithynie et la Pamphylie, c'est précisément parce qu'elle comprend plusieurs provinces et que dans celle d*Asie plusieurs villes ont le rang de métropole (l).
3'. Les monnaies provinciales d'argent de la Crète ont un caractère différent de celles que nous avons jusqu'id passées en revue. On y lit le nom de l'empereur, celui du gouverneur romain, celui du peuple de la province, enfin celui de la ville d'émission plus ou moins abrégé, car on
(1) Marquardt, Handb, d. rOm. Alt^rfh. t. m, 4, p. 139.
en â frappé à Elenthernœ, Gortyne, Hiérapytna, Cydonia et Poly nrhéDion (1). En général, ces pièces sont émises au nom des Cretois, KPHTE2, et le nom de Tempereur est au datif de dédicace. La fabrication de ces espèces d'argent n'a eu lieu, du reste, que sous les règnes d'Auguste et de TSbère (2). Après, on ne trouve plus que des monnaies de cuivre ayant au droit TefQgie et la légende impériale, au levers la mention du KOI NON KPHTHN ; elles se prolongent jusque sous Caracalla. Lorsqu'une monnaie provini GÎale d'argent reparait un moment sous Trajan, elle est I toute impériale, avec d'un côté la tête et la légende de I l'empereur en latin, de Tautre l'image de la déesse Dictynnaet l'inscription Al KTYNNA KPHTnN (3) ; le peuple de la province n'est plus mentionné que d'une manière indirecte, dans la qualification de sa déesse nationale, a Le nom delà Crète se trouvant encore sur les pièces d'argent impériales des premiers règnes, remarque judicieusement ILMommsen (4), prouve seulement que le gouvernement n'attacliait pas grande importance à ce petit Etat^ et qu'il ne croyait pas nécessaire de contrarier, dès le principe, ses tendances à l'autonomie et ses espérances de liberté. »
En Cilicie, province à laquelle on pouvait encore laisser sans inconvénient politique certaines allures de liberté, on va même encore plus loin dans cette voie. Le monnayage d'argent provincial, qui ne paraît avoir jamais été très-
0) Eckhel, D N, t. ïï, p. 301 et s.; MioDnet, t. H, p. 257 et s.; Suppl. ^' ^^» p. 296 et s.; MommseD, M R, p. 330 et s.
P) U pièce analogue du règne de Nerva (Mionnet, t. H, p. 239, n9 9)
est fausse.
(3) Mionnet, Siipp/. t. IV, p. 297, n» 8. (^) * H, t. III, p. 349.
leO LA MONNAIE DANS L'ANTIQUITE
nombreux, mais qui se prolonge jusque sous Caracalla, prend la forme d'un monnayage semi-autonome delayilk de Tarse, métropole de la province (1). Si ces pièces ont toujours l'effigie impériale, le nom de la cité y est invariablement écrit au revers, avec le titre qui lui donnait le privilège d'émettre la monnaie pour la province ; on y trouve même quelquefois mentionnée TÂssemblée, KOINO- BOYAION, qui siégeait dans cette ville.
A . Ceci nous amène naturellement à examiner les faits de monnayage local et municipal pendant la période de l'Empire, et les règles qui en ressortent.
Comme de juste, nous ne rencontrons de monnaies d'argent locales que dans les villes qui ont le titre de libres, autonomes et immunes. Encore toutes celles qui sont dans ce cas ne jouissent-elles pas de ce privilège. Quelques-unes des plus grandes , des plus riches et des plus glorieuses cités qui conservent une autonomie nominale, comme Athènes, Ehodes, Cyzique, n'ont plus la permission d'émettre que des monnaies de cuivre. Les faits de monnayage d'argent par les villes sous l'Empire sont, du reste, assez peu nombreux pour que nous puissions tous les passer en revue (2).
(i) Eckhel, D N, t. ffl, p. 72 et s.; Mommsen, M R, t. m, p. 329.
* (2) Il faut, avant tout, retrancher comme fausses les pièces suivantes, qui ont été citées comme exemples de monnayages de ce genre :
Bagae (Lydie), à la tête de Gallien : Mionnet, t. IV, p. 18» n« 92.
Clazomène (lonie), à la tète d'Auguste : Mionnet, t. lU, p. 70, n« 77.
lyr ne cesse la fabrication de ses tétradrachmes d*arit de forme pleinement autonome, sans rien qui rappelle suprématie impériale, qu'après Tan 183 de son ère loe, 57 ap. J.-C. (1), c'est-à-dire dans les premières nées du règne de Néron. Les tétradrachmes purement pénaux d'Antioche, frappés pour la province de Syrie, Dtnous avons parlé tout à l'heure, ne commencent .'en 54 de l'ère chrétienne. Auparavant, sous Auguste, ville d'Antioche, comme municipalité, avait émis en Q nom des tétradrachmes à la tôte de l'empereur, depuis m 25 jusqu'à Tan 36 de l'ère actiaque, c'est-à-dire de av. J.-C. à 6 ap. J.-C. (2). Ce monnayage avait alors ssé, par une cause qui nous reste inconnue, et Séleucie, iccédant au privilège d'Antioche, avait fabriqué des tétrarachmes dans les mêmes conditions (3), de l'an 38 à Ml 54 de l'ère d'Actium (4), par conséquent jusque sous ibère (5).
La Ligue Lycienne, république seulement vassale de iome et de l'empereur, continue son monnayage d'argent isqu'à Claude , qui m#t fin à son existence. Seulement,
Séleucie du Calycadnos (Cilicie), à la tôte d*Hadnen : Mionnet, t. m, p. 600, no 294.
Trallfts (Lydie), à la tôte de Matidie : Mionnet, t. IV, p. 184, n» 1066.
(*) Eckhel, D N, t. III, p. 380 ; Mionnet. t. V, p. 416.
(2) Kckhel, D iV, t. III, p. 272 et 287.
(3) Mionnet, Suppl. t. VIH, p. 188, n<> 288.
W Mionnet, t. V, p. 276, n^ 887.
GQ On a aussi de Tibère un tétradrachme grec qui parait frappé à ■^^Hiicée, où le nom de la ville n'est pas inscrit, mais où l'on voit •^ de dejix magistrats locaux : Mionnet, Suppl. t. VIIT, p. 170,
nous l'avons déjà remarqué (dans ce chapitre, § 3, 2), elle abandonne alors son ancien système monétaire pour frapper des deniers et des bronzes du système de Tas. Mais ces pièces ont toujours les anciens types fédéraux et sont émises au nom de la Ligue et de ses villes (1). L'effigie impériale remplace sur le droit la tête d* Apollon, comme hommage au suzerain, mais elle est sans légende.
Sous Auguste, nous rencontrons encore à Byzance qudques tétradrachmes avec le nom de la ville et le portrait de l'empereur, mais point son nom (2), et à Chios mie drachme qui a d'un côté ZEBAZTOZ et de l'autre \enm du magistrat local, mais point d'effigie (â). Dans ces demc localités, ce monnayage d'argent ne se prolonge pas plus tard,
Laodicée de Syrie frappe quelques tétradrachmes à son nom et à la tête du souverain, d'abord sous Néron (4)f puis sous Hadrien (5). L'émission de ces derniers coïncide avec le moment où l'atelier d'Antioche cesse presque complètement de frapper ses tétradrachmes impérianXt pour n'en reprendre la fabrication^ que sous Pertînax(6)- La suppression du privilège de posséder un atelier d'ar-
(1) Cavedoni, Observations sur les monnaies de la Lycie, p. 11; 1^" cester Warren, Greek fédéral coinage^ p. 38; Mommsen» Jf A, t. ID» p. 311.
(2) Eckhel, D iV, t. U, p. 59 ; Mionnet. 1. 1, p. 449, n- 149 et IW.
(3) Mionnet, t. m, p. 278, n» 128 ; Suppl. t. VI, p. 402. n« 113.
(4) Mionnet, t. V, p. 248, n*» 719.
(5) Mionnal, t. V, p. 251, n« 736; Suppl. t. VUI, p. 173, li-t*> et 230.
(6) MommseD, M R, t. III, p. 230. — On a pourtant un on deux té^ tradrachmes de Marc-Âurèle et un de Commode, qui rentrent dans lai^s^^ de ceux d'Âotioche.
gent provincial avait été une des mesures par lesquelles Hadrien avait châtié la rébellion d'Antioche, et l'on sait que ce ne futque Septime Sévère qui, sur la demande de son fils Caracalla, rendit à la ville tous ses anciens droits (1). Du reste, Hadrien, l'empereur voyageur et à Tesprit cosmopolite, accorda encore à d'autres villes que Laodicée le droit exceptionnel de battre des monnaies d'argent particulières. C'est sous lui qu'iEgœ de Cilicie, qui prit dès lors le surnom d'Hadrianœ , attesté par la numismatique, frappa des pièces d'argent du poids des anciens statères delà province (2); c'est sous lui que commença aussi la trèsabondante émission des drachmes d'Amisos de Pont, qui se continua sous Antonin (3). Enfin Stratonicée de Carie nous offre un tétradrachme à son nom, avec la tête et le nom d'Antonin le Pieux (4).
On voit combien ces faits sont restreints et sporadiques. n est clair, d'après cela, que sous l'Empire les principes de lalégblation monétaire ne sont plus les mêmes que sous la Bépublique, que les villes déclarées libres et autonomes A*ont plus, en vertu de leur situation même, le droit ftbBoln de frapper une monnaie d'argent à elles propre. Dans les cas bien rares où elles ont la licence de monnayer ce métal, ce n'est que d'après une permission formelle, spéciale, temporaire et révocable, de l'Empereur; et en général cette autorisation ne reste que peu de temps en ^eor. Leur monnayage, d'ailleurs, est, malgré ses formes extérieures de semi-autonomie, complètement
(i) Eckhel, D N, t. m, p. 297.
9i MioDoet, t. m, p. 540, n'' 19 ; Mommsen, UR, t. UI, p. 329.
(3) Eckhel, DN, t. H, p. 348 ; Mionnet, t. U, p. 344 et s.
W Mionnet, t. m, p. 378, n« 4i0.
u. il.
soumis à ia surveillance et à la direction du g de la province, réglementé par ses ordonnance espèce de droit, dont l'indication et la solution été conservées par le Digeste (2), repose sur le gouverneur qui, vers le temps de Marc-Aurèle, monétisé les espèces d'argent d'une ville, dont n sèment on ne nous donne pas le nom, comme é titre trop altéré.
5. Avec la rareté des permissions de moni l'argent accordées aux villes sous TEmpire, conti contraire, la largeur et la facilité déployées, p les provinces de T Orient, par le gouvenieraem dans Foctroi des autorisations de monnayage cuivre. Cette permission devient le fait ordir toutes les cités de la moitié orientale de l'Empi bien. peu de villes de ces contrées, même de sec( qui ne soient représentées dans l'immense sérî Impériales grecques. Beaucoup , qui n'avaient j monnayage propre aux époques antérieures, font lement leur apparition dans la numismatique. Ce plication des permissions de monnayage municipa au cuivre, durant l'ère impériale, tint à plusieu On flattait par des privilèges de ce genre, qui tin peu à conséquence, la vanité des villes grecques j attachait à la domination romaine. C'était une d( sions les plus sensibles extérieurement de cette des empereurs, qui, dès le premier jour, tendit à
(i) Mommsen, MR, t. m, p. 240.
(2) XLVl, 3, 102.
les provinces, effroyablement opprimées par Taristocratie romaine dans les derniers temps de la République. En même temps, on paraît à une nécessité économique, en compensant, par ce développement des monnaies locales, rinsuffisance de la monnaie de cuivre d'Empire, dont la febrication avait été remise au Sénat (voy. le § 8 de ce chapitre, et livre VU, chap. iv, g l). II n'y avait, en effet, pour toute l'immense étendue du monde romain, que deux hôtels des monnaies sénatoriaux, Tun à Rome et l'autre h Antiochc (voy. dans ce livre, le § 8 du présent chapitre, et chap. IV, § 2). Ce n'était pas assez pour produire la masse de monnaie d'appoint de cuivre nécessaire aux besoins de la circulation journalière, des petites acquisitions de la vie quotidienne des millions d'hommes soumis au Sîeptre de l'empereur ; sans compter que les difficultés des communications et la cherté du transport de cette monnaie, essentiellement encombrante, n'eussent pas permis que de Rome et d'Antioche elle se répandît en grandes qiiantités jusqu'au fond des provinces les plus reculées. Le développement de ce monnayage municipal pour la circulation intérieure de chaque ville répondait donc à un véritable besoin, du moment que l'empereur ne s'était pas chargé de fournir lui-même la monnaie de cuivre à ses s^ets, en la faisant frapper par son autorité dans des ate Hers répartis entre les diverses régions.
Mais si la peilnission du monnayage municipal du cuivre se donnait ainsi avec une extrême facilité, elle ne constitaJUt nulle part un droit existant par lui-même; elle résultait d'autorisations formelles, soumises à de nomhreuses restrictions, à une réglementation sévère, et essentiellement révocables. Et sous ce rapport nous n'entrevoyons aucune différence entre la condition des villes
déclarées le plus solennellement libres et autonomes, celle des villes qui ne jouissaient pas des mêmes privil^c Tout ce que les premières y gagnaient, c'était de pouvc écrire des titres ronflants de liberté dans les légendes < leurs monnaies municipales. Mais, au point de vue mon taire, il n'en résultait aucun droit réel. Chez les un comme chez les autres, la suite des monnaies frappées soi les empereurs offre souvent de notables interruptioni révélant des périodes de suspension de la licence de moi nayage, que les faits historiques connus par les écrivaii et par les inscriptions ne suffisent pas toujours à explique La condition de ville libre ne se traduit même pas par \ développement plus grand du monnayage municipal; il a certaines cités dotées des privilèges les plus larges commercialement importantes, comme Byzance et Bhodi dont la série monétaire au temps des empereurs est si gulièrement pauvre à coté de celles de villes qui ne jeu saient pas nominalement d'aussi beaux droits. Notons, < reste, pour achever de bien déterminer la nature des p missions de monnayage, lesquelles devaient être donn^ par l'empereur directement ou en son nom par le gouvi neur de la province (voy, ce qui sera dit dans le § suivai au sujet des colonies), que pour beaucoup de villes el n'ont été que temporaires et très-courtes. On ferait n longue liste des villes dont on ne possède de monnaies q sous un ou deux empereurs; mais, en général, ce sont < villes de second ou de troisième ordre.
Au reste, pour que la concession de semi-autonoi monétaire, ainsi accordée à l'administration municipale tant de villes, ne fût pas trop étendue et trop significat pour en marquer l'origine, ainsi que les droits de la s( veraineté impériale, une règle presque absolue imposât
placer sur la face principale de la monnaie municipale de enivre l'effigie et le nom de Tempereur ou d'un membre de sa famille, et le nom et le type de la ville au revers. Bien peu de cités ont dû, comme Athènes, Chios et Massafie (1), au })restige qui s'attachait à leur nom et à leurs souvenirs, d'être admises à laisser aux monnaies de cuivre qu'elles frappaient une apparence pleinement autonome, n'y mettant que leur nom et leurs types, sans mention du prince qui régnait à Rome et qui les tenait réellement daos sa main.
Le nom vulgaire à^ Impériales grecques est, du reste, peu exact et ne correspond pas à la véritable nature de
(1) M. Mommsen {M R, t. III, p. 253) et M. Herzog {Galliae Narhonenmprovinciae romanae historiay p. 164) croient que tout monnayage cessa i Maasalie après la prise de cette ville par Cé?ar, à cause de l'absence de nention des empereurs sur les monnaies massaliotes. Mais ce fut seule- Beat le droit de frapper une monnaie d'argent qu'elle perdit alors. Il est incontestable que la fabrication des espèces d'argent de Massalie se pro- ^gea jusqu'à ce moment, et d'un autre côté la série monétaire massaliote se continue longtemps encore après la cessation du monnayage de l'irgent, sous la forme de très-petites pièces de cuivre, dont quelques- Boes, d'après tous les caractères de la fabriqué et du style, appartienwoiànne époque avancée de l'ère impériale (La Saussaye, Numism. de ^OoMkNarbonnaise, Mauilia, n«" 388-421, 423-431). Un exemplaire du A* 429 de M. de La Saussaye, sortant de dessous le coin, a été trouvé à ^ dans l'urne cinéraire d'un tombeau du n* siècle de notre ère (Saint- ^inoem», cité par La Saussaye, Numism, de la Gaule Narbonnaise, p. 88), M ce n'est pas la plus récente de ces pièces. Sans doute, le privilège ^nt jouissait ainsi Massalie était unique en Occident ; mais il n'y avait P^) non plus, dans cette moitié du monde romain, d'autre ville grecque <pûeût conservé de même, malgré tous les droits que César lui avait en- '^^^, sa qualité de libre et môme son autorité sur quelques autres villes (Strab. IV, p. 181), comme Athénopolis (Plin. H N, III, 4). Aussi Pom- P^Miins Mêla (U, 5), sous Claude, admirait-il qu'elle fût demeurée dans ^le condition, et au vi* siècle Agathias (I, p. 12, éd. de Paris) disait ^l^'elle n'avait cessé d'être grecque que pour devenir barbare.
ces monnaies, qui, malgré la présence obligatoire deVeffi.gie (lu souverain, sont municipales et non impériales. L importe d'insister sur ce point aujourd'hui qu'en Frana^ quelques numismatistes, trop peu érudits s'ils ont un graiic maniement pratique des médailles, prétendent, cédant l de mesquines considérations destinées à flatter des goûfa de curieux ignorants (1), ramener la numismatique de deux siècles en arrière, reculer d'Eckhel à Vaillant, enlever la série des Impériales grecques de Tordre géographique des villes pour la ranger sous la rubrique des empereurs. Les formules des légendes de ces pièces déterminent de la manière la plus précise leur vrai caractère (voy liv. IV, chap. II). Les noms des empereurs y sont toujours au nominatif , à l'accusatif, cas qui révèle une formule d'honneur, ou au datif, cas dénotant une dédicace, jamais au génitif, qui caractériserait la possession de la monnaie ; c'est, au contraire, le nom de la ville, ou plus souvent de son peuple, qui y est au génitif d'appartenance ; la monnaie est celle des habitants de la ville. Elle ne s( frappe donc pas pour le prince et par son autorité, maii par la ville elle-même, pour son compte et sous sa propr< garantie. Les agents du souverain donnent seulement h permission et conservent un contrôle. .C'est à titre d'honneur, de marque de respect et de soumission, de reconnaissance de la souveraineté, que la tête de l'empereur ] est gravée là où figurait dans les temps vraiment libres L buste de la divinité protectrice de la cité. Aussi cette effi gie impériale s' échange- t-elle quelquefois à la même époqu*
(1) Môme en me mettant au point de vue du pur curieux, je ne saurai comprendre cette tendance. Pourquoi ne serait-on pas aussi flatté d placer dans son médailler une ville rare qu'une tète impériale pe^ commune ?
contre la tête d'une divinité (1), à Gyzique, par exemple, contre celle de Coré Sotira, ou celle d'un génie protecteur, d'une personnification allégorique du peuple ou du Sénat, AHMOC, rePOYCIA, lePA CYNKAHTOC Je ne connais pas à ce point de vue de monnaie plus intéressante et plus instructive que les tétradrachmes frappés sous Auguste et sous Tibère à Byzance (2). Us n'ont pas d'autre légende que d'un côtéle nom du peuple au génitif, BYIANTIflN (monnaie) des Byzan tins^ de l'autre la mention du magistrat de la ville, Eni MATPOAnPOY HPOZENOY, sous {la magistrature de) Milrodore Héroœène; mais la face principale de la pièce offre la tête d'Auguste comme souverain, et le revers celle du roi deThrace Cotys V. Celui-ci n'avait aucune autorité directe sur la ville grecque libre, couverte par le protectorat romain, mais il était puissant et bien vu à la cour del'empereui'; ses domaines touchaient au territoire de Byzance ; il y avait intérêt à le ménager, et la cité cherchait à capter sa
(i) Il y aurait un travail de la plus grande importance à faire, et qui n'a jamais encore été même ébauché par personne. Il consisterait à essayer de déterminer et de classer historiquement, d'après les indica- ^008 du style et les jalons chronologiques précis que fournissent les iK)m8 de magistrats locaux existant simultanément sur des pièces de Tune *l de l'autre espèce, les monnaies des villes grecques à l'apparence purement autonome qui sont contemporaines de celles aux effigies impénales. Le résultat d'un semblable travail établira qu'elles sont beaucoup pins nombreuses qu'on ne le croit généralement et qu'on en a frappé P^nt toute la durée de la période où l'on fabriquait les prétendues '•péno/« grecques. Cette élude réclame, du reste, une grande patience, ^ïie critique sévère et minutieuse, et beaucoup d'expérience pratique des monnaies anciennes. Je nd crois pas commettre une indiscrétion en di- ^t que M. E. Muret la poursuit depuis plusieurs années avec zèle et Peraévérance. Ceux qui ont pu apprécier ce que sa modestie recèle ^ îraie science savent que personne n'est plus apte que lui à y réussir.
9) Pellerin, Médailles de rois, pi. IV. n». 3; Eckhel, D iV, t. H, p. 59 ; bonnet, 1. 1, p. 449, n- 149 et 150.
bienveillance par cet hommage monétaire honorifique. Paz contre, sur un autre tétradrachme de la même ville (1^ frappé au temps de Tibère, nous voyons d'un côté la tèfr« d'Auguste radiée avec la légende OEOZ lEBAlTOI, L Tautre celle de Livie avec la légende 0EA ZEBAZTH. e la mention de la cité n'a plus lieu que sous la forme abrég& BYZ , placée au-dessous de la tête de Livie.
Nous avons vu, du rest«, plus haut (dans ce chapitre §1,5), que la représentation de l'effigie royale sur les moi^ naies urbaines avait été l'une des conditions deTautonomL^ monétaire restreinte accordée à beaucoup de villes de Ls Syrie par Antiochus IV. La présence de cette effigie quoique la monnaie ne fût pas émise au nom du roi, état un hommage et une reconnaissance de sa souveraineté supérieure. C'est pour la même raison que Mithridate fi" mettre sa tête sur les monnaies delà ville de Smyrne, quanc il était maître de l'Ionie (2). Il est facile de citer encore un certain nombre d'autres exemples de même nature dans la numismatique grecque entre Alexandre et Auguste^ Nous avons ainsi le tétradrachme de Lacédémone dont le droit offre une tête royale, qui est probablement celle d'Antîgone Doson (3)^ hommage de soumission rendu au roi de Macédoine après sa victoire de Sellasie. Des pièces d'argent de Carystos d'Eubée portent une effigie encore indéterminée de roi (4), peut-être celle d'Attale T' dePer-
(1) Cohen, if /, 1. 1. p. 407.
(2) Mionnet, t. m. p. 2i7, n» 1210.
(3) Bompois, Etude historique sur les portraits attribués à Cléomène Ul, Paris, 1870.
(4) Imhoof-Blumer, Zeitschr. f. Numism. t. m, p. 302 et s., pi. Vm. n" 9 et 10.
game. Les villes autonomes comprises dans les Etats que Marc-Antoine avait donnés à Cléopâtre, Ascalon (1), Béryte (2), Tripolis (3), placèrent alors sa tête sur leurs monnaies, et Ascalon mit également sur ses tétradrachmes autonomes celle de Ptolémée Césarion (4). D'autres villes, qui n'étaient pas dans les Etats royaux de Cléopâtre, mais qui faisaient partie des provinces laissées à Amtoine par la paix de Brindes, rendirent à la reine d'Egypte Thommage d'effigie monétaire pour flatter son amant ; ce fiitlecas de Patrae d'Achaïe (5), de Damas (6) et d' Arados (7); à Nicopolis de Cilicie, son image fut associée à celle du triumvir sur les monnaies municipales autonomes (8), comme aussi à Tripolis de Phénicie (9) et à Arados (10). On voit que, en imposantl'effigie impériale aumonnayage
11) Saulcy, Rev num. 1874, p. 126; Feuardent, Rev. nutn. 1874, p. 184 et s.
(2) Feuardent, Egypte ancienne, Monnaies des rois, p. 128.
(3) Mionnet, t. V, p. 397, n« 401.
(4) Feuardent, Rev. num. 1874, p. 184 et s.
(5) Mionnet, t. YI, p. 605, n? 56 ; Feuardent, Egypte ancienne, Monnaies dirais, p. 127.
(6) Mionnet, t. V, p. 285, n«' 23-25.
(7) Mionnet, Suppl. t. VUÎ, p. 321, n» 408.
(8) Mionnet, t. II, p. 56, n»8l.
(9) Mionnet, t. V, p. 397, n"* 402-403. — M. Bompois {Rev. numim. 1868, p. 96) voit, dans la tête de femme associée à celle d'Antoine sur les monnaies de Tripolis, Octavie au lieu de Cléopâtre ; mais les dates des pièces ne permettent pas d'admettre cette attribution. Ce sont les années 23 de rère pompéienne de Syrie (42-41 av. J.-C), antérieure au mariagt) d*ÂDtoine et d'Octavie, puis 30 de la même ère (35-34 av. J.-C), postérieure à la rupture entre le triumvir et sa femme. D'ailleurs^ Tripolis appartenait à Cléopâtre, et celle-ci n'eût pas laissé mettre le portrait de sa rivale sur les monnaie s d'une ville qui dépendait d'elle-même comme reine.
(10) Mionnet, Suppl. t. VUI, p. 321, n~ 409 et 410.
municipal de cuivre des villes grecques, on suivait une tradition hellénique dont les premiers exemples dataient du temps des successeurs d'Alexandre (1); seulement on en
(i) Cet usage remontait môme à une époque antérieure, aux traditions de l'empire des Achéménides. Du moins je demeure convaincu, et j'espère pouvoir prouver d'une manière absolue, dans le chapitre i*' do livre IV, que les effigies coiffées de la mitra persique, que Ton voit sur on certain nombre de monnaies de villes grecques de TAsie Mineure, comme sur les espèces provinciales à la légende BAZIAEflZ (monnaie) du Roi par excellence, c'est-à-dire du Grand Roi (livre VI, chap. iv, § 2), effigies considérées habituellement dans les derniers travaux comme celles de satrapes (voy. principalement Brandis, p. 240 et s.; Barclay Head, iViMi. chron. n. s. t. XVI, p. 289), sont en réalité des portraits de rois de Perse, qui seuls possédaient le droii d'effigie dans leur empire. Ainsi je n'hésite pas à reconnaître, avec M. Waddington (Mélanges de nvr%i*malique, 1. 1, p. 96-100), la lôte d'Artaxerxe Mnémon sur le droit d'un statère d'or de Lampsaque, sans légende royale, ayant au revers le type constant de la ville (Waddington, ouvr. cit. t. I, pi. VU, no 3).
Un staière de Cyzique nous offre pour type, à titre d'honneur rendo, non à une autorité suzeraine, mais à des princes avec lesquels ils étaient en amicalt^s et étroites relations de commerce et dont la bienveillance était nécessaire à leurs intérêts, l'effigie d'un des rois du Bosj^hore Cimmérien, coiffé de la tiare conique de feutre qui était leur coiffure caractéristique, et dont les débris existaient encore autour du crâne de celui de ces rois dont la sépulture fut découverte sous le tumulus du Koul-Oba, près de Kertch (Antiquités du Bosphore Cimmérien, t. I, p. 17 et 19). Mais rien ne prouve que cette effigie ait été celle d'un roi vivant, que l'hommage ainsi rendu n'ait pas eu un caractère commémora tif, s'appHquant, par exemple, au fondateur de la dynastie des monarques bosporitains. Les gens de Lampsaque, qui avaient au fond du Pont-Euxin les mômes intérêts commerciaux que ceux des Cyzicéniens et leur faisaient concurrence sur le marché de Panticapée, ont placé la môme tôte sur un de leurs statères d'or pur (Sestini, Descr. di stateri antichi, pi. IV, n* 3). L'image de Phanagoras, le fondateur légendaire de Phanagoria, est représentée coiffée de la môme tiare conique sur les monnaies de cette ville (De Kœhne, Musée Ou prince Kotchouhey, t. I, p. 403). La tôte du roi du Bosphore figurée sur les sialères de Cyzique et de Lampsaque a donc le caractère d'une représentation héroïque plutôt que d'un hommage rendu à uu prince de son vivant.
régularisait rapplicatîon en la rendant générale et constante. Au reste, dès avant rétablissement dePEmpire, les Romains avaient admis des applications de cet usage en rhonneur de leurs généraux ou des chefs de la République, Nous verrons dans le § 7 de ce chapitre qu'au moins à partir d'une certaine époque Yimperator ou le proconsul possédait le droit d'effigie monétaire dans l'étendue de son commandement, et qu'à ce droit se rattachait celui, con-. serve dans les deux provinces d'Asie et d'Afrique jusque 8(»us Auguste, défaire placer son portrait sur les monnaies municipales des villes. Nombre de villes grecques ont décoré, entre Philippes et Actium, les monnaies qu'elles frappaient à leur propre nom, des portraits des triumvirs, soit de celui d'Antoine seul (l), comme maître de l'Orient, soit de son image associée à celle d'Octave et de Lépide (2) ou du seul Octave (3). Mais ce n'est pas seulement au triumvir sous la main duquel elles étaient placées et à ses collègues que les villes grecques rendaient cet hommage ; leur flatterie envers lui allait plus loin, et il existe toute une numismatique des femmes d'Antoine parmi les monômes municipales des cités grecques. En dehors des pièces i la tête de Cléopâtre, frappées jusqu'en Achaïe, dont uous venons de parler, nous trouvons celle de Fui vie sur une monnaie d'Eumenia de Phrygie, qui prit un moment fe nom de Fulvia en l'honneur de cette ambitieuse mé-
(i) Alexandrie d'Egypte, Âradoset Balanée; la tôte d'Antoine se trouve nsA sur les coloniales de Corinthe, Parium de Mysie et Zacynthe^ ainsi ^ BUT quelques monnaies du royaume du Pont, où elle est associée à ^daroiPulémon.
S) Hphèse.
P) Thessalonique. — Une pièce d'Ephèse unit les effigies de Marc- ^'oîne, d'Octavie et d'Octave.
gère (1), et celle d'Octavie sur les monnaies de Pella et Thessalonique de Macédoine (2). Il est vrai que Tii duction de ces deux dernières effigies a lieu d'une maniai un peu détournée sur les monnaies grecques de villes; o donne les traits de l'une ou de Tautre de ces femmes di triumvir à des divinités protectrices. Le buste de Fulvic est muni des ailes de la Victoire (3); la tête d'Octavîe à Thessalonique est accompagnée d'inscriptions qui en font la déesse de la Liberté, EAEY0EPIA, ou la personnification de l'Institution des jeux publics, AmNOGEIlA. C'est ainsi que, sur les monnaies de coin romain , la tête de Lîvîe n'apparaît que comme celle de la Piété, PIETAS, de 1« Justice, IVSTITIA, ou de la Santé, SALVS AVGVSTA (4), que Julie, fille d'Auguste, n'est représentée sur un denici romain que sans son nom et sous la forme d'une tête ai Diane k qui l'on a donné ses traits (o). Chez les Grecs^ dt reste, où la première tête royale qui avait apparu sur 1^ monnaie avait été celle d'Alexandre comme nouvel Eé-TS clés, comme dieu et fils de Zeus, une certaine idée d'ajH^ théose s'attachait à l'effigie monétaire. En plaçant celle d< l'empereur là où, du temps de la pleine autonomie, ell^
(1) Waddington, Rev. num. 1853, p. 248, pi. X, n» 5.
(2) Sur les portraits d*Octayio, voy. Bompois^ Rev, num. 1868, p. 6^' 101 ; De Witte. Gazette archéologique, 1875, p. 121-124.
(3) C'est encore sûrement la tôte de Fulvie en Victoire qu'il fauli»^ connaître sur les quinaires d'argent frappés à Lugdunum : De Witt9i môm. cit. p. 123. Nous reviendrons un peu plus loin sur ct0 pièces.
(4) Cohen, M l, t. I, p. 106.
(5) Cohen, M l, 1. 1, p. 1 12, Julie et Auguste. —Sa tète n'est franchement: un portrait que sur les deniers où elle est associée, au rovers d'Auguste, ^ celles de ses deux fils Caius et Lucius Césars •
mettaient celle de leur divinité protectrice, et où celle d'un dieu de l'Olympe seule la remplaçait encore quelquefois, les villes grecques faisaient acte de culte religieux envers la divinité impériale autant que d'hommage politique envers le souverain. Les deux notions étaient d'ailleurs inséparables pour les Grecs et en général pour les provinciaux, clez qui surtout s'était développée l'adoration de l'emper«ur vivant, la religion de l'autorité impériale, devenue comme une expression sensible du lien politique de l'Empire, un symbole de l'unité' romaine (!)•
La substitution, qui se produit quelquefois, comme nous l'avons déjà dit, au portrait de l'Empereur ou d'un membre de sa famille, de la tête d'une personnification allégorique (2) expliquée par les légendes CYNKAHTOC, lePA aNKAHTOC ouiePAN CYNKAHTON, GCON CYNKAHTON, est fort importante aussi pour bien déterminer à quel titre et avec quel caractère l'effigie impériale est placée sur les monnaies des villes grecques. Eckhel (3) a surabondamment démontré que cette personnification était celle du Sénat de Eome, auquel était réservé, dans les habitudes du JîUïgage administratif grec, le nom de aiJptWo;, tandis que les sénats locaux des villes étaient appelés ^ovlit ou ysfouffia. Sur une pièce de Synnada de Phrygie (4), on
(1) Yoy. à ce sujet les excellentes remarques de M. Boissierj La re/t- ^ romaine d'Auguste aux Antonins^ t. L p. 173 et s.
(2) Le sexe de cette. personDiûcation varie. Le plus souvent, la tôtees ^^ et ja^énile, nue ou laurée ; mais quelquefois aussi c'est une tête de wme voilée (à Nysa de Carie, par exemple), parce que le nom de ^^TjToc était féminin en grec. Au reste, sur les différents types de représentation du Sénat romain personniûé, en numismatique, voy. ^^lle,fiet;. num. 1862. p. 106-111.
13) D IV, t. IV, p. 225.
U) Eckhel, D iV, t. UI, p. 173 ; Mionnet, t. IV, p. 973.
voit d'un coté une tête juvénile avec Tinscription ICPAN CYNKAHTON, et de l'autre une figure en pied, vêtue de la toge, tenant une patère et un volumen^ avec AHMOC POMAinN; sur une autre, d'attribution incertaine, mais qui n'est sûrement pas de Damas, comme l'a prétendu Liebe (1) en la publiant, d'un côté une tête virile jeune, accompagnée des mots AHMOC PCOMAI(a)N, de l'autre UDe femme assise, couronnée de lauriers et tenant un globe, plus la légende ICPA CYNKAHTOC. Sur une monnaie de la colonie de Corinthe (2), la tête masculine et voilée du Sénat a près d'elle l'inscription SENATVt PopuloQue Romanoj comme sur d'autres ROMAE ET IMPERIO, avec la tête de Rome tourrelée (3). Les Cretois dédient une de leurs monnaies provinciales d'argent, frappée à Cydonia (4), à l'empereur Tibère et au Sénat romain : TIBEPIH KAIIAPI lEBAlTn Eni KOPvnlloj AYnOY à Tibère César Augusiej sous (le proconsulat de) Cornélius LupuSy Tête de Tibère. — lYNKAHTfl KPHTEl au Sénat les Cretois, Tête barbue et voilée du Sénat. Enfin un grand bronze de Smyrne (5) a d'un côté les deux têtes affrontées de Livie et du Sénat personnifié, CCBACTH. CYNKAHTOC, de l'autre l'image de Tibère debout, vêtu de la toge, dans un temple, CCBACTOC TIBCPIOC
Ces représentations du Sénat, s' échangeant avec l'effigie impériale, ne se montrent sur les monnaies des villes que dans les provinces sénatoriales, en particulier dans la
(1) Gotha nummaria, p. 330.
(4) Eckhel, D iV, t. II. p. 238 ; Mionnet, t. H, p. 170, n° 170.
(3) Eckhel, /. c; Mionoet, t. H, p. 170 et s., n- 171-174.
(4) Eckhel D N, t. II, p. 302 ; Mionnet, t. U, p. 258, n»* 2 et 3.
(5) Eckhel, DN, t. H. p. 5i7 ; Mionnet, t. UI, p. 219, n*» 1224.
province d'Asie. Elles y sont la marque de la part de son- Yeraineté que le Sénat exerçait légalement, et au moins nominalement, sur ces provinces. Mais la souveraineté est alors inséparable de la divinité. La tête du Sénat n*est donc pas seulement celle d'une personnification allégorique du corps souverain, c'est celle d'un dieu, qui reçoit un culte public. Nous savons par Tacite (1 ) que le commune des villes de la province d'Asie avait élevé un temple au Sénat, en même temps qu'à Tibère et à Livie, lemplum Tfbmo matrique ejus ac Senatui^ et les médailles nous* apprennent que ce temple était situé à Smyrne (2). C'est pour cela que l'image du Sénat, figurée sur les monnaies, est fréquemment qualifiée de ôeô; Suyx>.YîTo;. La même association intime des notions de souveraineté et de divinité est aussi celle qui s'attache à l'emploi de la tête de la déesse Rome, remplaçant également l'effigie de l'empereur sur nn certain nombre de monnaies des villes grecques à répoqne qui nous occupe.
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6. A mesure que l'on avance dans la durée de l'Empire, on voit le privUége monétaire des villes grecques diminuer (3), devenir illusoire et purement honorifique, se restreindre aux occasions de la célébration de ces jeux solennels qui tenaient une si grande place dans la vie du monde hellénique sous la domination romaine (voy, liv. IV, ^P- iv). Sous Aurélien enfin, la fabrication de la série
B)4im.IV, p. i5et37.
(2) Eckhel, D N, t. n, p. 547.
(3) Ub monnaies municipales grecques deviennent trè^rares à partir \ ^ Gordien m et surtout de Gallien.
lu. i^
des Impériales grecques cesse complètement (l),-aiiB8i bien que celle des tétradrachmes de Fatelier d'Antioche et des drachmes de celui de Césarée de Cappadoce, les deux seuls monnayages provinciaux des empereurs, avec celui d'Alexandrie, qui se fussent maintenus jusqu*à une époque aussi tardive. Sans qu'aucun écrivain de l'antiquité mentionne ce fait, nous voyons par les monuments monétaires eux-mêmes qu'à ce moment toutes les permissions de monnayage que conservaient encore certaines cités de TOrient cessèrent, et qu'il n'y eut plus dès lors dans tout l'Empire que la monnaie officielle et uniforme, frappée d'après un système unique par le gouvernement et sous sa garantie, au nom et à la tête de TEmpereur. Ce fut là certainement un des points principaux des grandes réformes monétaires d'Aurélien (voy, dans ce chapitre le g 8t et livre VII, chap. iv, § 2). Alexandrie seule garda quelque temps encore sa fabrication monétaire distincte* qui lui fut définitivement enlevée par Dioclétien (2) ; à dater de la défaite du prétendant Achillée par ce dernier empereur, l'hôtel des monnaies d'Alexandrie cessa de frapper un numéraire spécial, et à légendes grecques, pour le service de la province d'Egypte; il devint un des ateliers de la monnaie commune d'Empire, à légendes latines.
L'extinction graduelle, puis la suppression définitive du monnayage municipal de cuivre des villes grecques coïncidèrent avec la grande crise monétaire qui, dans le
(1) Eckhel , D iV, t. IV, p. 500; t. VU, p. 475 ; Mommsen. ai R, LlD. p. 340; F. Lenormant, Organitatian de la monnaie dans rantiquiié, p. fS.
(2) Eckhel, DN, t. VIII, p. 41. Mommsen, M Ry UlU, p. 341 ; Feoardent, Egypte ancienne ^ Domination romaine, p. 285 et 8.
UI' siècle, sévissait avec une si effroyable intensité dans tout l'Empire. Les dernières émissions des villes avaient guivi, pour ce qui est du titre du métal, l'altération progressive du numéraire de cuivre émis à Eome par Tautorité du Sénat (1) (sur cette altération, voy. livre II, chap. I, 8 2 ; livre VII, chap. iv, § 2) ; mais elle n'était lien à côté de celle du numéraire de billon donné par l'Empereur pour de l'argent. Il en était résulté, même en Occident, qu'au lieu de rester un numéraire d'appoint, en grande partie conventionnel, la monnaie de cuivre était devenue celle que l'on recherchait et prisait le plus, à «ose de sa valeur intrinsèque (voy, livre II, chap. i, § l), i plus forte raison en était-il ainsi dans TOrient, où la nuifise principale des monnaies municipales de cuivre, fabriquées depuis deux siècles par les villes et restant en circulation, se composait de pièces de fort module, dont diacune contenait un poids considérable d'excellent métal. Les conditions de la circulation de ces monnaies s'étaient ttnn trouvées complètement changées par la force des ckoscs, dans le cours du m* siècle, depuis l'ouverture de la crise économique et financière. Créées pour n'avoir de wurs légal que dans le territoire de la ville qui les frappait et avec une valeur nominale bien supérieure à leur ^cur intrinsèque (2), elles étaient devenues par le fait
(1) ICommseo^ M Rj t. III, p. 352, qui s'appuie sur une analyse de PhilHpi.
9) Les monnaies de cuivre de Chios, à Tépoque impériale, portant VM légende qui leur assigne une valeur de trois as (Eckhel, D N, t. U, P>%S), commeocent par peser environ 18 gr., ce qui est très-près de V^ d^once de la livre romaine, poids normal de trois as impériau:^ ; ^ eoeoite elles descendent jusqu'aux environs de 6 gr. (Cavedoni, *»^m. bm. p. 117).