‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 30 sur 42 · II. u · texte numérisé non relu

II. u

comprenait toutes les légions du Rhin et de la Bretagne, quelques-unes de celles de la Mésie, de la Pannonie et de la Dacie, amenées sans doute sur le Rhin lors de Texpédition de Gallien contre les Germains ; on j remarque avec étonnement les noms de deux légions d'Orient, qui ne pouvaient être représentées que par des détachements dans cette armée (1). Quant aux monnaies de la même espèce , frappées par Carausius (2) , l'historien peut y

Bretagne //" Augusta et V/" Viciriz, non plus qu'à celui de la VIW Auffusta, dont la station était dans la Germanie supérieure; mais toutes les probabilités doivent faire que Ton s'attende à les trouver un jour on l'autre.

(1 ) La monnaie qui mentionne la Legto X* Pretemis est d'autant plus singulière qu'elle porte la figure d'un taureau, emblème bien connu de li X' Gemina, qu'il serait plus naturel de rencontrer^ transportée temporairement sur le Rhin, puisque ses cantonnements étaient dans la Pannonie supérieure ef que nous l'avons déjà vue figurer dans l'armée de Gallien. Les emblèmes de la X' Fretensis de Judée sont tout différents sur la contremarque publiée par M. de Saulcy [R v. archéol, nouv. sér. t. XX, p. 252); ce sont un sanglier et un dauphin. On serait donc tenté de croire à une erreur du monnayer de Victorin .

(2) Eckhel, D iV, t. Vm, p. 46; Cohen, M l t. V, p. 506, n- 22-25; p. 519 et s., n«' 125-138.

Je ne suis nullement sûr de l'authenticité de la seule pièce d'or de ce groupe que l'on ait citée; les seules bien certaines sont de billon. Voici, du reste, la liste authentique et rectifiée des légions dont les noms sont inscrits dans. la numismatique de Carausius :

... « I,. Lirai dtcaatMoMicBl

habitoelf.

LEQio, u miHervia . Bélier. Germanie infériewc.

LEOio. il. AVOusto. Capricorne. Bretagne sopérieor^

LEQio. iiii. fLavia. Lion tenant un foodre dans sa Mésie sapéiieiire.

^ gueule.

LEQio,ii\\.FLky\A.Pia.Felix. Buste de l'Afrique au-dessus de

deux liens placés ftce à (kce (on semble avoir repris ponr

puiser avec confiance Tindication des corps qui, rassemblés sous ses ordres des deux côtés de la Manche pour résister aux incursions des pirates francs et saxons, le proclamèrent empereur; outre la totalité des légions des armées de Bretagne et de Germanie , il y en avait deux qui avaient été détachées extraordinairement de Tarmée de Mésie et peut-être une d'Italie.

§ 8. — La monnaie impériale bomaine.

1. Les longs développements auxquels nous nous sommes livré dans le § précédent nous permettront d'être beaucoup plus bref dans celui-ci. Nous avons étudié , en effet, au temps de César et du triumvirat, la transition graduelle de la monnaie républicaine à la monnaie impériale. Nous avons vu comment le monnayage de l'or, exclusivement impératoriiil et militaire au temps où les institutions de la Eépubliqiie étaient encore debout, avait cté introduit à Eome par César, en vertu de Vim-

Lr.;ioii$. Emblèmes.

Lieuxdec&ntonnemeni htbitaels.

cette pièce, qui fait double emploi avec la précédente, un vieux coin de la monnaie de Victorin mentionnant la môme légion) .

LEOio. Vi. victWx. Sanglier. firetape inférieure.

lEQio. MU' Claudia. Taureau. Mésie supérieure.

lEQio. VIII. AMGusto. Taureau. Germanie supérieure.

XJEQio. XX. yaleria. victrix. Sanglier. Bretagne supérieure.

LEGio. iixx. PRiMiGen/a. Capricorne. Germanie supérieure.

LEGto. XXX. VLPIA. victrlx. Neptune. Germanie inféritiure.

On cite aussi, mais j'en suis moins sûr, une pièce menlionnant la LEGto. M. PARTHfCd, dont les cantonnements étaient en Italie.

perium militaire qu'il exerçait exceptionnellement dans la cité même. Nous avons vu aussi que le droit d'effigie avait été primitivement lié au titre d'imperator^ qu'il en avait suivi les vicissitudes politiques, et que ce fut en tant quUmperator qu'Auguste fit de ce droit une des prérogatives de son pouvoir souverain. De même que l'ancienne qualification qui exprimait Tautorité du général sur ses troupes, et sur toute la province où il commandait, était devenue la qualification fondamentale du chef de la nouvelle monarchie, institué Vimperator universel et permanent, de même la faculté de placer sa tête sur la monnaie, dont les généraux du parti républicain dans la dernière guerre civile avaient usé sans scrupule, comme l'un des droits essentiels de leur qualité à'imperatores^ devint un des signes et des attributs exclusifs de l'autorité souveraine, exprimée désormais par le titre d^imperator.

A partir de 27 avant Jésus-Christ (727 de Eomej, toute la monnaie romaine est frappée au nom d'Auguste; mais jusqu'à la réforme monétaire de 15 avant Jésus- Christ (voy. un peu plus loin dans ce g; livre III^ chap. iV, g 2, et livre VII, chap. iv, g 1), il y a presque autant de pièces sans effigie qu'avec effigie. Pendant les premières années du régime de partage de la fabrication des monnaies entre l'Empereur et le Sénat, tant que les triumvirs monétaires signent les pièces de cuivre sénatoriales, c'est-à-dire jusque vers l'an 11 de notre ère, ces pièces sont souvent sans effigie. C'est aussi dans la même période que nous avons vu les proconsuls d'Asie et d'Afrique jouir encore de la permission de mettre leur portrait sur les monnaies. Mais , à partir de la fin du règne d'Auguste, le droit d'effigie sur les espèces publiques destinées à la circulation devient un attribut

essentiel et exclusif du pouvoir souverain de TEmpereur. En même temps, la présence de cette effigie s'établit comme la règle générale et constante de toutes les monnaies (1). On n'y rencontre que de très-rares exceptions, et, même dans ces cas exceptionnels, si Ton ne voit pas le portrait du souverain en buste sur la face principale des pièces, son image figure presque toujours d'une manière quelconque dans le type qui remplace le portrait, ou bien ce type est combiné de manière à contenir un éloge de l'Empereur, à être une manifestation de son pouvoir.

Dès Tan 68 de notre ère, l'idée monarchique attachée à l'effigie monétaire était si bien établie, si complètement passée dans les mœurs, que lorsqu'après la mort de Néron, dans l'intervalle qui s'étendit jusqu'à l'entrée de Galba à Rome, on espéra pouvoir rétablir la Képublique ou du moins limiter le pouvoir du nouvel Empereur, le Sénat se hâta de faire frapper, comme marques du nouvel état de choses, une très-grande abondance de monnaies d'or et surtout d'argent, à l'apparence toute républicaine, sans le nom ni l'effigie de Galba, que le Sénat avait pourtant reconnu (2). Galba lui-même, pendant toute sa marche

(1) On ne se dispensait de Teffigie que sur la plus petile des monnaies sénatoriales de cuivre, le quadrans, dont la fabrication parait n'avoir eu lieu que dans le i*' siècle. Presque tous les quadrans connus sont avec des tôles de divinités au lieu de portraits impériaux, et pourtant il serait bien peu vraisemblable de les rapporter exclusivement aux mois qui suivirent la chute de Néron.

(2) D. de Blacas, Rev. mm, 1862, p. 197-234; De Witte, Rev. num. 1865, p. 167-177.

Le denier avec GALLIA et FIDES, dont on ne connatt qu'un exemplaire trouvé en pays rhénan, me parait, comme à M. Hermann, qui l'a publié le premier (Eine Galligehe Unabhltngigkeit*i Munze aus rëmischer

sur Rome, dans les monnaies qu'il fit frapper sur sa route, en Espagne et en Gaule (1), ne fit pas placer son effigie (2), de même qu'il n'y prend pas encore le titre d'Auguste et s'intitule seulement SERi;t7tu^. GALBA- IMPerator, comme un général de l'ancienne République (3). Le nouvel Empereur proclamait alors qu'il ne voulait être que le lieutenant du Sénat et du peuple, legatum se senatus acpopuli Romani professits est (&).

Après cette tentative passagère, qui fut comme le dernier soupir des tendances républicaines, le droit d'effigie redevient de plus en plus un des premiers et des plus es-

Kaiserzeii, Gœttingue, 18S1], appartenir plutôt à la révolte gallo-germaine de Tutor, Civilis et Classicus.

(1) Cohen, M I, t. I, p. 218 et «.

(â) Pourtant nous avons vu, au môme moment, Clodius Macer eo Afrique faire une tentative pour revenir à l'ancien usage et pour concilier l'introduction de son effigie sur la monnaie avec la prise du simple titre républicain de propraetor Africae.

(3) Dans les premiers temps de son arrivée à Rome, pendant la lune de miel de son pouvoir, Galba, tout en mettant son effigie sur la monnaie, semble s*ôtre encore borné à y prendre le titre û'imprator. Les pièces avec LIBERTAS PVBLICA, LIBERTAS RESTITVTA, SPQR, Senattu PopulusQue Romatitts OB Cive$ Servatos^ la plupart de celles avec CON- CORDIA PROVINCIARVM, ROMA RENASCENS et VICTORIA Populi ornant, qui sont ses premières monnaies de Rome, ne lui donnent que celte qusdification. Je crois que celles où il s'intitule Caesar AugiuUu doivent ôtre considérées comme un peu postérieures, et je clamerais chronologiquem«'nt de la manière suivante les titres de Galba dans la numismatique : 1° Servilius Galba imper^itor; 2® ServUius Galha impentor Caesar Auguslm; 3® Imperator Sennlius Galba Caetar Augustut,

(4) Sueton. Galb. 10. — On retrouve encore Técho de cette idée, quelques mois plus tard, sur le grand bronze où la légende SENATVS PIE- TATI AVGVSTI accompagne la représentation du Sénat personnifié déposant une couronne sur la tête de Galba : Cohen» M I, t. I, p. 2ft3, n*232.

sentiels attributs du pouvoir impérial. Aussi voyons-nous dans rhistoire les souverains montrer la plus extrême jalousie contre tout ce qui peut paraître un empiétement sur leurs privilèges en cette matière, une usurpation de ce droit. On accuse auprès de Commode Perennis, préfet du prétoire, d'aspirer à l'empire. Commode refuse d'abord de croire à cette délation, mais il est convaincu quand on lui apporte des essais de monnaies avec la tête de ce personnage (1). Sous Élagabale, Yalerius Pœtus ayant fait frapper des pièces de plaisir en or, où ses traits étaient retracés, est condamné à mort comme ayant usurpé une prérogative souveraine, bien qu'il prouve avoir destiné ces pièces à composer simplement des bijoux pour ses maîtresses (2).

Dès que les légions ont proclamé un empereur, son pre mier soin, pour constater sa prise de possession de l'autorité, est de faire battre monnaie à son nom. Les historiens sont remplis dlndications à ce sujet. Tacite (3) nous montre Vespasien, acclamé par Tannée de Syrie, 8*empressant de faire immédiatement frapper de l'or et de l'argent à Antioche. Lampride (4) dit qu'aussitôt après que Macrin eut accepté la pourpre, on battit monnaie au nom de Diaduménien, pour montrer que son père l'associait à Tempire. Quand Septime Sévère eut consenti à s'associer comme César son rival Albin, Hérodien (5) a soin de nous apprendre que, pour montrer à celui-ci combien il

(i) Herodian. I, 9.

(2)DioCaB8.LXXIX, 4.

(3)Httl. U, 82.

(i) Diadumen. 2.

(5) n. is^

avait agi sérieusement et de bonne foi, il fit fabriquer à Rome des monnaies au nom d'Albin. Vopiscus (1) se sert des monuments numismatiques pour prouver qu'en Egypte Firmus a été réellement empereur et non pas chef de brigands, comme quelques-uns Tavaient prétendu (2) . Toutefois Trébellius PoUion (3) parle des monnaies que Trébellien fit frapper pour constater son pouvoir, dans le repaire d'Isaurie où il menait une vie de larron plus que de chef de parti. Enfin, Ammien-Marcellin (4) nous raconte que les partisans de Procope^ un moment rival de Valens, entraînèrent rlUyrie dans sa cause, en faisant circuler, pour prouver qu'il était véritablement souverain, des monnaies à son efl5gie(5).

11 ne faut pas attacher autant d'importance à ce que dit Trébellius PoUion (6) qîie Gallien, a ayant associé Odénat à l'empire et lui avoir décerné le titre d'Auguste, fit frapper une monnaie de lui, qui le représentait traînant les Perses prisonniers, » Odenatum participato tmperio Auffuslum vocavit ejusquemonetam^ qua Persas captos iraheret^ cudi jussit. La véracité de ce témoignage a été très-attaquée, car il est fort douteux qu' Odénat ait jamai»

(1) Firm. 2.

(2) On ne possède jusqu'ici aucune de ces monnaies alezandrines de Firmus; celle dont se targuait le cabinet de Pembroke était' une pièce retouchée par un faussaire moderne; voy. Curt, Cataî. Pembroke, p. 291; Cohen, if 7, t. V, p. 161.

(3) Trig. iyr. 25.

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