‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 31 sur 42 · XXVI · texte numérisé non relu

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(5) On a, en effet, un certain nombre de monnaies de Procope : Eckhel, D A\ t. VIII, p. 136; Cohen, M /, t. VI, p. 423 et s.

(6) Gallien. 12.

réellement reçu le titre tV Auguste (1), et de plus il n'existe

(1) Ce qui me paraît de nature à faire penser le contraire, c'est que dans l'inscription palmyrt^nlenne d'une statue qui lui fut dédiée après sa mort (Vog\}ié, Syrie centrale , Inscriptions sémitiqueSf Palmyre, n® 28) il reçoit le titre oriental de NsStD ipiû « roi des rois », et non celui de ^1D"»p, qui à Palmyre, dans les inscriptions indigènes (Vogiié, n° 25) exprime le titre impérial. M. von Ballet (Die Fiirsten von Palmyra, p. 55) et M. Waddington (Inscriptions grecques et latines d'Asie Mineure et de Syrie, p. 601) admettent pourtant qu'Odénat a pu être fait Auguste, parce qu'une inscription grecque lui donne le titre de leêaem?! (Corp. inscr. graec. n*» 4503 b; Henzen, BulleL de Vlnst. Arch. i8i7, p. 124; Von Sallet, ouvr. cit. p. 42; Waddington, ouvr. cit. p. 604), qui ne peut lui appartenir que comme veuve d'un Auguste, la même inscription ne qualifiant pas encore d'Auguste son fils Vaballathe. La raison est sérieuse, et les deux autorités qui l'admettent sont bien grandes. Pourtant on pourrait se demander si la conclusion à tirer de ce texte épigraphique n'est pas un peu modifiée par les inscriptions de Palmyre môme (Waddington, n° 2611 et 262S), où Zénobie, après la mort de son mari, prend seulement la qualification de ^aaiXtcroa, et non de oreSaanQ. L'inscription qui lui donne ce titre parait du temps d'Aurélien (par suite^ de la première année de cet empereur), qui y était nommé le premier, avant Zénobie. Il n'y a rien d'impossible à ce que ce soit d'Aurélien lui-môme, à son avènement, que la reine de Palmyre reçut le titre à'Augmia^ qui élevait posthumement son mari Odénat à la môme dignité. Il est certain qu'Aurélien commença par accorder des privilèges et des honneurs tout nouveaux à Zénobie et à son fils. Jusque-là, la reine de Palmyre, si elle gouvernait l'Orient romain en son nom et au nom de son fils, l'avait fait, dans la dernière année de Gallien et sous Claude le Gothique, comme auparavant Odénat, dans des conditions de titre I<^gal qui n'avaient permis que ni son nom, ni celui de Vaballathe, ne parût sur la monnaie. C'est à l'avènement d'Aurélien, et bien évidemment à la suite d*une concession spéciale do droits et de titres faite par le nouvel empereur, que Ton se mit à battre à Antioche et à Alexandrie les monnaies latines et grecques où la tôte de Vaballathe est associée à celle de l'empereur de Rome, sans que le prince de Palmyre y soit encore qualifié d'Auguste. C'est au même moment que je rapporterais l'inscription où Zénobie, qualifiée di'Augusta, figurait après l'empereur de Rome et avant Vaballathe, appelé seulement de(nc6TTic et aOroxpdTcop. Il me paraît que ce furent ces concessions mômes qui encouragèrent Zénobie et son fils à tenter encore plus. Dans la deuxième année du règne d'Aurélien, 5® de Z4nobie et de

de lui aucune monnaie, tandis que nous en avons de sa veuve Zénobie et de son fils Vaballathe (1), contemporaines des premières années d'Aurélien. Mais il est possible qu'il ne soit pas aussi inexact qu'on le croit généralement, qu'on Tait seulement mal entendu jusqu^ici. £n efiet, en pesant scrupuleusement les termes du passage de TrébeUius PoUion^ Ton arrive à cette conclusion qu'il peut parfaitement ne se rapporter qu'à l'existence d'une monnaie de Gallien dont le type de revers aurait retracé le triomphe d'Odénat sur les Perses de Sapor. C'est d'une manière semblable qu'il faut interpréter le dire du même auteur que l'on avait frappé pour Victorina des pièces de cuivre, d'or et d'argent dont on voyait encore les coins de son temps à la monnaie de Trêves (2). 11 fait sûrement (3) al-

Vaballathe, ils se mirent en révolte ouverte, ce qu'ils manifestèrent dans la numismatique en excluant Teffigie et le nom cTAurélien des momiaies (les ateliers de l'Orient, en frappant à Antioche les pièces avec IMperaior Caesar VHABALATHVS ^VGustus, à Alexandrie celles qui ont ATToxpàTwf Kaî<7àp OYABAAAA0OC A0HNOôa>poç CeBa<rrô; ou Cen- TIMIA ZHNOBIA CGBaaTr,

Au reste, si Odénat a reçu de Gallien le titre d'Auguste, ce n'a pu être, comme le remarque justement M. Waddington, que très-tard, dans les derniers mois de sa vie. Il serait donc possible que le fait fût vrai, mais qu'Odénat n'en ait pas eu connaissance en Orient avant sa mort, de manière à pouvoir profiler du droit monétaire que ce titre lui aurait donné, tandis qu'il n'était pas attaché à ses dignités précédentes, quelque grand que fût son pouvoir effectif.

(1) Sur ces monnaies, voy. Ch. Lenormant, Rev. num. 1846, p. 268- 280; Von Sallet, Die Fursten von Pa/mt/ra, Berlin, 1866; Waddington, Inscriptions (fAsie Mineure et de Syrie, p. 605; Feuardent, Egypte ancienne. Domination romaine, p. 262-266.

(2) Cusi snnt ejus nummi aerei, aurei et argentei, quorum hoàieque forma extat apud Treciros : Trebell. Poil. Trig. tyr. 30.

(3) De Witte, Rev. num. 1861, p. 205 et 8.

lusion par là aux beaux aurei de Yictoriti que nous possédons effectivement et où le portrait parfaitement individuel de Victorina apparaît au revers, déguisé sous les attributs de Kome (1) ou de la Victoire (2) ; car il n'y a jamais eu d'autres monnaies de la Mère des camps de la Gaule. Sans doute^ on ne connaît pas jusqu'ici de revers de Gallien qui corresponde exactement à la description de son biographe, mais il n*y a rien d'impossible à ce qu'on le voie apparaître quelque jour à la suite de nouvelles découvertes. D'ailleurs, il ne faut pas attribuer à cette description un caractère absolument précis, et la concordance avec le texte de Trébellius PoUion devrait être considérée comme suffisante, si l'on parvenait à constater sur un des revers de Gallien une allusion bien caractérisée à l'admission d'Odénat au rôle de corégent et à ses victoires sur les Barbares, C'est par des types de ce genre, réunissant deux personnifications de la Concorde avec la légende CONCORDIA MILITwm, deux guerriers debout, cuirassés et laurés, Tun tenant un globe, l'autre une petite Victoire, avec la légende VIRTVS AVG ou VIRTVS MILITVM, qu'Aurélien, dans sa première année, a rappelé sur les monnaies de l'Occident la situation de corégence politique qu'il reconnaissait en Orient à Vaballathe (3), en même temps que celui-ci recevait la permission de mettre, sur les monnaies latines d'Empire frappées à Antioche et sur les monnaies grecques provinciales, sa propre effigie, associée à celle d'Aurélien, mais avec un titre qui n'était pas

(1) De Witte, Becherchei sur les empereurs qui ont régné en Gaule au III* siècle, pi. XXIX, n~ 77 et 78.

(2) Ibid, pi. XXX, n»"90et 91.

(3) Von Sallet, ZeiUchr, f. Num. 1. 11, p. 252-257.

celui (l'Auguste ni de César (1). La difficulté pour reconnaître dans la numismatique de Gallien des types analogues faisant allusion à Tassociation d'Odénat sera seulement d'arriver à trouver un critérium pour les distinguer avec certitude de ceux, bien connus et nombreux, qui ont trait au règne simultané, et prolongé pendant plusieurs années, de Valérien et de son fils Gallien. J'appellerai seulement l'attention sur le rarissime médaillon d'argent à la légende VIRTVS AVGVSTORVM, où Ton voit Gallien en habit militaire, ayant auprès de lui deux enseignes, assis sur un amas d'armes et couronné par la Victoire, tandis qu'un autre personnage en habit militaire, casqué, avec le bouclier, se tient debout devant lui et lui présente un rameau de laurier (2). D'après la légende, ce sont deux empereurs, dont l'un, victorieux, fait hommage à l'autre de sa victoire. Il y a entre eux une nuance bien marquée de supériorité pour celui qui est assis et reçoit l'hommage, analogue à celle que Ton remarque dans les scènes où figurent un Auguste et un César. Au contraire, sur toutes les monnaies, en grand nombre, qui retracent ensemble Valérien et Gallien, on les met sur un pied de parité complète. La représentation s'appliquerait donc mieux à

(1) Le titre monétaire de Vaballalhe, avant la rébellion où il se qualifia d'Auguste, titre dont la lecture, bien longtemps énigmatique, est due à M. Von Sallet, est sur les pièces latines Vir Consularis ÏKomanorum IMperator Dux Romanorum, sur les pièces grecques T?caTixôç ATToxpd- T(i>p CTpaTYiYàç PCO(xaib>v. Dans l'inscription oh sa mère est appelée l6êa<TTYi, il est SeoTcoTYi; et auToxpàtup. Ce sont là les titres de son père Odénat, qu'une inscription grecque de 258 (Waddington , n** 2602) appelle àz<nz6xri(i et ùTcatixoc, tandis que Trébeliius PoUion (Gallien. 10) semble bien indiquer Tobtenlion par lui de la qualification d'imperator, en 26i, quand il dit obtinuit totius Orientis imperium.

(2) Cohen, M /, t. IV, p. 334, et pi. XVIII. n» 24.

la nature de l'association de Gallien et d'Odénat qu'à celle de Valérîen et de Gallien (1), et il faut remarquer encore que la médaille n*a pas de parallèle avec la tête de Valérien, ce qui se présente constamment pour les monuments numîsmatîques relatifs à leur pouvoir commun. Je n'ose cependant pas tirer de ces remarques une attribution certaine, et je me borne à les soumettre au jugement de ceux qui ont plus d'autorité que moi pour prononcer.

Quoi qu'il en soit, si, après les auteurs, nous consultons le témoignage des monifties antiques elles-mêmes, nous y voyons que tous les prétendants à l'empire, même ceux dont les entreprises furent les plus éphémères, firent au moment de leur proclamation des émissions numismatiques à leur nom et à leur effigie, et que nous possédons encore des monnaies d'un certain nombre de ces prétendants dont les noms sont à peine cités par les historiens. On a jusqu'à seize types monétaires du forgeron Marins (2), dont le pouvoir dans les Gaules ne dura pourtant que quelques jours. Sans doute, tous les usurpateurs éphémères du m* siècle, qualifiés plus tard de tyrans, qu'énumèrent les écrivains de l'Histoire Auguste, ne sont pas jusqu'ici représentés dans la numismatique ; mais de temps à autre des découvertes nouvelles font apparaître en ce genre des têtes qui n'étaient pas encore

(\) Si cette conjecture était admise, il ne faudrait pas se hâter d'en conclure que la légende VICTORIA AVGVSTORVM fournirait uneçreuve décisive de la réalité du litre d'Auguste décerné à Odénat ; dans le stylo de répigraphie monétaire du ni* siècle, Augusti s'applique aussi bien à un Auguste et à un César qu'à deux Augustes.

(2) De Witle, Recherches sur les empereurs qui ont régné dans les Gaules, p. 121-124, pi. XXXI.

oonimes; de plus, il semble bien que Trébellius Pollioo a enflé quelque peu la liste pour arriver au nombre précis de Trente tyrans soulevés sous Gallien, de manière à faire un pendant aux Trente de l'histoire d'Athènes, et qu'il j a compris des noms de personnages qui n'avaient pas pris assez formellement le titre impérial pour battre monnaie à leur nom. En outre, nous avons pour compensation un certain nombre de noms de prétendants fournis par la numismatique qui ne figurent pas dans l'Histoiie Auguste; la difficulté consiste à les assimiler aux i>ersonnages dont parient les historiens, car ceux-ci ont très-fréquemment employé des sobriquets populaires, autres que les noms officiels des empereurs officiellement reconnus ou des prétendant?. Les noms de Caligula, de Caracalla, d'Elagabale ou Héliogabale, presque universellement adoptés par les écrivains, ne se lisent jamais sur les monnaies de ces princes (1), 11 en est de même parmi les prétendants qui s'élevaient de tous les côtés du ni' siècle. Le Tl&ertuf. CLaudius. MARirttu. PACATIANVS des médailles (2) est bien positivement le personnage que Zonaras (3) et Zosime (4) appellent seulement Marinus; il est très-probable que le L- DOHITIVS- DOMITIANVS, contemporain de Dioclétien, dont on a eu une monnaie latine frappée à

(1) Le nom d'filogoialtu ne se lit au revers des monnaies que pcnr désigner 1fl dieu duDl celai qui s'appelait d'abord Varius Avitus Busia.- DOB, et plot tard, comme empereur, M. Aurelius Antoninus, était prttr« •ttTiltiDtroduit lecnlteà Rome, jamais comme appellation du prii\^ (voy. Xohon, M /, t. III, p. SM, n- 116-il9i S30, n" 126-1*9; V^. ' ÏOIÎS3).

j^KcWbol. fl JV, t. VU, p 338 ei B.; Cohen, J/ /. t. IV, p. â3f)et s. S XII, lu.

ilexandrie (1), n'est autre que VAchilleus des histoiens (2). Ajoutons à ces incertitudes celles qui résultent lu mauvais état du texte des écrivains de THistoire Au- ;uste et de la façon dont les noms y ont été trop souvent iéfigurés par les copistes. Ainsi nous lisons dans Trébellius *ollion (3) LollianuSj dans Aurelius Victor (4) et dans îutrope (5) L. Aeliantis^ enfin dans Orose (6) Aemù ianus pour désigner Tempereur des Gaules que les moniales nous apprennent s'être appelé en réalité Cornélius 7lpius Laelianus ; pas un écrivain n'a rendu exactement ion nom (7).

Lorsque le monarque Sassanide Sapor 1" voulut ajouter lUX troubles qui déchiraient le monde romain après sa rictoire, en faisant entrer en lice comme prétendant un

(1) Cohen, M L t. V, p. 549 et pi. XIV. — Je ne parle pas ici des

on.iaies alexandrines à légendes grecques portant le nom de AOM£-

lANOC. CCBa<rr6c. Elles présentent un problème encore très-obscur

qui demande de nouvelles études. Il n'est pas du tout sûr qu'elles soient

môme personnage que le Domilianus des pièces latines et qu'elles

ppartiennent pas, au contraire, comme le pensait Eckhel, à un tout

re prétendant, contemporain de Gallien. Le comte de Salis et M. Cohen

L t. V, p. 11 et 549) les répar tissaient entre deux chefs de révoltés,

du temps de Gallien, qui aurait été VAlexander Aemilianus de Tré-

08 PoUion^ l'autre, Domitius Domitianus, du temps de Dioclétien.

i Ch. Lenormant et M. Feuardent les ont toutes données en bloc à

tins Domilianus, assimilé à Achillée.

Cb. Lenormant. Iconographie de* empereurs romains^ p. 114; Fenar- Egypte ancienne, Domination romaine^ p. 285-291.

^alonin. 3; Trig. tyr. 2, 3, 4, 5, 7 et 30,

oe*. XXXm, 8; Epit. 32.

. Do Wilte, Rev. num. 18(51, p. 206-210.

empereur de sa façon, le Cyriades de Trébellius PoUion, le MiriadeSy Mareades ou Mariadnus d'autres écrivains (1), il fit frapper dans son camp même un aureus pour le nouvel empereur, comme signe matériel de sa proclamation ; seulement» comme on n'avait pas dans l'armée perse de graveur capable de tracer une légende latine correcte, on 7 simula les inscriptions par des traits sans suite et des lettres informes* La monnaie d'or à laquelle je fais allusion est celle du Cabinet de France, que Ch. Lenormant (2) et d'après lui Victor Langlois (3) ont attribuée à Odénat, pièce singulière par le contraste du travail délicat et vivant des types avec la barbarie des légendes. Malgré cette circonstance, on ne peut pas la ranger parmi les plagia barbarorum (voy. livre IV, chap. vu, § 2), car c'est une monnaie dont les types ont été exécutés avec soin par un artiste à la main habile, La nouvelle attribution que j'en propose se fonde sur l'étroite analogie du style avec celui de l'art sassanide au temps de Sapor, sur le type du revers, qui représente un cavalier perse au costume parfaitement caractérisé, enfin et surtout sur la ressemblance frappante de la tête laurée que l'on voit au droit, et qui a tous les caractères d'un portrait fort individuel, avec les traits donnés à Cyriade ou Miriade sur les grands bas-reliefs monumentaux où Sapor a fait retracer son intronisation (4). Elle est surtout marquée si l'on

(i) Voy., sur ces diverses leçons, Tintéressante note de M. C. MUUer, Fragm. histor. graee. t. IV, p. 192.

(2) Rev, num. 1846, p. 278 et s., pi. XVI, n» 14.

(3) Numism. des Arabes avant l'islamisme, pi. UI. nM. — Celle dernière gravure est quelque peu arrangée pour arriver à trouver dans la légende du droit des éléments du nom d*Odénat.

(4) Ces bas-reliefs prouvent que Gibbon (Décline and faU of Homan

se reporte à la composition où Sapor, monté sur un cheval qui foule aux pieds Valérien lauré et prosterné la face contre terre, impose sa main sur la tête du nouvel empereur, en lui faisant prêter serment de fidélité, ainsi qu*à Tarmée romaine (1). Les traits sont les mêmes^ bien que la barbe courte de la figure manque dans les représentations gravées, sans doute par une inexactitude des dessinateurs, et la tête de Cyriade ou Miriade est couronnée comme sur la médaille, dans le bas-relief où Sapor, toujours foulant Valérien sous les pieds de son cheval, présente T Auguste de son choix aux hommages des officiers romains (2). On peut encore rapprocher celui où Sapor, encore à cheval, remet le diadème à Cyriade, tandis que Valérien, lauré et fort ressemblant, se jette à genoux pour demander grâce à son vainqueur (3). Sur Taureus qu'il a fait frapper pour son prétendant, le monarque perse a tenu à ce que le portrait fût réel et exact, s'il s'est peu inquiété de la légende ; ceci semble indiquer que, dans la pensée et dans les idées de son temps, Teffigie primait Vinscription, comme marque de souveraineté sur la monnaie.

Mais tous les chefs de révoltes militaires, qualifiés de tyranSy ne paraissent pas avoir eu l'audace de prendre assez ouvertement le titre d'Augustes pour oser également

Empire, 1. 1, chap. x] a eu raison de placer, malgré une phrase de Trébellius PoliioQ, la proclamation de Cyriade comme empereur après la capture de Valérien. C'est aussi ce qu'admet M. G. Rawlinson (The twenth great oriental monarchy, chap. iv).

(1) Bas-relief de Darabgerd : Flandin, Perse ancienne^ pi. XXXIII.

(2) Malcolm, Hiitory of Persia^ t. I, p. 255; Teider, La Perse, pi. CXLVl ; Flandin, pi. XLIX.

(3) G. Rawlinson, The seventh oriental monarehyj pi. à la p. 607.

38a LA MONNAIE DANS L'ANTIQUITÉ

user du droit de battre monnaie à son effigie, qui était attaché à la qualité impériale. En Gaule, Probus eut affaire à deux insurrections simultanées et qui se soutenaient Tune Vautre, celles de Bonosus et de Proculus. Bonosos frappa des monnaies à son nom et à sa tête (1) ; Proculus ne semble pas avoir fait de même. Trébellius Pollion raconte qu'il ne s'était jeté dans la rébellion que par crainte des châtiments que pouvait attirer sur lui la salutation par le titre d'Auguste, qui lui avait été adressée par plaisanterie dans un repas militaire. Sans doute le poids de ce titre, et la responsabilité de l'usurpation des droits qui en dépendaient, continuaient à lui faire peur, même après qu'il se fût décidé à prendre les armes. En effet, nonseulement on n'a pas encore rencontré d'espèces qui portent son nom, mais on peut même affirmer qu'il avait eu recours à une combinaison moins compromettante que celle d'un monnayage personnel, tout en faisant &briquer le numéraire indispensable à la paye de ses troupes. C'est à sa révolte qu'il faut rapporter d'étranges pièces hybrides de billon, dont les types ont été copiés de ceux d'empereurs différents, pièces dont les exemplaires commencent à se montrer fort nombreux depuis que l'attention a été attirée sur eux et présentent une grande variété de coins. On y voit d'un côté la tête de Tétricus, plus ou moins fidèlement imitée, avec la l^ende IMP. TETRICVS. AVG ou IMP. C. TETRICVS- AVG. et au revers une Minerve Pacifère debout, avec COMITI. PROBI* AVG (2).

(1) De Witte, Rev. num. 1859, p. 148-157; Cohen, M C, t. V, p. 315.

(2) G. Vallier, Revue tavoisienne, 1867, p. 77; Annuaire de la Sec, franc, de numiêmatique, t. lU, p. 281 et s., pi. XVm, n"* 9-U.

2. J'ai eu Toccasion de rappeler plus haut (livre I, chap. 1, g I, 6) le culte religieux rendu aux images des Empereurs et des principaux membres de leurs familles, appendues aux enseignes militaires (1) ; l'effigie de l'Empereur sur la monnaie participait également au caractère sacré de la personne impériale* En général, quand une contremarque quelconque a été apposée à une monnaie impériale, on a eu soin de la placer sur le revers, en respectant le côté réservé à l'effigie ; ou bien, quand on en a poinçonné une sur le droit, on s'est arrangé pour éviter qu'elle n'oblitérât la représentation sacrée des traits del* Auguste. Sur les as de la colonie de Nemausus, les contremarques sont, nous l'avons déjà dit, très-fréquentes, et l'on en voit souvent plusieurs sur la même pièce ; il n'est pas rare de leur voir affecter le droit, mais on a constaté (2) qu'en ce cas on avait fait bien attention à ce qu'elles n'atteignissent jamais la tête d'Auguste, tandis qu'elles entament fréquemment celle d' Agrippa, pour laquelle on n'avait pas le même respect religieux.. Ce respect pour l'effigie impériale en frappant la monnaie de contremarques peut être posé comme une règle ; on n'y rencontre que de très-rares exceptions, et encore la plupart du temps on doit reconnaître qu'elles ont été intentionnelles, qu'elles ont une véritable valeur d'indications historique. Ainsi c'est plutôt au droit qu'au revers, et plutôt sur Teffigie même de Néron qu'ailleurs, qu'ont été imprimées les contremarques républicaines Res Publica ou Senaim Popu-

(i) Sur ce sujet, voy. surtout le Quatorzième mémoire de Le Beau $ur la légion romaine^ Des enseignes^ dans le t. XXXV de rancienne série des Mém. de l'Acad, des Inscriptions.

(2) Saulcy, Rev. num. 1S69-1870, p. 401.

ItisQue Romanus, apposées par l'ordre du Sénat au plus grand nombre possible des pièces de cet Empereur (1). €'est aussi toujours sur le portrait de Néron que sont frappées, pour l'oblitérer en partie, les contremarques dont l'armée de Syrie estampilla, dans l'année qui suivit la chute du parricide, les monnaies des villes du pays à son effigie, en y inscrivant successivement les noms des trois empereurs qu'elle reconnut ou proclama Tun après Tautre pendant cette année, \MPerator. GALfra, IMPera/or. OTHO. IMPerator WESpasianm (2), ou bien la contremarque contenant en monogramme les lettres VESPAStanw, que l'armée de Mésie appliqua sur tout ce qu'elle avait à sa portée de monnaies de cuivre de Néron, aussitôt qu'elle se fut déclarée pour Vespasien (3). On connaît les sesterces de cuivre de Nerva à la légende FISCI.IVDAICI. CALVMNIA.SVBLATA (4), rappelant l'ordre donné par cet empereur d'abandonner les recherches inquisitoriales commandées par Domitien pour trouver des judaisani"^ secrets à qui appliquer l'impôt spécial sur les Juifs. Il n'est donc pas étonnant de voir des monnaies de Domitien, trouvées en Judée et en Samarie, avec l'effigie frappée d'une contremarque contenant le portrait de Nerva ou celui de Trajan (5) ; la population de ces provinceSy qui avait eu beaucoup à souffrir de l'inquisition de Domitien, substituait sur les espèces circulantes les portraits de ses bienfaiteurs à celui de son persécuteur. Sur

(i) Saulcy, Mél. de num. 1875, p. 186.

(2) Saulcy, Rev, archéol. nouv. sér. t. XIX, p. 415-427.

(3) Saulcy, Mél. de num. 1875, p. 190.

(4) EckheJ. D N, t. VI, p. 40i; Coheo, M /, t. I, p. 475, n» 83.

(5) Sanicy, M^. de num. 1875, p. 339.

les monnaies municipales de villes de plusieurs provinces, panr exemple de Néapolis de Samarie (1), Teffigie d'Élagabale est oblitérée ou accompagnée d'une contremarque offrant l'A initial du nom d'Alexandre Sévère.

Il y a dans ces faits une véritable proscription de rimage d'un empereur déterminé, proscription causée par des raisons politiques. Les mesures qui firent effacer dans les inscriptions le nom de tel ou tel empereur furent appliquées dans beaucoup de localités à leur eifigie monétaire (2). La tête de Domitien sur les monnaies de Cibyra, celle Je Géta à Stratonicée de Carie (3) , à Pergame et à Smyrne, sont le plus souvent barrées de traits qui les oblitèrent. D'autres fois, c'est dans la légende que le nom proscrit a été raturé au burin, tandis que l'effigie demeurait intacte. M. Von Sallet (4) signale ce fait pour le nom de Géta sur une pièce de Métropolis d'Isaurie. Des monnaies bien connues du municipe espagnol de Bilbilis portent la date consulaire Tl. CAESARE. V- L- AELIO. SEIANO; mais sur la majorité des exemplaires le nom de Séjan a été effacé plus ou moins complètement après sa chute et son supplice (5) .

J^ajouterai que, dans certains cas, sans proscription du souvenir et de l'image d'un empereur, on n'a pas cru manquer au principe du caractère sacré et inviolable de l'effigie du souverain en surfrappant le portrait d'un

(1) Saulcy, Mél. de num. 1875, p. 336.

(2) VoD Sallet, ZeiUchr. f. Num. t. III, p. 261.

(3) Friediaender et Von Sallet, Das kœnigl. Miinzcabin^, n® 611; ZàUehr. f. Num. t. U, p. 371.

(4) ZeiUchr. f. Num. t. UI, p. 261.

(5) Fierez, Medallas de Espaûa, 1. 1, p. 183; Aloïs Hei88. Detcr. gén. des mann» ant. de VEspagne^ p. 184.

prince, mort depuis quelque temps déjà, d'une contremarque contenant celui d'un nouveau prince, que rou voulait honorer en multipliant ses images sur le numéraire circulant, même sur celui des anciennes émissions. Ainsi, plusieurs villes de Sjrrie, entre autres Babbathmoba (1), ont contremarque la tête de Septime Sévère de celle de leur compatriote Élagabale, au moment de son avènement. En agissant de cette façon, si l'on portait la main sur une image sacrée, on ne le faisait que pour lui en substituer une non moins auguste et sacrée. 11 7 a là quelque chose d'analogue aux changements de têtes des statues impériales, qui n'étaient pas toujours le résultat d'une prosscription de l'image de Tempereur ainsi dépossédé, mais bien des fois celui d'un simple empressement de la servilité publique à avoir le plus vite possible — et avec les moindres frais — des statues du nouveau maître.

3. En possession du droit exclusif d'effigie monétaire et de celui que tout le numéraire public mis dans la circulation fût frappé en leur nom, les empereurs donnèrent part à ce privilège de la puissance souveraine aux membres de leur famille, à leurs fils et à ceux de leurs proches parents, qu'ils décoraient du titre de Césars, même à leurs femmes, à leurs mères, à leurs filles et à leurs sœurs, qu'ils revêtaient de la qualification purement honorifique d'-iwgusla (2) , laquelle ne conférait aucun pouvoir politique,

(1) Saulcy, Mél. de num. 1875, p. 338.

(2) Le titre d'Augusta fut quelquefois donné à des filles d'Empereurs, mariées à des particuliers, pour qui ce rang attribué à leur femme n'entraînait aucun parUge de la puissance ou des titres impériaux. C'est

mais faisait participer à la sainteté religieuse de la dignité impériale (1). Ce fut aussi une action considérée comme un modèle de piété, de la part de certains empereurs, comme Trajan, que de placer sur les monnaies TeflBgie commémorative de leur père, qui n'avait pas été élevé à l'empire (2) . Dans le même esprit, Vespasîen ou Titus, on ne sait exactement lequel des deux, décerna le titre posthume i^Augusta à Domitille, la femme de Vespasien, morte avant l'élévation de son mari à l'empire (3).

Il importe, du reste, de distinguer de l'eflSgie d'un vivant l'effigie commémorative d'un personnage, placée sur la monnaie après sa mort. Cette dernière était depuis longtemps dans les mœurs romaines ; on avait permis sous la Képublique aux monétaires de décorer la monnaie urbaine des portraits de leurs ancêtres illustres; l'effigie posthume n'avait aucune signification politique, tandis que celle d'un vivant en avait beaucoup. Nous avons vu qu'Antoine avait été le premier à placer sur des monnaies romaines les portraits de membres de sa famille vivants,

ainsi qu'encore aujourd'hui, en Turquie, les filles du Sultan, mariées à des particuliers, gardent le titre de Sultanes et ont le pas sur leurs maris.

(i) Eckhel, D N,i. VIII, p. 356 et 364. — Claude fut le premier Empereur qui donna à sa femme Messaline, étrangère au sang d'Auguste, le titre d'Au^/d; encore n'apparatt-ii en numismatique que sur des monnaies de villes grecques.

(2) Sur les monnaies à l'effigie de Trajan le père, voy. Longpérier, Rev, num. 1859, p. 137 et s. — Ce n'est que sur les monnaies locales de Philippopolis d'Arabie, sa patrie, que nous voyons placer l'effigie divinisée de Marinus, le père de l'Empereur Philippe : Tôchon d'Annecy, Mémoire sur Us médailles de Marinus, Paris, 1817 ; Waddinglon, Rev, num. 1865, p. 56-66.

(3) Eckhel, D N, t. VI, p. 356 et s.

de sa femme et de son fils aine. Il ne le faisait, du reste, qu'en plaçant ces portraits sur le revers des monnaies, en les subordonnant à sa propre tête, seule véritable effigie légale^ occupant le côté principal de la pièce. De la même manière^ Auguste laissa placer, sur quelques-uns des derniers deniers d'argent signés de triumvirs monétaires, avant 739, les trois têtes de Julie et de ses deux fils Caïos et Lucius, au revers de sa propre effigie (1). C'est, du reste, le seul exemple d'un fait de ce genre que l'on puisse relever sous Auguste, dont la prudence s'abstint de prodiguer aux membres de sa famille un honneur qui répugnait encore aux habitudes des Bomains. On laissait les villes grecques multiplier les effigies de ce genre, où se manifestait leur goût pour la flatterie ; mais on évitait de choquer les Romains en les plaçant sur la monnaie de Rome. S'il laissa associer sur plusieurs monnaies de coin romain l'effigie d' Agrippa à la sienne (2), c'est qu'Agrippa était presque pour lui un collègue, auquel il avait permis de partager le privilège de la puissance tribunicienne, et que le portrait de ce général glorieux , après lui le premier personnage de l'Empire, ne pouvait rien avoir d'offensant pour les susceptibilités les plus ombrageuses.

Aussi Auguste admit-il lui-même Agrippa à un privilège bien plus grand et plus significatif que celui d'uue association d'effigie dans une position subordonnée. Du vivant d'Agrippa, on frappa quelques monnaies à son seul nom et à sa seule effigie, dont la légende rappelait son fameux troisième consulat, sous lequel avait eu lieu Torga-

(1) Cohen, M C, pi. XXVII, Maria, n«* 10 et 11.

(2) Cohen, AT C, pi. XV, Corn%lia, no 29; pi. XXXVUI, Sulpkia, n" 7 et 8.

Lk LOI DANS LES MONNAIES ANTIQUES 395

nisation de TEmpire (I). Le même honneur fiit accordé à Caïus César lorsqu'Anguste le désigna pour son héritier (2). Sous Tibère, on battit des monnaies à Teffigie de Drusus pendant les deux années où il fut associé à la puissance tribunicienne (3). Quant à Germanicus, en dehors du denier dont nous avons parlé un peu plus haut, et qu'il frappa en Arménie en vertu de ses pouvoirs extraordinaires, il n*y a qu'une monnaie à son nom émise de son vivant, c'est le moyen-bronze triomphal que le Sénat fit fabriquer après qu il eut reconquis sur les Germains les enseignes enlevées à Varus (4). Encore n'y voit-on pas son portrait en buste; sa figure ne s*y montre qu'en pied dans des types composés. Toutes les pièces de bronze h sa tête sont commémoratives, frappées sous Caligula et Claude, de même que les monnaies à Teffigie de Néron Drusus Tout été sous le principat de Claude. Ce n'est qu'avec les Flaviens que Ton prend l'habitude, depuis lors constante, de frapper des espèces à l'effigie des fils d'empereurs proclamés Césars, parallèlement à celles de leur père.

Mais c'est surtout contre la présence des effigies de femmes sur la monnaie que Tesprit des Romains montrait une grande répugnance. Aussi Auguste n'admit-il jamais Livie à l'honneur de voir sa tête représentée sur les espèces de coin romain. Quand Tibère, en 22 et 23 de notre ère, rendit cet hommage à sa mère, à l'occasion des honneurs signalés que lui décernait le Sénat, il n'introduisit son portrait sur la monnaie que d'une manière détournée, en

(1) Cohen, M i, 1. 1, p. 109, n» 2 et 3.

(2) Cohen, M /, 1. 1, p. 113 et pi. V, Caius César.

(3) Cohen, if /, 1. 1, p. 131.

(4) Cohen, M 1, 1. 1, p. 138, n<> 5.

donnant les traits de Livie à des têtes de déesses, PIETAS, IVSTITIAou SALVS AVGVSTA (1). C'est ainsi que, du temps d'Auguste, un monétaire s'était complu à donner les traits de Julie à un bust€ de Diane (2), Toutes les autres monnaies à Teffigie de femmes de la famille des Césars sont posthumes et commémoratives : celles d' Agrippine l'ancienne, frappées sous Caligula; celles d'Antonia, sous Claude. De Césonie, de Messaline et de Poppée, ainsi que d'Octavie, la première femme de Néron, on n*a la tête que sur des monnaies de villes grecques ou de colonies, aussi bien que des sœurs de Caligula, et encore, pour ces dernières, sauf pour Julia Li villa, toutes les effigies connues sont-elles postérieures à leur mort. Seule, l'ambitieuse et dominatrice Agrippine parvint à faire associer son effigie à celle de son mari, le faible Claude (3), et à celle de son fils Néron (4), au temps où elle le dominait, sur les monnaies d'or et d'argent dont l'empereur disposait entièrement. Mais le Sénat, quelque servile qu'il fût, n'admit pas cette tête de femme sur la monnaie de cuivre dont il avait la direction, et Agrippine n'osa pas non plus aller jusqu'à battre monnaie à sa seule effigie (S). Pour commencer à rencontrer des pièces de ce genre, n'ayant d'effigie que le portrait d'une femme vivante, dans le cuivre sénatorial aussi bien que dans l'or et l'argent du

(1) Cohen, M /, 1. 1, p. 106 et pi. V, n« 1-3. (â) Cohen, 31 C. pi. XXVn, Maria, n*> 9. v3) Cohen, M /, 1. 1, p. 174. ii« 2-4.

(4) Cohen, M I, 1. 1. p. 176, ii«2-6.

(5) La monnaie de bronze (Cohen, MI, 1. 1, p. 173) où son eflBgie serait isolée n'a été vue que par le seul Vaillant et paraît aussi suspecte que peu vraiseniblable dans les habitudes et les données de droit du temps.

prince, il faut descendre jusqu'aux monnaies que Domitien fit frapper au nom de sa nièce Julie, fille de Titus, avec laquelle il vivait publiquement comme mari et femme, sans qu'ils se fussent pourtant liés par de justes noces. Â dater de ce moment, l'habitude se prend si bien, contrairement à l'ancien esprit des mœurs romaines, que le vertueux Trâjan lui-même, ce représentant couronné du parti libéral de son temps et de la légalité, n'éprouve aucun scrupule à faire placer Teffigie de sa femme Plotine sur la monnaie de tous les métaux, non plus qu'à faire frapper, du vivant de sa sœur Marciane, un aureus dont la face principale offre le portrait et le nom de celle-ci (1), et un autre dont les deux côtés offrent les têtes de Plotine et de Matidie (:2). Même postérieurement à cette modification profonde des usages, et jusqu'à une époque tardive, il y a encore eu des effigies de femmes que l'on n'a osé introduire sur la monnaie qu'avec un déguisement et d'une manière détournée. Telle a été celle de Marcia, parce qu'elle n'était légalement que la concubine de Commode et non sa légitime épouse. Dans lé temps de sa plus grande passion pour elle^ Commode a fait représenter sur plusieurs médaillons (ce n'est même pas sur des espèces de la monnaie proprement dite, destinée à la circulation) sa tête accolée à celle d'une Amazone casquée, aux traits fort accusés dans leur caractère individuel, où il faut reconnaître Marcia, à qui

(1) Cohen, M U t. II, p. 93, n» i. — Le Sénat n'a admis, sur les monnaies qu'il administrait, l'effigie de Marciane qu'après sa mort, lors de sa Consécration.

(2) Cohen, If /, t. II, p. 92. -— Les monnaies de Matidie vivante sont postérieures à la mort de sa mère Marciane, et par conséquent du règne d'Hadrien, son beau-frère d'adoption. On lui avait donné le titre d'iluqutta^ bien qu'elle ne fût que nièce et belle-sœur d'Bmpereur».

il aimait à faire revêtir ce costume d'Amazone, se qualifiant lui-même à' AmazoniiLS (i). Nous avons signalé tout à l'heure (dans la section 1 de ce §) les monnaies d'or de Victorin, où il a donné au buste de la Victoire ou à celui de la déesse Rome les traits de sa mère Yictorine. Il n'existe pas, nous l'avons dit^ d'autre monnaie de la Mère des camps de la Gaule, bien qu'elle fût Auffusta^ comme mère d'un Auguste. Sans doute les légions qui faisaient et défaisaient alors les empereurs sur les bords du Bhin, tout en acceptant l'influence politique de Victorine et en montrant une grande déférence pour les avis de cette femme virile, n'auraient pas vu avec plaisir l'effigie d'une femme tenir la première place sur la monnaie. Et c'est à cette disposition de l'armée des frontières de Gaule et de Germanie qu'il faut attribuer l'absence de toute monnaie d'impératrice dans le groupe de la numismatique des empereurs gaulois du IIP siècle (â) .

4. Toute la monnaie portant l'effigie de l'empereur, ou des personnes de sa famille auxquelles il accordait de participer à ce privilège, était devenue dans sa forme exclusivement impériale. La prise de possession du numéraire par le pouvoir d'un seul, comme signe extérieur de l'autorité

(i)Eckhel, DAT, t. VU» p. 128; Ch. Lenormant, Rev. num. 1857, p. 212-246.

(2) Postume fit seulement, à l'imitation de certains revers de Septime Sévère aux tètes de Julia Domna, Caracalla et Géta, placer sur le revers d'un aureus, avec la légende AETERNITAS. AVG, les trois têtes radiées, et de petite dimension, de sa femme, de son fils et de sa fille : P. Dupré, Rev. num. 1846, p. 20-27; De Wilte, Recherches sur les empereurs qui ont régné dans les Gaules, pi. I, n~ 11 et 12.

monarchique, était devenue complète. Pourtant Auguste, dans sa politique habile en tempéraments, dans la piéoccupation de respecter autant que possible les cadres de rancien gouvernement républicain, en les adaptant à la création du pouvoir le plus absolu , ne s'était pas empare d'une manière complète de la direction et de la responsabilité du monnayage. En cette matière, comme pour l'administration des provinces, il avait opéré un partage entre le prince et le Sénat, partage léonin en faveur du premier, que ses successeurs respectèrent pendant plusieurs siècles. Ce n'est, du reste, qu'après plusieurs tâtonnements , qu'Auguste arriva en cette matière à la combinaison définitive, qui devint après lui la règle. Nous avons vu tout à l'heure (dans le § précédent, sect. 10) qu'à dater de la seconde ou de la troisième année après la constitution du triumvirat, les noms des magistrats monétaires ordinaires soumis à la direction du Sénat (alors les quatuorvirs) disparaissent absolument de la monnaie, qui devient pour une quinzaine d* années entièrement impératoriale d'aspect extérieur, soit que ces magistrats eussent été temporairement supprimés, soit qu'on leur eût seulement enlevé le droit de signer les espèces qu'ils faisaient fabriquer. C'est seulement en 27 avant Jésus-Christ (727 de Kome) , en même temps qu*Octave devenait Auguste et que le gouvernement impérial recevait son organisation, c'est seulement alors que Ton rétablit l'ancien office des triumvirs monétaires (voy. plus loin, dans ce livre, chap. m, I 2), et qu'ils recommencèrent à mettre leur nom sur les monnaies comme marque de leur responsabilité. La monnaie ordinaire d'or et d'argent, bien que portant toujours le nom d'Auguste et le plus souvent son effigie, est alors pendant douze ans, de 27 à 15, sénatoriale d'origine et

de droit légal, frappée par les monétaires que dirige le Sénat, et signée par eux (1) ; ce q;ti n'empêche pas, du reste, l'Empereur d'user du droit de son imperium pour faire fabriquer parallèlement, quand il le juge convenable, sa monnaie propre et personnelle, dont il a seul la direction et la responsabilité, où le Sénat n'a rien à voir et qui ne porte pas de trace de l'intervention de ce corps. Ce système de deux monnayages parallèles, soumis à des autorités différentes et par conséquent pouvant arriver à des divergences tout en frappant simultanément les mêmes métaux^ devait nécessairement^ au bout de peu de temps, entraîner de graves inconvénients. Il ne pouvait être • toléré que comme régime de transition, et il importait d'y mettre fin avant qu'il eût produit les effets fâcheux qui n'auraient pas manqué d'en sortir. Aussi en vint-on à une combinaison plus rationnelle et plus régulière. Depuis Sylla (livre VII, chap. m, g 5 et 6), on avait cessé à Bome toute fabrication de la monnaie d'appoint de cuivre, qui originairement s'y frappait en grandes quantités et presque exclusivement. En 17 ou 16 avant Jésus- Christ (737 ou 738 de Rome), cette fabrication y fut rétablie, et nous avons alors deux triumvirs monétaires, M. Sanquinius et P. Licinius Stolo (2), qui signent à la fois des monnaies d'argent et de cuivre. Mais, à partir de Tan 15, les noms des triumvirs ne se lisent plus que sur les espèces de cuivre, désormais très-abondantes.

On voit par là que c'est en 16 ou 1 5 qu'eut lieu le partage définitif et légal de la fabrication des monnaies entre l'Empereur et le Sénat, partage basé sut la distinction

(1) Mommsen, MR, t. m, p. 6:

(2) Mommsen, if H, t. UI, p. 8.

des métaux. A TEmpereur, le droit exclusif et sans contrôle de frapper la monnaie d*or et d'argent, dont il règle la quantité, le poids et le titre dans la plénitude de son pouvoir personnel, et qui s'appelle désormais officiellement moneta auraria argentaria Caesaris (1); au Sénat, la direction et la responsabilité de la monnaie de cuivre d'Empire, qui doit toujours porter la mention du sénatusconsulte en vertu duquel elle a été émise ; tel est le principe qui est mis alors en vigueur et continue à régler la matière jusque dans la seconde moitié du m* siècle. Chose assez singulière et qui montre bien Tinsuffisance des sources littéraires à faire connaître complètement la société antique, pas un texte d*historien ni de jurisconsulte ne mentionne ce fait capital du partage de la direction et de la responsabilité des monnaies (2) ; mais il est établi par les inscriptions^ avec la désignation spéciale qu'elles donnent à la monnaie d'or et d'argent, et surtout par l'étude des monnaies elles-mêmes^ où deux circonstances surtout le rendent manifeste^ le caractère exclusivement impérial des espèces d'or et d'argent, où jamais rien ne rappelle, même de loin, une intervention du Sénat et des magistrats dépendant de lui, la présence constante sur les espèces de cuivre de la formule abrégée Senatus Consulto, laquelle seule leur donne cours légal par tout l'Empire (3). Remarquons, du reste, que si le Sénat ne possédait aucun

(1) Corp, inscr, lai, t. VI, n~ 42-44. Moneia Caesaris : Corp. in$cr. lat. t. VI, n« 791.

(2) On n'en trouve de trace que dans le récit de Dion Cassius (LX, 22) sur Tordonnance du Sénat prescrivant, en haine de la mémoire de Garacalla, de refondre toute la monnaie de cuivre à son effigie; il ne l'ordonnait que pour ce métal parce que c'était le seul sur lequel il eût droit.

(3) Eckhel, D N, 1. 1, p. lxxiii; Mommsen, M R, t. III, p. 9 et s.

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