‹ La monnaie dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 34 sur 42 · II · texte numérisé non relu

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mée, sans légende, et de l'autre le monogramme du même Gondebaud, au-dessus de l'indice de l'atelier de Lyon (1). On ne connaît encore ni argent ni cuivre de Sigismond, mais un petit bronze à monogramme de Godomar ou Goddomar (2). L'argent des rois Francs ou des Wisigoths d'Aquitaine, à l'époque qui nous occupe, manque absolument jusqu'ici. Au reste, il a dû avoir peu de développement, s'il a même existé, car c'est toujours For qui a de beaucoup prédominé dans le monnayage mérovingien, comme dans la circulation de la Gaule sous le Bas- Empire (â) . Mais on a des petites monnaies de cuivre à monogrammes des Francs Théodoric ou Thierry 1"" (4), Clodomir(5), Childebert I" (6), Clotaire P% Théodebert (7) et Théodebald (8), ainsi que du Wisigoth Amalaric (9) .

10. Le premier des Barbares qui répudia sur sa monnaie tout signe de la souveraineté des Empereurs de Constant!-

(1) Hev. num. 1833, p. 120, pi. VIII, n« 3.

(2) Lagoy, Recherches sur Pexplicalion des monogrammes de quelques médailles inédites des derniers temps de l Empire d^Occident et de Vépoque méroriugienne (Aix, 1856), pi. n* 8.

(3)Gh. Robert, Considérations sur les monnaies à Pépoque romane, Paris. 1854; Pétigny, Rev. num. 1854, p. 373-418.

(4) Longpérier, Notice sur les monnaies de la collection Rousseau, p. 23.

(5) Lagoy, Recherches, etc., pi. n« 11.

(6) Longpérier, Collection Rousseau, p. 24; Lagoy, Mélanges de numis' matique (Aix, 1845), pi. I, n** 20.

(7) Lagoy, Mélanges, pi. I, n<* 19.

(8) Lagoy, Mélanges, pi. II, n® 9.

(9) Lagoy, Mélanges, pi. I, n"* 10; Recherches^ pi. n^** 9 et 10.

nople et usurpa pour lui-même le droît de monnayage de l'or, où tous avaient respecté jusque-là les prétentions impériales, fut Théodebert, roi d'Austrasie (534-547). En 536, Justinien somma les fils de Clotis de remplir leur devoir de fédérés de l'Empire en fournissant un concours militaire à l'expédition de Bélisaire contre les Ostrogoths. Au lieu d'obéir à cet appel, Childebert et Clotaire vendirent leur neutralité à Vitigès, contre la cession des territoires d'Arles et de Marseille. Théodebert reçut seulement une forte somme des Goths. Mais trois ans après, en 539, il voulut se mêler pour son propre compte aux affaires d'Italie. Descendant des Alpes , après avoir traversé le Milanais sans obstacle, il passa le Pô à Pavie et se porta rapidement sur Fiesole en Toscane, où il attaqua et pilla successivement le camp des Goths et celui des Romains; puis, craignant l'approche de Bélisaire qui lui avait écrit une lettre menaçante, il se hâta de remonter vers la Ligurie, pilla Gênes en passant et rentra dans la Germanie par les Alpes Rhétiennes. C'est à la suite de cette expédition qu'enflé par ses succès et irrité du titre de Francique que Justinien venait de prendre après sa retraite , comme s'il avait été vaincu, qu'il se proclama complètement indépendant de l'Empire. En marque de cette indépendance et en signe de défi à l'Empereur, il se mit alors à fabriquer de belles monnaies d'or parvenues jusqu'à nous en grand nombre (1), où il copie exactement les types impériaux et conserve intacte Tinscription du revers, VICTO- RIA. AVCCC, mais où il inscrit son nom seul^ au lieu de

(I) Voillemier, Rev. num. 1841, p. 9M23, pi. IV et V; Ch. Lenormant, Rev. num. 1848, p. 18M94; 1853, p. 277 et s.; Pétîgny, Rev. num, 1852, p. 119-128.

celui de T Empereur « dans la légende qui accompagne Teffigie, D. N. THEODEBERTVS. PP. AVG ou D- N. THEODE- BERTVS. VICTOR.

Grande fut Tindignation à Constantinople quand on j apprit cette usurpation ; Procope nous en fournit Texpression. a Au commencement de cette guerre (la guerre gothique), dit-il (1), les Goths avaient cédé aux Germains tout ce qu'ils possédaient dans la Gaule^ ne se sentant pas en état de soutenir la lutte à la fois contre les Germains et contre TEmpereur. Les Bomains n'avaient aucun moyen de s'opposer à cette cession ; d'ailleurs l'empereur Justinien espérait, en la confirmant, déterminer les Germains à ne pas porter secours à ceux des Barbares auxquels il venait de déclarer la guerre» et les Francs, de leur côté, ne se seraient pas crus possesseurs assurés de la Gaule, si l'Empereur n'eût sanctionné formellement leur dernière conquête. C'est à partir de ce moment que les rois germains ont occupé Marseille, l'ancienne colonie des Phocéens, et que, maîtres des cotes, ils ont exercé leur domination sur la mer voisine. Maintenant, ils président aux jeux équestres dans Tamphithéâtre d'Arles (2), et ils frappent (3) avec l'or des mines de la Gaule des statères (solidi) sur lesquels ils ont placé, non la tête de Tempereur romain, comme c'est l'usage et la loi, mais leur

propre effigie Ce que les Perses n'auraient pu ffdre,

les Francs y ont réussi dans la Gaule. j> Naturellement, Théodebert n'eut cure des colères de la cour de Byzance et des stériles protestations de l'Empereur. Au contraire,

{i) Bell. goth. nu ^3.

(2) Ceci parait se rapporter à Chiidebert.

(3) Théodebert.

il se mit bien plus ouvertement en lutte contre lui, et, sept ans après sa première expédition (5A6), rentra en Italie. Profitant de l'épuisement rédproquedes Romains et des Goths, Théodebert s'empara de la Ligurie, de la Vénétie et de toutes les provinces au nord du Pô et des Apennins, ne laissant aux Goths que la Toscane, aux Roumains que les places maritimes de l'Adriatique. Il s'établit si solidement dans ces conquêtes, que les Austrasiens s'y maintinrent pendant dix ans, sous le règne de son fils Théodebald, et n'en furent chassés que vers 555 par Narsès. Jusqu'alors, Théodebert avait frappé ses monnaies d'or dans les diverses parties de son territoire de Gaule et de Germanie, à Reims, Toul, Metz, Laon, Cologne, Trêves, Antonacum (Andemach) et chez les Arvernes. 11 en implanta la fabrication dans ses nouveaux Etats d'Italie ; un certain nombre des espèces à son nom présentent le type italien, et une la marque de Bologne. C'est aussi à ce moment que, poussant bien plus loin qu'il n'avait fait jusqu'alors le défi à l'Empereur, il émit en G^ule le solidus dont la légende de revers a été modifiée de manière à donner VICTORIA. ACCC écrit dans un sens et VICTOfll écrit dans l'autre, c'est-à-dire Victoria Augustorum vietori (1). n transformait ainsi l'inscription destinée originairement à célébrer la gloire des empereurs, en un monument triomphal de leur défaite.

L'acte de Théodebert avait été le coup de tête d'un victorieux. Il rompait tellement avec toutes les traditions du passé, avec les idées du prestige impérial encore puissantes sur la plupart des esprits, que les autres rois Francs, ses contemporains, n'osèrent pas suivre son exemple. 11 j a

(1) Rev. num. 1848, p. 191, pi. IK, n» 6.

plus : le type de Théodebert immobilisé se continua sous Théodebald, tant que les Âustrasiens restèrent maîtres de l'Italie, et ensuite on' en revint pour un temps, dans les anciens Etats de Théodebert, comme dans les autres parties de la monarchie franque, au monnayage de Tor se tndnant dans l'ornière de l'imitation de celui des empereurs (i). Ce n'était plus, du reste, le monnayage régulier de la fin du v* et du commencement du vi* siècle, où Ton se montrait si soigneux de placer exactement Teffigieetle nom de l'empereur régnant. Il y eut bien encore quelques pièces proprement impériales frappées alors dans les Gaules par suite de circonstances particulières, comme k triens de Justin II, émis dans le Gévaudan avec sur le revers la légende GABALORVM (2), ou les monnaies que l'occupation temporaire de la Provence par les troupes constantinopolitaines qui soutenaient l'entreprise de Grondovald, puis celle de Syagrius(3) permirent de frappera Marseille, à Arles et à Vienne (ft) au nom de Maurice Tibère, et à Marseille seulement au nom de Phocas (S). Mais partout ailleurs la période de transition, entre le

(1) Ch. Lenormant, Rev, num, 1853, p. 279 et s.

(2) Banduri, t.II, p. 651. — Eckhel (D N, t. III, p. 315) rapportait cette pièce à Gabala de Syrie ; c'est M. de Saulcy (Essai de classification des suites byzantines, p. 24) qui le premier a recounu qu'elle était originaire de la Gaule.

(3) Bonamy, Mém, de fAcad. des Inscr. anc. sér. t. XX, p. 184-210; Ch. Lcnormant, Rev. num. 1854^ p. 306-317,

(4) Les monnaies de Marseille et d'Arles sont purement impériales; celle de Vienne (Rev. num. 1854, pi. XII. n^ 11), avec sa lé^nde de revers VIENNA. DE. OFFICINA. LAVRENTI, si elle a au droit l'effigie et le nom de l'empereur, est sortie d'une officine épiscopale.

(5) Rev. num. 1865, pi. V, n«» 1.

monnayage encore impérial en principe et le monnayage proprement mérovingien (1), se marque par rimmobilisation, sur le droit des espèces d'or, de la légende de Justinien, de plus en plus barbare, altérée, inintelligemment copiée, tandis que les types impériaux se maintiennent et que la légende du revers a seule une signification d'après laquelle peut se faire l'attribution des pièces.

Cependant, si l'exemple de Théodebert n'avait pas été tout d'abord suivi par d'autres, il avait donné une de ces impulsions sur lesquelles on ne revient pas d'une manière définitive. Toute trace de la suprématie impériale devait bientôt disparaître des monnaies des royautés barbares en Occident, car cette suprématie tendait de plus en plus à cesser absolument d'être, même nominale, L'Occident échappait à la suzeraineté décrépite de Byzance, et les jeunes royautés qui jetaient les bases des nations modernes s'émancipaient de tout vasselage et de toute tutelle, à mesure qu'elles sentaient leurs forces grandir. C'est vraiment alors le moment de la grande révolution qui mettait fin à l'antiquité pour inaugurer le Moyen-Age.

La plus ancienne monnaie d'or franque, postérieure à Théodebert, où son exemple soit suivi, est le triens, aux types exactement copiés des monnaies impériales, mais aux légendes HILDEBERRTVS — CHRAMNVS (2), qui paraît avoir été frappé en 557-558 par Childebert P' soutenant la révolte de Chramne, fils de Clotaire. Elle reste encore isolée, et il faut laisser passer une quinzaine d'années de

(1) Cette transition a été suivie pas à pas par Ch. Lenormant, Rev, num. 185i, p. 317-344.

(2) Ch. Robert, Rev. num. 1842» p. 340-343; Ch. Lenormant, Rev. num. i8i9, p. 37. pi. I, n« 12.

4ô8 LA MONNAIE DANS L'ANTIQUITÉ

plus avant de voir apparaître les pièces nominales de Sigebert P' et de Gontran, d'où tout vestige de la légende impériale est également banni (1). Elles inaugurent définitivement la série d'or royale mérovingienne, qui désormais se continue sans interruption, avec tous les caractères de la pleine indépendance.

Chez les Wisigoths d'Espagne et de Septimanie, après Amalaric, on entre dans une période où les solidi ne sont que des contrefaçons absolument barbares des tjrpes et des légendes des trientes de Justinien. Telle est la pièce que Florez (2) a attribuée à tort à Liuva, mais qui, en réalité, ne présente que la corruption des légendes de Justinien, DNIVSTINIANVSPPAVG — VICTORIAAVGVSTO- RVM, travesties en DIIIVSTIIIIIAVAC — VDTVLTOOVLO. Mais le règne de Leuvigilde (572-586) nous oflBre d'abord une monnaie aux mêmes types que la précédente, où le droit offre encore la dégénérescence de la légende de Justinien, DIIIVSTIIIAVAC, et le revers celle du roi, bien claire, LIVVI9ILDI RCGie (3), puis deux autres d'où tout vestige de l'ancienne inscription est banni, l'une avec le nom du roi sur le droit, auprès de la tête, et ses titres au revers, LIVVICILDVro — REX INCLITVCO (4), l'autre avec l'indication de la ville d'émission sur le droit et le nom du prince au revers, VALENTA REX — UVViqiLDVS(5). Ces pièces ouvrent la suite des monnaies d'or nomi-

(1) Ch. Lenormant, Ikv. num, 1854, p. 337.

(2) MedaUoê de EspaHa, t. UT, p. 165; Rev. num. 4854, pi. Xli, n« 8.

(3) Florez. t. III, p. 169.

(4) Florez, t. m, p. 170; cf. Rev. num. 1854, pi. XII, n« 9.

(5) Rev. num. 1854, pi. XII, n*» 10. — Le type du revers, qai n'est plus le môme, est copié de l'or de l'empereur Tibère Constaotin.

nales et pleinement indépendantes des rois Wisigoths, qui ne cesse qu'à la destruction de leur monarchie par les Arabes.

C'est donc au dernier quart du vi* siècle que, dans les Gaules et en Espagne, les royautés barbares brisent définitivement le vieux moule de la suprématie impériale, et traduisent sous une forme matérielle et sensible, dans leurs monnaies, leur affranchissement de toute suzeraineté extérieure, qu'elles achèvent de consommer (1). Le principe respecté pendant tant de siècles par les vainqueurs mêmes de Eome, que nul ne peut frapper Tor, ce métal de la souveraineté, d'une autre empreinte que celle- de César, de droit monarque universel, périmé en fait, le devient également en droit ; il tombe en désuétude et en oubli. Cette révolution décisive dans les usages et dans les principes marque la fin de la numismatique de l'antiquité et le véritable début de celle du Moyen- Age. Aussi est-ce à la date où elle se produit que nous arrêterons nos études sur le monnayage antique.

(1) En 583, Gontran, roi de Bourgogne, reprochait au comte Gontran Boson,qui venait d'amener à Marseille Gondovald, soutenu par les troupes impériales, « d'avoir voulu, en introduisant dans la Gaule un homme devenu étranger à son propre pays, soumettre le royaume des Francs à la domination des empereurs », repuians eur hominem extraneum intromisistet in Gallias, voluisseique Francorum regnum imperialibus per hau sulh' dere ditionibui : Gregor. Turon. Hist, VI, 24.

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