XLIV
(2) Cohen, M C, pl. XXXVII, Sepullia, n“ 9.
(3) Cohen, pl. XXXVII, Sepullia, n° 10.
(4) Cohen, pl. XXXVII, Sepullia, n° 11.
d’avoir pris le titre et l’autorité absolue de triumvirs, mirent leur propre portrait sur les monnaies militaires qu’ils firent frapper au commencement de 43. Ce qui est plus significatif encore, c’est qu’une partie des chefs du parti républicain, Sextus Pompée (1), Labienus (2), Domitius Ahenobarbus (3), et le tyrannicide Brutus lui-même (4), se crurent en droit d’en faire autant et ne virent pas dans l’application de leur effigie à la monnaie militaire un démenti au programme de leur cause ; il est vrai que l’extrême rigidité affectée par Cassius le conduisit à s’en abstenir. A plus forte raison les triumvirs héritèrent au point de vue monétaire de la prérogative honorifique concédée à César-, non-seulement ils usèrent du droit d’effigie sur leurs monnaies impératoriales, mais leur portrait s’introduisit régulièrement sur les monnaies sénatoriales, émises par les magistrats monétaires réguliers. C’est, du reste, sous les triumvirs que le caractère monarchique de l’effigie monétaire se prononça davantage, de manière à conduire à ce qu’elle fut sous l’Empire. Ils la rapprochèrent bien plus qu’auparavant de ce qu’elle avait été dans les monarchies grecques, en ne la réservant pas à leur propre autorité , d’un caractère exceptionnel , moitié civil et moitié militaire-, au lieu d’agir ainsi ou de laisser participer au droit d’effigie seulement des membres de leurs familles investis momentanément d’un imperium militaire, qui eût pu justifier légalement l’introduction de leur por-
(1) Cohen, pi. XXXIV, Pompew, n° 10.
(2) Cohen, pl. VII, Alia, n° 1.
(3) Cohen, pl. XVI, Domitia, n° 16.
(4) Cohen, pl. XXIV, Junia, n°* 1 6 - 1 S .
trait sur les monnaies (1), ils se conduisirent véritablement en rois, quand ils associèrent à leur image sur les espèces monnayées celles d’enfants comme Marc-Antoine le fils (2) ou de femmes comme Octavie (3). Par là, l’effigie ne fut plus l’attribut d’un pouvoir légal de la République, mais un privilège d’un caractère tout à fait monarchique, que les dépositaires de l’autorite suprême pouvaient faire partager à leur fantaisie par des gens qui n'y possédaient aucun titre résultant des principes du droit public. Antoine alla même jusqu’à placer sur un de ses deniers, en pendant à sa tête, celle d’une reine étrangère, de Cléopâtre (fi), tandis qu’il acceptait la même association
(1) Ainsi, sur les aurei et les deniers où L- ANTONIVS- COnSul, au moment de la guerre de Pérouse, a mis son effigie avec celle de son frère le triumvir, en faisant signer ces monnaies de ses proquesteurs M. Cocceius Nerva (Cohen, M C, pl. XIII, Cocceia , n° 1) et M. Barbatius (Cohen, M C, pl. VIII, Barbatia , n° 2), on peut admettre qu’il a usé des droits de son imperium militaire.
(2) Cohen, M C, pl. V, Antonia, n° 36; Zeitschr. f. Num. t. II, pl. IX, ii° 2. Les monnaies à la tête de Marc-Antoine le fils, appelé des Grecs Anthylle, ont été frappées quand son père lui fit revêtir la robe virile, en le désignant comme l’héritier de sa puissance sur les Romains, tandis qu’il faisait des rois orientaux des autres fils qu’il avait eus de Cléopâtre. La fabrique en est égyptienne. Ces monnaies permettent de rectifier la donnée de Dion Cassius (LI, 6), prétendant que ce fut après Actium qu’Antoine donna la robe virile à son fils; le triumvir y porte, en effet . les titres de IM Peralor. III- COnSul. ITERi/m. DESIGNa/ws. SU, qui ne peuvent pas descendre plus bas que 32 av. J.-C., puisqu’en 31, 'année d’Actium, Antoine était Imperalor quartum, Consul tertium.
(3) Aureus romain : Cohen, il/ C, pl. V, Antonia, n° 34. — Monnaies de cuivre des préfets de la flotte d’Antoine, dont nous reparlons un peu plus loin. — Cistophores de la province d’Asie.
(4) Cohen, il/ C, pl. V, Antonia, n° 37; il/ /, 1. 1, p. 37, n° 1.
Servius (ad Æneid. Vil, 684) fournit un renseignement fort extraordinaire au sujet des monnaies d’Antoine et de Cléopâtre. Anlonius, dit-il, Augusti sorore contempla, postquam, Cleopatram duxit uxorem, monetam
sur les pièces royales que la souveraine de l’Égypte faisait frapper dans ses Etats (1). Ici, l’oubli des traditions était complet, l’outrage aux mœurs romaines éclatant.
Romanus ( eheu posteri negabitis )
Emancipatus feminae
Ferl vallum, et arma miles , et spadonibus
Servire rugosispotest (2).
Tout en agissant en vrai souverain, Antoine était mieux
ejus nomine in Anagnia civitate jussit feriri. Ceci ne peut s’appliquer au denier connu d’Antoine et de Cléopâtre, frappé en 35 ou 34 av. J.-C. après la campagne d’Arménie, ARMEN1A DEV1CTA. Il paraît d’ailleurs impossible d’admettre historiquement qu’Octave, maître de l’Italie, ait pu laisser frapper à Anagnia dans le Latium des monnaies où Antoine faisait à sa sœur l’outrage d’en publier la répudiation, en rendant à Cléopâtre les honneurs de son épouse légitime. Le commentateur de Virgile s’est fait évidemment ici l’écho d’une légende inexacte, à laquelle a pu donner naissance l’aureus, de fabrique bien italienne, où la tête d’Antoine est associée à celle d’une femme, que quelques érudits ont encore prise pour Cléopâtre, mais qui est certainement Octavie. Il semble donc que la distinction des portraits de Cléopâtre et d’Octavie, tant discutée chez les modernes (voy. Eckhel, D N, t. VI, p. 48, 56 et s.; et l’excellente dissertation de M. Bompois, Rev. num. 1868, p. 63-101), était déjà pour les numismatistes de la Rome impériale une question obscure et controversée. Voy. ce que nous avons dit de ces amateurs de médailles romains de l’antiquité, tome Ier, p. 80.
Quelques érudits modernes ont proposé une autre explication {Num. chron. n. s. t. Vil, p. 269; Zeitschr. f. Num. t. II, p. 290); ils ont supposé que dans le texte historique où Servius a puisé cette donnée il était question de monnaies frappées à Alexandrie, c’est-à-dire des véritables monnaies d’Antoine et de Cléopâtre, mais que dans le manuscrit que le commentateur avait sous les yeux le nom de ville était en abrégé, de telle façon qu’il put lire Anagnia pour Alexandria.
(1) Mionnet, t. VI, p. 33, n°’ 266-268; Feuardent, Égypte ancienne, Monnaies des rois, pl. VIII, nos 443, 447 et 448.
(2) Ilorat. Epod. IX, II.
inspiré,, se conformait mieux à l’esprit romain, quand il imposait à Polémon Ier, roi de Pont, de mettre son effigie, à lui triumvir, sur la face principale de la monnaie royale, en signe de sujétion (1). Aussi, sur ce point, Auguste et les autres empereurs suivirent-ils son exemple (voy. plus haut, dans ce chapitre, §4, 9).
Même après la constitution de l’Empire, jusqu’à une certaine époque du règne d’Auguste, nous voyons des gouverneurs de provinces sénatoriales garder et exercer le droit d’effigie, parallèlement à celui de l’Empereur, comme conséquence de l 'imperium dont ils sont revêtus. M. L. Millier a entrevu le premier (2) etM. Waddington a définitivement démontré (3) ce fait capital que les portraits de plusieurs proconsuls d’Asie et d’Afrique, M. Tullius Cicero (4) (24 av. J.-C.), P. Cornélius Scipio (5) (11-10 av. J.-C.), Paullus Fabius Maximus (5-4 av. J.-C), C. Asinius Gallus (entre 1 av. J.-C. et 2 de notre ère) et 4L Plautius Sylvanus (6 ap. J.-C.) en Asie, P. Quinctilius Varus (7-6 av. J.-C.), L. Yolusius Saturninus (6-5 av. J.-C.) et Africanus Fabius Maximus (5-4 av. J.-C.) en Afrique, se voient sur les espèces municipales de plusieurs villes de leur circonscription (6) et même sur des
(1) Mionnet, t. II, p. 364, n° 30; De Kœhne, Musée du prince Kotclioubey, t. II, p. 173.
(2) Numisin. de banc. Afrique , t. II, p. 40 et 46.
(3) Rev. num. 1867, p. 102-126.
(4) Cette effigie est la seule douteuse; ce pourrait être, comme l’ont pensé nombre de savants, celle du grand orateur, placée par les habitants de Magnésie sur leur monnaie pour flatter son fils.
(5) Waddington, Fastes des provinces asiatiques de l’empire romain
(6) La singularité et 1 importance politique du fait tiennent à ce que ces
monnaies provinciales émises à leur nom. L’explication qu’il faut en donner, le caractère que l’on doit y attribuer, a été le sujet d’une très-intéressante polémique entre M. Mommsen et M. Millier (1) . Comme il arrive toujours en pareil cas, ces deux maîtres éminents me paraissent y avoir eu chacun en partie raison et tort en partie ; mais le point de vue général sous lequel M. Mommsen envisage le fait est, je crois, le plus exact. On ne saurait dire, en effet, avec M. L. Millier, que ce la présence des têtes de proconsuls sur les monnaies est suffisamment motivée par les honneurs qu’on leur rendait dans les provinces. » Il ne s’agit pas, en effet, d’un simple honneur, quelque exagéré qu’il fût, dont on pouvait laisser la libre disposition à l’initiative des villes sujettes, mais bien d’une véritable participation à l’une des prérogatives essentielles de la souveraineté (2). Nous avons étudié plus haut quelle avait
portraits des proconsuls ont été placés sur les monnaies de leur vivant et pendant leur administration. Car, pour les effigies commémoratives de personnages célèbres morts, dont le nom fait la gloire des villes, de bienfaiteurs dont on veut honorer le souvenir, elles sont fréquentes dans la suite des Impériales grecques, où elles n’ont pas soulevé, de la part du pouvoir impérial, plus de jalousie que leur introduction par les monétaires sur la monnaie urbaine n’en avait excité de la part du gouvernement républicain de Rome. Quelquefois des portraits de ce dernier genre ont été retracés sur les monnaies presque immédiatement après la mort de l’individu qu’ils représentent. Tel est le cas de celui de P. Veidius Pollio, l’ami d’Auguste, sur des monnaies de Césarée-Tralles (Von Sallet, Zeilschr. f. Num. t. III, p. 136-139; t. IV, p. 198).
(1) Mommsen, Hermes, t. III, p. 268-273; L. Millier, Numism. de Varie. Afrique , Suppl, p. 40; Mommsen, Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 69-73; L. Millier, Zeitschr. f. Numism. t. IV, p. 293-308.
(2) Le droit d’effigie permis sous la République au général investi de l'imperium militaire tient à ce qu’il exerçait temporairement, dans l’étendue de son commandement, la plénitude de la souveraineté du peuple-roi.
Les honneurs les plus exagérés rendus aux gouverneurs de provinces
été la significatiou politique de l’obligation, imposée aux villes auxquelles on accordait la licence de battre monnaie, d’y mettre le portrait de l’Empereur ou de membres de sa famille, et nos recherches nous ont conduit aux mêmes résultats queM. Mommsen, à savoir : que c’était là un réel droit d’effigie monétaire, inhérent au pouvoir souverain (plus haut, dans ce chapitre, § 4, 5). D’ailleurs, dans la province d’Afrique, ce ne sont pas seulement des villes qui placent le portrait du proconsul sur leur numéraire local, c’est sur des monnaies provinciales émises directement par les proconsuls, en vertu de leur autorité, que l’effigie d’ Africanus Fabius Maximus est certaine (1) , et celle de L. Passienus Kufus probable (2). Comment, d’ailleurs, s’il y avait eu là seulement un honneur que les villes pouvaient rendre librement aux gouverneurs de provinces, s’expliquerait-on qu’on n’en voie plus d’exemple après l’an 6 de notre ère? que cet honneur ait été exclusive-
dans les contrées grecques, leur divinisation de leur vivant et pendant l’exercice de leur charge, marquée par l’érection de temples ou l’institution de jeux en leur honneur (voy. Mongault, Mém. de C Acad, des Inscr. anc. sér. t. I, p. 333 et s.; Waddington, Rev. num. 1867, p. 104 et s.), sont des faits qui appartiennent à la période républicaine et qui montrent jusqu’où allaient alors les prérogatives de 1 ’ imperium exercé dans les pro vinces. La loi les autorisait formellement (Cic. Ad Quint, fratr. I, 1, 9). L’Empire, au contraire, y mit fin. Auguste condamna ces pratiques par son exemple en ne permettant pas qu’on lui élevât de temple sans le dédier en même temps à Rome divinisée (Sueton. Octav. 52). Quant aux empereurs postérieurs, ils n’auraient pas toléré de la part des proconsuls une concurrence à leur propre divinité.
(1 ) Rev. numism. 1867, pl. IV, n° 8; L. Müller, Numism. de l'anc. Afrique, t. II, p. 61.
(2) L. Müller, Numism. de l’anc. Afrique, Suppl, p. 43 et s. — Ce proconsul, entré en fonctions en 3 ap. J.-C., paraît avoir mis la tête d’Auguste au droit de ses pièces, et la sienne propre sur le revers.
ment spécial aux deux provinces d’Asie et d’Afrique, c’est-à-dire aux deux provinces sénatoriales dont les gouverneurs tenaient le premier rang, étant ceux que l’on prenait parmi les personnages consulaires ? Tout indique qu’il y a là un fait politique d’importance majeure, et M. Mommsen en a donné la vraie formule légale, quand il a fait remarquer qu’au moins au début, dans la fiction constitutionnelle, établie par Auguste, du partage du gouvernement des provinces entre César et le Sénat, les gouverneurs des deux premières provinces sénatoriales avaient théoriquement, dans leurs circonscriptions, des pouvoirs pareils à ceux que le prince, gouverneur universel en tant qu ’imperatort avait dans toute l’étendue de l’Empire. Il était donc naturel qu’ils y eussent un droit d’effigie pareil, comme délégués de cette souveraineté du Sénatd’ après laquelle nous avons vu dans les provinces sénatoriales, et en particulier dans celle d’Asie, la tête du Sénat personnifié se placer sur la monnaie aussi bien que l’effigie impériale. M. Mommsen a parfaitement établi aussi que ce fut lorsque l’influence de Tibère commença à devenir puissante sur l’esprit d’Auguste, désormais dépourvu de tout autre héritier, que ce droit, qui découlait naturellement de la disposition constitutionnelle du partage des provinces en impériales et sénatoriales, fut retiré aux proconsuls d’Asie et d’Afrique. Mais où nous ne saurions suivre l’érudit berlinois, c’est lorsqu’il prétend voir dans ce droit d’effigie des proconsuls d’Asie et d’Afrique une concession faite au Sénat par Auguste pour affermir sa dynastie, en 6 av. J.-C., lorsqu’il désigna Caius César, fils d’ Agrippa, pour son successeur, concession révoquée au bout de peu d’années. Même en n’arguant pas du portrait de Cicéron le fils, qui peut être encore tenu pour douteux, nous
avons celui de P. Cornélius Scipio à une date plus ancienne que celle que le système de M. Mommsen assignerait au commencement de cet usage. 11 y a donc là, dans mon opinion, un fait qui se rattache aux anciennes données du droit public de la fin de la période républicaine, et ce fait, après avoir été le résultat de la fiction du partage de la souveraineté sur les provinces, se maintient jusqu’à une époque assez avancée du règne d’Auguste, au lieu d’être seulement une innovation essayée un moment par l’Empereur. Il ne faut pas d’ailleurs oublier que l'on est loin d’avoir encore constaté tous les exemples d’effigies de proconsuls des provinces sénatoriales qui peuvent se rencontrer sur des monnaies contemporaines d’Auguste, jusqu’au début de l’ère chrétienne. On n’en aura une liste qui puisse être considérée comme à peu près complète, que lorque l’on aura procédé à une étude approfondie au point de vue iconographique de toutes les têtes que, sur les monnaies de villes, dans la série des Impériales grecques en particulier, les numismatistes d’autrefois ont attribuées à Auguste, mais qui s’éloignent souvent, de la manière la plus sensible, de sa ressemblance réelle.
Un dernier fait montrera qu’une soixantaine d années après que le droit d’effigie avait été enleve aux proconsuls d’Asie et d’Afrique, le parti républicain, qui existait encore et s’attachait aux traditions de l’ancienne légalité, rangeait parmi ces traditions le droit pour les gouverneurs de provinces de mettre leur portrait sur la monnaie, ne voyant point, par conséquent, dans la présence de 1 effigie un signe monarchique absolu, malgré l’usage qu’en avaient fait les empereurs. Parmi les tentatives de restauration de la Eépublique, qui accompagnèrent la chute de Néron et dont l’histoire numismatique a été si bien retracée par le
duc de Blacas (1), l’une des plus importantes et des plus caractérisées fut celle de Clodius Macer en Afrique. Révolté l’un des premiers contre le tyran, il ne fit pas comme Galba et ne prit pas le titre d’Empereur; les monnaies qu’il nous a léguées (2) montrent en lui un partisan convaincu de la République, qui en respecte les formes et en observe toutes les anciennes lois. Il copie les types et les apparences des deniers républicains ; il n’y prend que le titre de gouverneur de la province d'Afrique, en renouvelant même l’ancienne qualification de propréteur, qui n’avait pas survécu aux temps républicains et à laquelle Auguste avait substitué celle de proconsul. L 'imperium, attaché à ce titre suffisait à justifier légalement son émission monétaire; mais, comme les généraux du parti sénatorial sous Sylla, il inscrit en outre sur toutes ses monnaies la formule S enatus Consulto pour exprimer qu’à ses yeux la souveraineté réside désormais dans le Sénat, et non plus sur la tête d’un seul homme. Pourtant, avec ce respect scrupuleux des formes républicaines, cette affectation de retour aux anciennes formes, il ne croit pas y déroger en faisant représenter son portrait sur un denier où on lit, avec le S- C, les légendes L. CLODIVS- MACER — PROPRAEIor. AFRICAE.
8. Aux premiers jours du mois de janvier 43, dans la série des délibérations où il s’efforça de reconstituer sur des bases légales le gouvernement de la République, le
(1 ) Rev. mm. 1862, p. 197-234.
(2) La description la plus complète et la plus exacte en est dans L. Müller, Numism. de l'anc. Afrique, t. II, p. 170 et s.
Sénat s’occupa de la réforme et de la réorganisation des monnaies (1). Le principal résultat de ses travaux à ce sujet fut l’admission définitive du numéraire d’or parmi les monnaies urbaines, que les quatuorvirs monétaires fabriquaient sous la direction de l’autorité sénatoriale. C’est un fait que M. Mommsen a parfaitement établi (2), et, comme le remarque ce savant, le « Sénat ne pouvait guère faire autrement; ne voulant pas abolir le monnayage de l’or dans la capitale, dont on avait désormais pris l’habitude, il fallait, d’après les lois de la République, le confier aux magistrats ordinaires nommés par le Sénat. » Déjà il paraît que, dans les derniers mois de l’année précédente, ce corps avait, par une délibération spéciale, chargé d’une émission extraordinaire les deux préteurs C. Norbanus et L. Cestius; les aurei que ceux-ci firent frapper portent l’indication de leur origine, due à un sénatus-consulte (3). Lanouvelle loi de janvier 43 confia la fabrication de la monnaie d’or aux quatuorvirs ordinaires, et c’est en effet par leurs soins qu’ils furent frappés cette année et les suivantes (voy. dans ce livre, chap. m, § 2).
La monnaie militaire continua, du reste, comme par le passé, à subsister à côté de la monnaie urbaine et sénatoriale ; les événements troublés au milieu desquels on vivait lui donnèrent même alors un énorme développement, en même temps que l’effigie du général auteur de l’émission y devenait un fait habituel. On peut suivre pas à pas dans les monnaies militaires toutes les péripéties qui se dérou-
(1) Cic. VII Philipp. I, 4.
(2) M R, t. III, p. 4.
(3) Cohen, M C, pl. XII, Cestia; pl. XXIX, Norbana, n° 1.
lèrent entre la mort de César et l’établissement du triumvirat.
Ainsi, la guerre de Modène, qui remplit les derniers mois de 44 et les premiers de 43, donne naissance aux deniers où Antoine représente d’un côté la tête de César, de l’autre la sienne propre avec la légende M. ANTONms. IMP erator (1), à ceux de Decimus Brutus sous le nom de ALB1NVS- BRVTI- Filins (2), rappelant son adoption par Postumius Albinus, aux nombreuses pièces d’argent du consul C- VIB1VS- C. F ilius. C N epos. PANSA (3), tué dans le combat avec son collègue A. Hirtius, et à celles qu’il émet conjointement avec Decimus Brutus (4). Battu sous Modène, Antoine passe les Alpes et va opérer dans la Narbonnaise sa jonction avec Lépide ; ils émettent alors les deniers, certainement frappés dans le midi de la Gaule, où l’on voit sur une face les insignes de la qualité d’augure avec M. ANTONms. IMPercUor, sur l’autre les insignes du pontificat avec M.LEPIDms. I M Perdit»" ou M • LEPlDws. COn- S ul. IMP erator (o). Octave, proclamé imperator pendant la guerre de Modène, frappe aussitôt le denier qui offre sa tête, la barbe longue en signe du deuil de César, avec la
(t) Cohen, M C, pi. III, Antonia, n° 2.
Au moment de la constitution du triumvirat, il fit une nouvelle émission de deniers au même type (Cohen, pl. III, Antonia , n° 3), où il prend le titre singulier de M* ANTONius. I M P erator. Ret. Publicae, Constituendae, au lieu de imperator, triumvir rei publicae constiluendae, qui devient ensuite son titre régulier, comme celui de ses collègues.
(2) Cohen, pl. XXXV, Postumia, n»‘ 810.
(3) Cohen, pl. XLI, Vibia, n- 12-1S.
(4) Cohen, pl. XLI, Vibia, n° 16.
(5) Cohen, pl. III et IV, Antonia, nos 12-1S. Il y a un quinaire correspondant, avec le seul nom d’Antoine : Cohen, pl. IV, n° 16.
légende C. CAESAR- IMP erator (1), et au revers la statue équestre que le Sénat lui avait décernée au moment où il partait pour aller combattre Antoine (2). Au mois de juillet de cette année 43, il arrache par la force son élection au consulat, et en entrant en fonctions, le 19 d’août, il émet l’aureus sur lequel il prend les qualifications de C- CAESAR. COnSul. PONT ifex. AVG ur (3). Enfin, dans l’automne il traite avec Antoine, et c’est alors, avant que le triumvirat soit organisé et ait pris une existence légale, que paraissent l’aureus et le denier qui associent les noms (les effigies aussi sur l’aureus) de CAESAR- IMPerator et ANTONIVS- IMP erator (4), ni l’un ni l’autre ne prenant encore le titre de triumvir.
Pendant ce temps, l’expédition malheureuse de C. Antonius, envoyé en Macédoine par son frère au moment où éclatait la guerre de Modène, et là vaincu, fait prisonnier, puis au bout de quelque temps mis à mort par Brutus, est l’occasion de la frappe d’un aureus militaire au nom de C- ANTONIVS- M- F ilius. PROCOnSul (5). Munatius Plancus, propréteur de la Gaule Celtique en 44 et 43, faisant comme Hirtius en Belgique, impose à un chef gaulois, dont la patrie précise est encore indéterminée, de placer son nom, L- MVNATms, au droit des pièces de bronze qu’il fait frapper, tandis que le revers porte celui de ce chef, ATTAMOC ou ATTAMOC (6). On lit aussi MVNataùs. IMPeraior au
(1) Cohen, pi. XXI, Julia, n° 23.
(2) Vell. Paterc. II, 61.
(3) Cohen, pl. XX, Julia , n° 21.
(4) Cohen, pl. III, Antonia, nos 7 et 8.
(5) Cohen, pl. IV, Antonia , n° 22.
(6) Ch. Robert, fier. num. 4839, p. 230; A. de Barthélemy, Les Libertés gauloises, p. 10; E. Hucher, Mil. de numism. 1873, p. 323 et s.
droit d’un quinaire tout à fait barbare, dont la fabrique rappelle celle des peuplades des bords du Rhin et qui paraît avoir été battu chez les Rauriques (1), où Plancus fonda la colonie d’Augusta (2), aujourd’hui Augst.
Nous verrons plus loin (dans ce livre, chap. m, § 2) qu’une partie au moins des quatuorvirs monétaires institués au commencement de 43 furent chassés de leurs fonctions et que d’autres leur furent substitués, soit par Octave au moment où il s’empara du consulat, soit par les triumvirs à l’installation de leur pouvoir, qui prit une existence légale le 27 novembre. Comme César, les triumvirs reçurent ou prirent le droit d’effigie sur les monnaies urbaines et sénatoriales. On voit donc leurs portraits sur une partie des aurei et des deniers signés des quatuorvirs monétaires de 43 et de 4-2, sur une partie seulement, car les mêmes quatuorvirs ont frappé concurremment des espèces dont les types leur sont purement personnels, sans effigie d’aucun des triumvirs. La tête de Lépide a été représentée par L. Livineius Regulus (3) et L. Mussidius Longus (4) (43 av. J.-C.), celle d’Antoine par L. Livineius Regulus (5), L. Mussidius Longus (6), P. Clodius C. filius (7), qui paraît être aussi de l’an 43 (8), et C. Yibius Yarus (9), lequel semble avoir exercé ses fonc-
(1) Ch. Robert, Rev. num. 1859, p. 230.
(2) Mommsen, Inscr. regn. Neap. lat. n° 4089.
(3) Cohen, pl. XXV, Livineia, n° 7.
(4) Cohen, pl. XXIX, Mussidia, nos 8 et 9.
(5) Cohen, pl. XXV, Livineia, n° 8.
(6) Cohen, pl. XXIX, Mussidia, n™ 10 et 11.
(7) Cohen, pl. XII, Claudia, nos 9 et 10.
(8) Von Sallet, Zeitschr. f. Num. t. IV, p. 135 et s.
(9) Cohen, pl. XLII, Vibia. n" 22.
tions en /i2. Quant à Octave, outre les mêmes monétaires qu’ Antoine (1), on voit son effigie sur les pièces des qualuorviri quaestores designati , Ti. Sempronius Gracchus (2) et Q. Yoconius Yitulus (3), dont la magistrature doit être placée en 41, époque où il était seul en Italie. A côté de ces monnaies sénatoriales et urbaines, ils ont tous les trois leurs monnaies impératoriales et militaires, à leur effigie, où souvent sont associés les portraits de deux d’entre eux (4). En outre, un consul de leur parti, Cn. Domitius Calvinus, fait frapper en 40, pendant sa campagne contre les Cerrétans en Espagne, des deniers militaires qui ne portent que son nom, DOM itius. COnSul. ITERwm. IMPerator (S), sans mentionner les triumvirs.
Les péripéties de la guerre de Pérouse peuvent se suivre dans une série de monnaies militaires. Au début de sa querelle avec Octave, le consul L. Antonius Pietas, sorti de Rome pour rejoindre Fulvie, frappe pour le service de ses troupes l’aureus et le denier qui ont la tête de son frère Marc-Antoine, avec le titre de triumvir, et sur le revers la figure de la Piété, avec la légende PIETAS- COnSul (6) ; la guerre est ouverte, et L. Antonius se retire à Pérouse,
(1) Livineius Regulus : Cohen, pl. XXV, Livineia, n°* 9 et 10. Mussidius Longus : Cohen, pl. XXIX, Mussidia, n°‘ 12 et 13. Clodius : Cohen, pl. XII, Claudia , n" 12-14.
Vibius Varus : Cohen, pl. XLII, Vibia, n° 23.
(2) Cohen, pl. XXXVII, Sempronia, n°‘ 7 et 8.
(3) Cohen, pl. XLII, Voconia, n0! 3 et 4.
(4) Lépide et Antoine : Cohen, pl. III, Antonia, n° 11.
Lépide et Octave : Cohen, pl. II, Æmilia, n° 18.
Antoine et Octave : Cohen, pl. III, Anlonia , n°‘ 4 6.
(5) Cohen, pl. XVII, Domitia , n° 7.
(6) Cohen, pl. VI, Antonia, n01 23 et 24.
où Octave vient l’assieger; c’est à ce moment qu’appartiennent les monnaies où le consul place son portrait en même temps que celui de son frère, monnaies signées de M. BARBAT eus. Q uaestor. P rovincialis (1) et M ■ NERVA. PRO- Qmaeslore P rovinciali (2). A la capitulation de Pérouse, les questeurs et proquesteurs de L. Antonius, comme ses soldats, passent dans le camp d’Octave ; en signe de réconciliation, ils émettent des monnaies, qu’ils signent, où les effigies de Marc-Antoine et d’Octave sont associées (3), et leur collègue L. GELLtws. Q uaestor. Provinciale en fait autant (4).
9. La numismatique militaire des adversaires des triumvirs pendant les guerres civiles, des derniers défenseurs de la cause républicaine, est fort riche.
Ce sont d’abord les monnaies des armées des tyrannicides, lesquelles portent presque toutes le nom de Cassius ou celui de Brutus, associé à celui d’un de leurs lieutenants. On peut les diviser en deux groupes, celles qui sont antérieures ou postérieures à la salutation des deux chefs comme imperatores par leurs troupes, lorsqu’ils opérèrent leur jonction à Sardes, dans les premiers mois de l’an 42. Le second appartient donc tout entier à l’an-
(1) Cohen, pl. VIII, Barbalia, n° 1.
(2) Cohen, pl. XIII, Cocceia, n° I.
(3) Cohen, pl. VIII, Barbatia, n° 2; pl. XIII, Cocceia, n° 2.
(4) Cohen, pl. XIX, Gellia, n° 2. — Il est plus que probable que l'on trouvera quelque jour les monnaies, un peu antérieures, de L. Gellius avec la tête de L. Antonius, pareilles à celles de M. Barbatius et de M. Cocceius Nerva.
née dont la fin vit la bataille de Philippes, et il est de beaucoup le plus nombreux.
Premier groupe.
CAEPIO- BRVTVS- PROCOrcSu/, denier (1).
Q. CAEPIO- BRVTVS- PROCOnSul — L- SESTIus. PRO.
Q uaestore, aureus, denier et quinaire (2). Toutes ces pièces de Brutus proconsul ont été frappées dans la Macédoine, sa province.
C- CASSIus. PRo. COnSul — M. AQVINVS- LEG atus, aureus (3) . Frappé probablement en Syrie, la province de Cassius,
Deuxième groupe.
Q. CAEPIO. BRVTVS. IMPerator, denier (4). Frappé en Macédoine.
C. CASSIws. 1MP erator — M- AQVINVS- LEG atus, aureus (3). Frappé probablement en Syrie.
BRVTVS — LENTVLVS. SPINT/ter, aureus et denier (6).
C- CASSIus. IMPerator — LENTVLVS- SPINT/ter, aureus et denier (7). Cornélius Lentulus Spinther commandait dans la province d’Asie.
(1) Cohen, M C, pl. XXXVIII, Servilia, n° 7. — Le quinaire correspondant est anonyme : Cohen, pl. XXIII, Junia, n° 3.
(2) Cohen, pl. XXXVIII, Sestia, n“ 1-3.
(3) Cohen, pl. XI, Cassia, u° 10.
(4) Cohen, pl. XXXVIII, Servilia, n° 7.
(5) Cohen, pl. XI, Cassia, n° 11.
(6) Cohen, pl. X, Cornelia, n° C.
(.7) Cohen, pl. XII, Cassia, n“ 13-15.
Q. CAEPio. BRVTus. IMP erator — C. FLAVnts. HEMI- Cillus. LEGct tus, PRO. PR adore, denier (1). On en ignore la patrie d’émission.
M- BRVTws. IMPeralor COSTA. LEGatus , aureus et denier (2).
BRVTms. \MPerator — L. PLAE Tonus. CESTi'anus, aureus et denier (3). Frappés en Épire, où commandait Plætorius Cestianus.
Q. CAEPIO- BRVTVS. IMPeralor — M. SERVILIVS.
LEG alus, aureus et denier (4).